Près de quatorze ans après l’adoption de la loi sur les finances publiques de 2011, la réforme de la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques entre concrètement dans sa phase opérationnelle en République démocratique du Congo. L'annonce a été faite par le ministère des Finances, qui estime que cette réforme structurelle marque une étape majeure dans la modernisation de la gestion des finances publiques sous l'impulsion du ministre des Finances, Doudou Fwamba. La réforme a été recommandée par le FMI dans le cadre de son programme sur les facilités axé sur les réformes des finances publiques.
Inscrite dans le plan de modernisation de la gestion des finances publiques, la réforme vise à rapprocher la décision de paiement des ministères sectoriels, à réduire les délais administratifs et à renforcer la transparence dans l’utilisation des fonds publics.
Une rupture avec la centralisation des paiements
Jusqu’ici, les décisions de paiement étaient largement centralisées, ce qui ralentissait l’exécution budgétaire et complexifiait la gestion financière des administrations. Désormais, les ministères sectoriels peuvent ordonnancer directement leurs dépenses. Cette évolution doit permettre d’accélérer les paiements, de responsabiliser les gestionnaires publics et d’améliorer la traçabilité des opérations financières.
C'est une réforme axée sur les résultats. Pour les autorités, il s’agit d’un levier clé pour renforcer la discipline budgétaire et soutenir la stabilité macroéconomique du pays.
Quatre ministères en première ligne
La mise en œuvre s’effectue de manière progressive à travers des ministères pilotes. La première phase concerne l’Éducation nationale et Nouvelle citoyenneté, le Développement rural, la Santé, ainsi que les Infrastructures et Travaux publics.
Une deuxième phase doit ensuite intégrer cinq autres ministères stratégiques, dont la Défense nationale, l’Agriculture, l’Enseignement supérieur et universitaire, la Pêche et Élevage ainsi que les Finances, avant une généralisation à l’ensemble de l’administration publique.
Plusieurs jalons techniques ont déjà été franchis, attestant de la mise en marche effective du nouveau dispositif : chaîne de la dépense interfacée et opérationnelle dans les ministères pilotes ; installation et fonctionnement de la direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique ; ouverture de comptes publics auprès de la Banque centrale du Congo et déploiement des logiciels de gestion ; prestation de serment de près de 55 comptables publics principaux et secondaires ; déploiement progressif du réseau de comptables publics formés.
Ces professionnels ont pour mission d’assurer la fiabilité de la comptabilité publique, la transparence des dépenses et le respect des règles budgétaires.
La réforme entre désormais dans une phase de consolidation progressive : février 2026 : chaîne de la dépense entièrement opérationnelle dans les quatre premiers ministères pilotes ; juin 2026 : production des premières balances trimestrielles par ministère ; septembre 2026 : extension aux cinq autres ministères pilotes. Au-delà de la réorganisation administrative, la réforme poursuit un objectif stratégique : bâtir un système de finances publiques plus transparent, plus rigoureux et plus efficace. Elle doit permettre une meilleure discipline budgétaire, une traçabilité réelle des dépenses publiques, une coordination plus efficace avec la politique monétaire et une contribution à la stabilité du franc congolais.
Pour les autorités congolaises, cette transformation constitue l’un des piliers de la construction d’un État moderne, capable de gérer ses ressources avec efficacité et de répondre plus rapidement aux besoins de la population. Après plus d’une décennie d’attente, la déconcentration de l’ordonnancement apparaît ainsi comme une réforme structurante, appelée à redéfinir durablement la gouvernance financière en République démocratique du Congo.
Jean-Baptiste Leni