L'exposition des communautés à l'émission de dioxyde de soufre (SO₂), à la suite des activités industrielles de l'usine 30 K de Tenke Fungurume Mining (TFM), aurait provoqué de sérieux problèmes de santé à Manomapia et Mutende, dans le Lualaba, au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), selon un rapport.
Selon le même document, le suivi longitudinal des symptômes, mené auprès de 209 participants sur neuf semaines en saison des pluies et neuf semaines en saison sèche, permet de mesurer avec précision l'ampleur du phénomène, avec les écarts entre la zone exposée (Manomapia) et la zone témoin (Mutende).
Les principaux symptômes de santé observés sont notamment le chatouillement nasal, observé à 88,3 % à Manomapia contre 30,8 % à Mutende, l'odeur irritante (90,3 % à Manomapia et 0 % à Mutende), ainsi que les épistaxis à 17,5 % à Manomapia contre 0 % à Mutende.
« Ces symptômes irritatifs spécifiques constituent la signature clinique d'une exposition à des gaz acides comme le SO₂ et sont rigoureusement absents dans la zone témoin », précise ce rapport du consortium « Mazingira Pour Tous », qui regroupe la société civile, les médias ainsi que les chercheurs dans le domaine de la protection de l'environnement, avec l'appui technique et financier de Resource Matters.
Le consortium indique également avoir fait un suivi hebdomadaire durant l'étude, avec des observations telles que, pendant la saison sèche, « l'odeur irritante soit rapportée de façon quasi permanente à Manomapia, avec des effectifs variant de 24 à 38 cas par semaine, alors qu'aucun cas n'est signalé à Mutende durant toute la période ».
Par ailleurs, le chatouillement nasal atteint jusqu'à 34 cas par semaine à Manomapia, contre 0 à Mutende. Le chatouillement oculaire, quant à lui, touche régulièrement entre 10 et 27 personnes par semaine à Manomapia, contre 0 à 6 cas sporadiques à Mutende, attribués par le consortium à « la présence de poussières pendant la saison sèche ».
Pour ce qui est de la toux, bien que présente dans les deux zones, elle demeure constamment plus fréquente à Manomapia (15 à 27 cas par semaine) qu'à Mutende (3 à 17 cas).
TFM réfute toutes ces données parce que, selon lui, « aucun lien de causalité direct ne peut être établi entre les symptômes rapportés et les activités de l'usine 30K ».
Aussi, toujours selon TFM, aucun cas de maladie ou de décès attribué au SO₂ n'a été enregistré parmi les employés de l'usine 30K.
Bruno Nsaka