Lualaba : entre réseaux miniers présumés, hommes en uniforme et drames humains, l'alerte de l'Institut de recherche en droits humains

Site minier d'Alphamine
Site minier d'Alphamine
PAR Deskeco - , Dans Mines

 

La saisie de plus de 500 engins dans plusieurs concessions minières de Kolwezi remet en lumière les dérives de l'exploitation artisanale dans le Lualaba. Dans une libre opinion publiée le 2 novembre 2026, Hubert Tshiswaka Masoka, activiste et coordonnateur de l'Institut de recherche en droits humains, avocat et défenseur des droits humains, dénonce une activité minière de plus en plus militarisée, marquée par des affrontements entre groupes de creuseurs, des drames humains et des soupçons de complicités au sein des services de sécurité.

Derrière les importantes saisies d'engins opérées récemment dans le Lualaba se dessine une réalité préoccupante : celle d'un secteur minier artisanal confronté à une insécurité grandissante et à des réseaux présumés d'exploitation clandestine. À Kolwezi, la question ne se limite plus au contrôle des concessions et à la traçabilité des minerais. Elle touche également à la sécurité des personnes, à la responsabilité des services publics et aux conditions de survie de milliers de creuseurs artisanaux.

Dans une mise au point intitulée « Kolwezi : sous les 500 engins saisis, l'insoutenable réalité de la mafia minière », publiée le 2 novembre 2026 à Lubumbashi, Hubert Tshiswaka, avocat et défenseur des droits humains, alerte sur la dégradation de la situation sécuritaire et sociale autour des activités minières dans cette province du sud-est de la République démocratique du Congo.

Il revient notamment sur les opérations du 31 octobre dernier, au cours desquelles plus de 500 engins auraient été saisis dans plusieurs concessions minières, notamment celles de Boss Mining, Metalkol et Comus. Il évoque également des interpellations qui, selon lui, orienteraient les investigations vers certaines personnalités officielles, ainsi que plusieurs dizaines de ressortissants étrangers soupçonnés de participer à des activités d'exploitation clandestine.

Une exploitation artisanale de plus en plus militarisée

Pour Tshiswaka Masoka Hubert, le phénomène prend une dimension particulièrement inquiétante avec l'implication présumée d'hommes en uniforme dans les circuits miniers illégaux.

S'appuyant sur une enquête de l'ONG Justicia Asbl publiée le 29 octobre 2026, il évoque la présence de près de 5 000 hommes en uniforme, issus notamment des FARDC, de la Police nationale congolaise et de la Garde républicaine, dans l'environnement de ces activités.

Ces allégations soulèvent la question du rôle de certains éléments des forces de sécurité dans la protection, l'encadrement ou le contrôle des activités minières clandestines. Elles mettent également en évidence les difficultés liées à la séparation entre les missions régaliennes de sécurisation des sites et les intérêts économiques qui gravitent autour de l'exploitation des minerais.

La situation serait également aggravée par l'émergence de groupes de creuseurs organisés en bandes armées, dont les appellations citées dans la tribune sont « Mukomeya Faux », « Tigre Chauds », « B52 » et « Club 7 ». Ces groupes s'affronteraient régulièrement pour le contrôle des puits et des zones d'exploitation, provoquant des violences et des pertes en vies humaines parmi les civils et les agents de sécurité.

Éboulements, asphyxies et violences : le lourd tribut humain

Au-delà de l'insécurité, Hubert Tshiswaka attire l'attention sur les conséquences humaines de l'exploitation artisanale dans des conditions souvent dangereuses.

Il cite notamment plus de 47 décès consécutifs aux éboulements sur le site de Mulondo/Kalondo en novembre 2025, 12 morts dans la mine de Tilwezembe en février 2026 et cinq personnes décédées par asphyxie dans le quartier Kasulo-Rail en octobre 2026.

Ces drames illustrent, selon son analyse, les risques auxquels sont exposés les creuseurs dans un environnement où les exigences de sécurité, l'encadrement technique et le contrôle des activités demeurent des enjeux majeurs.

La crise ne se limite cependant pas aux sites miniers. Les opérations de démantèlement des circuits clandestins et des comptoirs illégaux menées en octobre 2026 avaient également provoqué des tensions sociales à Kolwezi.

D'après cette mise au point, les revendications des creuseurs artisanaux ont dégénéré en violents troubles urbains, faisant au moins un mort et une vingtaine de blessés. Plusieurs camions transportant des minerais et des véhicules de particuliers auraient été caillassés ou incendiés sur l'avenue Crête, dans la commune de Manika, ainsi que sur la route nationale numéro 39.

Des bureaux de la Police nationale congolaise auraient également été pris d'assaut et saccagés dans le quartier Tshiamanzaka. Des commerces auraient été pillés dans les quartiers Luilu, Kasulo, UCK et Kanina.

L'assainissement du secteur face au défi des alternatives sociales

Pour Tshiswaka Masoka Hubert, la lutte contre les réseaux miniers clandestins ne peut produire des résultats durables si elle se limite aux saisies et aux opérations de démantèlement. Elle doit également s'accompagner de mesures capables de répondre à la précarité des creuseurs artisanaux et de leur offrir des possibilités d'exploitation dans un cadre légal et sécurisé.

L'enjeu est donc double : restaurer l'autorité de l'État sur les sites miniers et éviter que les mesures de répression ne plongent davantage les populations dépendantes de l'exploitation artisanale dans la précarité.

Le coordonnateur de l'IRDH estime que Kolwezi se trouve à un tournant décisif, entre la militarisation présumée de ses gisements et la détresse sociale de milliers de creuseurs. Il considère que la lutte contre la fraude minière doit s'attaquer aussi bien aux réseaux économiques qui tireraient profit de l'exploitation illégale qu'aux éventuelles complicités au sein des institutions chargées de faire respecter la loi.

José Mukendi

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