Invité mercredi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi est longuement revenu sur l'instauration de l'impôt sur le revenu des personnes physiques assorti d'une obligation annuelle de déclaration fiscale et patrimoniale, une réforme qu'il présente comme « sa plus grande contribution au changement des mentalités » en RDC.
"Le gouvernement Sama Lukonde est le premier dans l'histoire de ce pays, à avoir institué, la déclaration du patrimoine et des revenus pour les personnes physiques", a-t-il déclaré.
S'appuyant sur son expérience personnelle dans d'autres pays où la déclaration de revenus et de patrimoine est une obligation liée à ses fonctions, l'ancien argentier national a insisté sur le caractère structurant de ce mécanisme, qui contraint chaque citoyen à justifier l'évolution de son patrimoine. Il a dénoncé un déséquilibre qu'il juge injuste : les entreprises, soumises à des contrôles réguliers de la Direction Générale des Impôts, portent seules le poids de la redevabilité fiscale, tandis que les particuliers, y compris les plus hauts revenus, échappent à tout contrôle sur l'enrichissement personnel.
Selon Nicolas Kazadi, cette loi, initiée avec le soutien du chef de l'État et du Premier ministre, a été promulguée en novembre-décembre 2023, faisant du gouvernement Sama Lukonde le premier de l'histoire du pays à instituer une déclaration de patrimoine et de revenus pour les personnes physiques. Il a toutefois reconnu des retards dans sa mise en application, initialement prévue pour 2026, en exprimant l'espoir qu'elle entre enfin en vigueur l'année prochaine.
L'ancien ministre a par ailleurs regretté que cette réforme, selon lui porteuse d'un véritable changement de mentalités et d'un recul de la corruption sur le long terme, reste largement ignorée du débat public, au profit de polémiques qu'il juge davantage fondées sur l'émotion que sur des enquêtes sérieuses, un phénomène qu'il considère lui-même comme un frein à la lutte contre la corruption.