Le litre d’essence vendu autour de 4 000 CDF quelques jours plus tôt atteint jusqu’à 16 000 CDF dans certains points de vente à Kalemie. Cette multiplication par quatre ne traduit pas une nouvelle structure officielle du prix du carburant, mais une pénurie provoquée par la fermeture de plusieurs stations sur fond de conflit entre les pétroliers et les services provinciaux autour d’une « taxe conventionnelle ». Sur certains axes, une course de 1 000 CDF est désormais facturée jusqu’à 7 000 CDF.
À Kalemie, la crise du carburant a changé d’échelle en moins de trois jours. Vendredi 21 août, le litre d’essence qui s’échangeait auparavant autour de 4 000 à 4 500 CDF était déjà proposé jusqu’à 8 000 ou 10 000 CDF. Dimanche 23 août, Actualite.cd et des sources locales faisaient état de prix atteignant 16 000 CDF dans certains points de vente. À partir d’une référence de 4 000 CDF, le litre a donc quadruplé, soit une augmentation de 300 % .
L’origine immédiate de cette flambée est surtout une contraction brutale de l’offre. Plusieurs stations ont été scellées par les services provinciaux tandis que d’autres opérateurs ont cessé leurs ventes ou fermé en solidarité. Le carburant disponible s’est alors déplacé vers un marché de revente où la rareté permet des prix beaucoup plus élevés. Autrement dit, le passage de 4 000 à 16 000 CDF ne peut pas être interprété comme le coût direct d’une nouvelle taxe de 12 000 CDF par litre . Il correspond d’abord à une prime de pénurie créée par la disparition d’une partie des points d’approvisionnement formels.
Tout est parti d'une taxe conventionnelle
Les premières informations évoquaient une « multiplicité des taxes », mais les déclarations des représentants du secteur permettent de préciser le différend. Manga Kaskile , présenté comme président des pétroliers du Tanganyika, met directement en cause une taxe conventionnelle que l’exécutif provincial chercherait à appliquer. Il affirme que les opérateurs ne la reconnaissent pas et conteste le scellage de certaines stations alors que les discussions avec les autorités n’étaient, selon lui, pas terminées.
Kuzinda Zwingli , président du conseil communal de Lac, confirme de son côté que les échanges autour de cette taxe n’avaient pas encore abouti et demande une réunion entre les pétroliers, le gouvernement provincial et le service de recettes cité localement comme DIRNOF Tanganyika. Les informations publiées jusqu’ici ne donnent toutefois pas le taux, l’assiette ni le montant par litre ou par cargaison de cette taxe contestée. Il n’est donc pas possible, à ce stade, de calculer son incidence réelle sur le prix normal du carburant.
Le débat n’est pas nouveau au Tanganyika. En février 2024, cinq jours de paralysie des activités commerciales à Kalemie avaient déjà conduit la Fédération des entreprises du Congo et le gouvernement provincial à négocier autour de plusieurs prélèvements contestés. Radio Okapi rapportait alors que l’exécutif provincial avait accepté l’annulation d’une taxe conventionnelle , parmi les mesures ayant permis la reprise des activités. Les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que le prélèvement contesté en août 2026 possède exactement la même base juridique, mais la réapparition du même type de litige montre que la fiscalité provinciale reste un point de friction avec les opérateurs.
Choc sur le transport urbain
Le choc est déjà transmis au transport urbain. Sur l’axe Kisebwe–City RAH , une course auparavant facturée 1 000 CDF serait passée à 5 000 CDF. Entre Kisebwe et Colline d’État, le tarif aurait atteint 7 000 CDF contre 1 000 auparavant. Dans le premier cas, le prix a été multiplié par cinq. Dans le second, il a été multiplié par sept, soit une augmentation de 600 % , selon un calcul de Lepoint.cd. La vitesse de cette transmission montre pourquoi une pénurie de carburant peut devenir rapidement un problème de pouvoir d’achat. Les motocyclistes achètent une partie de leur essence à des prix fortement majorés et répercutent immédiatement cette charge sur les courses. Si la perturbation se prolonge, le même mécanisme peut atteindre le transport des denrées alimentaires, le fonctionnement des petits groupes électrogènes et les coûts supportés par les commerçants.
À Kalemie, cette tension intervient aussi au moment où la ville gagne en importance dans la logistique minière du Tanganyika. Le 22 juillet , les premiers concentrés de lithium de Manono ont quitté le port de Mutowa, près de Kalemie, vers Kigoma en Tanzanie avant leur acheminement vers les marchés internationaux. Le ministère du Commerce extérieur indique que Manono Lithium prévoit une première phase de production d’environ 500 000 tonnes par an , avec une ambition pouvant atteindre 1 million de tonnes.
Parallèlement, l’ACGT évaluait en août à 85 % l’avancement physique de la première phase de la route Kalemie–Manono sur 426,323 kilomètres. La ville devient ainsi progressivement un point d’articulation entre les zones minières de l’intérieur, le lac Tanganyika, Kigoma et le Corridor central vers Dar es Salaam.
Cela ne signifie pas que la flambée actuelle de l’essence menace déjà les exportations minières, dont les chaînes d’approvisionnement obéissent à des contrats et circuits différents. Elle met toutefois en évidence une contradiction. Une ville appelée à devenir un nœud logistique pour les minerais stratégiques ne peut durablement fonctionner avec un marché local du carburant où la fermeture de quelques stations suffit à quadrupler le prix de l’essence et à multiplier certaines courses par sept.
Comment mettre fin à la crise
Le premier test sera désormais la réouverture des stations et le retour du litre vers son niveau antérieur. Le second sera plus structurel. Le gouvernement provincial et les pétroliers devront clarifier le fondement, le montant et le mode de perception de la taxe conventionnelle contestée afin qu’un conflit fiscal ne se transforme de nouveau en choc immédiat sur le portefeuille des ménages.
Bienvenu Ipan