RDC : Florimond Muteba alerte sur les transferts de crédits et les dépenses d’urgence à la base du déséquilibre du budget

ODEP
PAR Deskeco - 11 aoû 2026 13:03, Dans Finances

 

La consommation de 92,2 % des crédits budgétaires de la Présidence de la République au terme du premier semestre 2026 relance le débat sur la gestion des finances publiques en République démocratique du Congo. Dans une interview accordée à DESKECO.COM, Florimond Muteba, Président du Conseil d’Administration de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), s’interroge sur les modalités de mobilisation, de transfert et, éventuellement, de réaffectation des crédits budgétaires en cours d’exercice.

Selon lui, lorsqu’une institution a déjà consommé une part aussi importante de son enveloppe budgétaire, elle doit être en mesure de justifier l’utilisation des crédits mis à sa disposition.

« Lorsque vous dépensez 92 % des crédits, vous allez justifier comment ? », s’interroge-t-il.

Le risque de ponctionner les crédits des secteurs prioritaires

Florimond Muteba redoute notamment que les dépassements ou les besoins supplémentaires de certaines institutions conduisent à déplacer des crédits initialement destinés à d’autres secteurs.

« On va prendre des crédits dans un secteur prioritaire. Dans notre cas, c’est l’armée », affirme-t-il.

Il estime que les transferts ou réaffectations de crédits doivent impérativement respecter les procédures prévues par la législation budgétaire et intervenir, lorsque cela est nécessaire, dans le cadre d’un budget rectificatif.

« Beaucoup de choses peuvent se faire lorsqu’un budget rectificatif est fait. Mais combien de fois ce budget rectificatif est-il fait ? », questionne le responsable de l’ODEP.

À ses yeux, l’absence ou l’insuffisance de ces mécanismes contribue à une gestion déséquilibrée des ressources publiques, avec le risque de voir certains secteurs prioritaires privés des moyens initialement prévus.

L’armée, la santé et l’éducation parmi les secteurs exposés

Florimond Muteba cite notamment les crédits destinés à l’armée pour illustrer les conséquences qu’il associe à une mauvaise affectation des ressources.

Il évoque une enveloppe de 3,8 milliards de dollars destinée à l’armée et s’interroge sur l’utilisation effective de ces ressources, notamment pour l’équipement des forces armées et l’amélioration des conditions de vie des militaires.

« Lorsque le Rwanda entre en janvier 2025 à Goma, vous allez voir que les crédits ne sont pas arrivés à l’équipement et à l’amélioration des conditions de vie des militaires ou aux services de renseignement. C’est pourquoi, quand les Rwandais sont arrivés, il n’y avait pas de défense. L’argent prévu pour l’armée est allé où ? », s’interroge-t-il.

Plus largement, le PCA de l’ODEP estime que les arbitrages budgétaires ne devraient pas être dictés par le poids politique ou institutionnel des gestionnaires.

« On le déploie par les priorités des gestionnaires les plus puissants, mais ça ne sera jamais en faveur de la santé, de l’éducation ou des affaires sociales. On va faire chuter une structure pour épauler l’autre », déplore-t-il.

Respecter la chaîne de la dépense

Pour Florimond Muteba, le respect de la chaîne de la dépense constitue l’une des principales garanties contre les déséquilibres dans l’exécution budgétaire.

Cette chaîne prévoit notamment l’engagement des dépenses par l’ordonnateur, leur liquidation, leur ordonnancement par le ministère des Finances, puis leur paiement par la Banque centrale.

Il met particulièrement en garde contre les paiements effectués dans l’urgence en dehors des procédures prévues.

« Lorsque vous payez en mode d’urgence sans respecter la chaîne de la dépense, on est dans une mauvaise gouvernance budgétaire », soutient-il.

L’ODEP appelle ainsi au respect strict des règles prévues par la Loi relative aux finances publiques (LOFIP), aussi bien dans l’évaluation des crédits que dans leur affectation et leur exécution.

« Si on suit la procédure, tout ira normalement », estime Florimond Muteba, qui considère que le respect des règles budgétaires permettrait d’améliorer la transparence et l’équilibre dans la gestion des finances publiques.

Divine Mbala

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