RDC:Chômage, Électricité, Agriculture, Innovations, Infrastructures, Habitat,… F. Tshisekedi loin de faire rêver les Congolais

PAR Deskeco - 21 aoû 2019, Dans Actualités

L’avènement du nouveau président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, le 24 janvier 2019 a suscité de l’espoir dans la population Congolaise. De cette alternance démocratique pacifique au sommet de l’Etat, les Congolais attendaient non seulement un changement intégral dans la gouvernance de la République mais surtout que la RDC joue enfin son rôle de grandeur dans le continent.

Autant la République Sud-africaine joue son rôle en Afrique australe et le Nigéria dans l’Afrique de l’Ouest, autant la RDC devrait jouer le sien en Afrique centrale. Mieux, étant le pays qui regorge le plus des potentialités sur le continent, le Congo Kinshasa devrait progressivement s’éveiller et poser les jalons nécessaires pour son émergence économique.
C’est le rôle que le président Félix Tshisekedi doit jouer pour espérer sortir la RDC du paradoxe d’un pays potentiellement riche avec une population honteusement pauvre. Presque sept mois après l’alternance au sommet de l’Etat, le nouveau leadership national a visiblement du mal à remplir ce rôle. Les premiers pas du chef de l’Etat sont loin de faire rêver les Congolais et de forcer l’admiration de la communauté internationale. Ce, dans la quasi-totalité des secteurs de la vie socio-économique nationale.

Seule la volonté politique ne suffit pas

En accédant à la magistrature suprême, le 5ème président de la RDC savait qu’il n’avait pas d’autres alternatives que de consolider la jeune démocratie congolaise, de s’attaquer efficacement à la corruption, de remettre les Congolais au travail et surtout de transformer les immenses potentialités du sol et du sous-sol en vraie richesse pour la majorité des Congolais. Certes, le chef de l’Etat a tout un quinquennat pour ça mais les premiers pas ne rassurent pas du tout.

Il est indiscutable que Félix Tshisekedi dispose de la « volonté politique », exprimée d’ailleurs plusieurs fois, pour apporter le changement dans le pays, mais cela ne suffit pas. Depuis son discours d’investiture il a fixé le cap pour un Congo respectueux des droits humains et engagé dans la voie de la bonne gouvernance et de l’émergence au dernier discours prononcé le mardi 20 août à Matadi dans le Kongo Central, où se tient le forum sur l’énergie, en passant par la vingtaine de voyage effectuée à l’extérieur et à l’intérieur du pays, Félix Tshisekedi a beaucoup parlé mais sans poser des actes que les Congolais attendent.

La preuve ? La RDC continue à vivre aujourd’hui avec toutes les tares que le pays a connues durant ces deux dernières décennies à quelque exception près notamment sur le respect des droits démocratiques. Oui, Félix Tshisekedi reste un démocrate. Oui, il n’est aucunement cruel comme l’ont été certains de ses prédécesseurs. Oui, il veut changer la RDC. Tout ça reste vrai. Mais seulement, les Congolais voient que le chef de l’Etat semble limité pour imprimer le changement tant attendu.

Où sont les actes de changement ?

Tenez. Tous les réseaux mafieux des pilleurs de l’économie nationale de ces deux dernières décennies sont toujours intacts. Pire, ces réseaux mafieux continuent de jouir des fruits de la corruption et autres crimes économiques qu’ils ont perpétrés dans un passé récent. Le comble est que ces pilleurs risquent de revenir dans les institutions avec le prochain gouvernement attendu.

La lutte contre la corruption est l’enjeu du quinquennat de Félix Tshisekedi. Il ne parviendra à avoir les moyens de sa politique que s’il parvient à endiguer la corruption et tous ses corollaires à savoir la fraude, l’enrichissement illicite tant des politiques que des opérateurs économiques véreux, le pillage des ressources ou encore les détournements des deniers publics. N’est-ce pas tout le monde convient que la RDC perd annuellement au moins 15 milliards USD du fait de la corruption alors que son budget exécuté dépasse rarement 5 milliards USD?

Dès lors, la lutte contre la corruption reste un moyen déterminant pour accroitre les revenus de l’Etat. Mais, ce n’est pas tout. La RDC reste un pays sous exploité sur tous les plans. Le pays n’a pas encore atteint le stade d’industrialisation ni de la mécanisation de l’agriculture à grande échelle encore moins de l’agro-industrie. Aucun geste n’a été posé dans ce sens par le président de la République pendant les presque sept mois de pouvoir.

Plus concrètement, aucun grand projet n’a été lancé dans le sens ni d’endiguer la corruption, ni de transformer structurellement l’économie nationale. Les travaux d’urgence lancés le 2 mars dans le cadre du Programme de 100 premiers jours sont juste des projets pour alléger un petit peu les souffrances des populations. Par exemple, la construction de 9 sauts-des-moutons à Kinshasa vont juste faciliter un peu la circulation dans certains carrefours. Cependant, ces travaux ne résolvent aucunement le problème de déficit de routes dans la capitale. Et à ce jour, rien n’a été posé comme acte pour asphalter ou construire ne serait-ce que la dizaine d’axes routiers qui allégeraient la circulation à Kinshasa à savoir, les routes Elengesa, Kikwit, Sekomaf, Force, Kilumba, etc.

Le chômage reste intact

Tout aussi, le président de la République n’a envoyé aucun signal fort pour absorber le chômage de masse dont le pays souffre. Jusque-là aucun grand programme n’a été lancé pour embaucher tous ces jeunes chômeurs sortis de l’université. Tous ces jeunes universitaires réduits à vendre les cartes de crédits dans les rues de grandes villes de la RDC ne voient venir aucune perspective qui les aiderait à valoriser leur diplôme.

Tout le monde sait que c’est le secteur agricole qui emploie le plus grand nombre de travailleurs. Mais, aucun signal fort n’a été non plus lancé dans ce sens par le président de la République. La RDC continue à importer des produits de base pendant que le Plan national d’investissement agricole (PNIA) manque cruellement de financement.

Il en est de même de tous les autres besoins primaires des Congolais. Qu’il en soit de logements sociaux, de la réduction significative de délestage de l’électricité, des bourses d’études ou de financements massifs des PME, rien de concret n’a été fait à part les promesses. L’on sait que le chef de l’Etat va lancer un Fonds pour de soutien de startups mais l’on ne sait quelle sera sa portée.

« Le peuple d’abord », un slogan creux?

Le président de la République n’envoie pas non plus des grands signaux en ce qui concerne les innovations. Le monde est aujourd’hui au siècle de l’information et donc des nouvelles technologies de communication. Ici aussi, rien de concret à part le forum sur le numérique annoncé pour début septembre qui devra valider un « Plan national du Numérique ». Et même si la RDC se dotait d’un Plan du numérique, les préalables à la mise en œuvre de ce programme sont si majeurs que rien n’est acquis à l’avance. Surtout que plusieurs plans de développement sectoriel que le pays s’est dotés moisissent encore dans les tiroirs de différents ministères et même de la présidence de la République.

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A tout prendre, le nouveau leadership national vient de passer les sept mois sans vraiment impacter la nation congolaise. A la volonté politique du chef de l’Etat doivent s’ajouter impérativement des actes. C’est ce qui manque. Le slogan « le peuple d’abord » n’a aujourd’hui aucun contenu concret. Le gouvernement attendu, à voir le nombre des membres (65), est dicté juste par les appétits partisans et égoïstes des acteurs politiques.

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Sur le plan de la gestion des finances publiques, ici aussi pas d’avancée non plus. D’ailleurs la présidence de la République s’est caractérisée pendant tout le premier semestre à de dépassements budgétaires. Au point que l’institution présidence de la République a déjà consommé la totalité de son budget annuel en seulement six mois. Le pire est que la mobilisation des recettes publiques ne suit pas non plus. Tout porte à croire que la RDC va terminer cette année avec un déficit budgétaire.

L’absence du gouvernement depuis la prise de pouvoir de Félix Tshisekedi n’est pas une excuse qui l’aurait empêché de lancer des actions d’envergure susceptibles de faire rêver les Congolais.
Amédée Mwarabu

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