Le Pr Florimond Muteba est catégorique : "En RDC, le déficit budgétaire relève de la mauvaise gestion"

PAR Deskeco - 12 mai 2019, Dans Actualités

Les finances publiques de la République démocratique du Congo ont connu des déficits budgétaires depuis le début de l'année jusqu'au 25 avril où le déficit était évalué à 287,6 milliards de CDF, soit 164, 62 millions USD.

Cependant, la présidence de la République a annoncé que le compte du Trésor a pu renouer, au 30 avril, soit en cinq jours à peine du dernier déficit, avec un excédent estimé à 253 millions USD. Autant dire que les régies financières ont collecté 417 millions USD en cinq jours et qu'il n'y a pas eu en même temps des dépenses publiques.

Beaucoup d'observateurs sont surpris par ce niveau d'excédent que la présidence de la République s'est empressé d'annoncer avant même la Banque centrale du Congo qui fait mensuellement l'état des finances publiques. La BCC avait prévu un excédent budgétaire de 50 milliards de CDF, soit 28 millions USD, à fin avril, étant donné que c'est une échéance fiscale importante.

Dans l'interview accordée à DESKECO.COM, le professeur Florimond Muteba, président du conseil d'administration de l'ODEP (Observatoire de la Dépense Publique), une plate-forme de la société civile spécialisée dans l'analyse des finances publiques, revient sur la question de déficit budgétaire en République démocratique du Congo.

"Le déficit budgétaire relève de la mauvaise gestion des finances publiques en RDC. Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas su mobiliser comme il se doit les recettes, on n'a pas su être exigeant vis-à-vis des régies financières, on n'a pas opéré le cancer qui se vit dans ces régies financières à temps pour que tous les moyens dont l'Etat a besoin puissent être disponibles. Oui, le déficit relève de la mauvaise gestion. Lorsque vous n'avez pas assez de moyens, ne dépensez pas plus. En dépensant plus, où est-ce que vous allez trouver des moyens ? Un jour, vous risquerez d'être tenté de faire tourner la planche à billets pour couvrir le déficit comme le faisait le maréchal Mobutu. Le déficit budgétaire non programmé, non planifié de la RDC est un déficit qui relève de la mauvaise gestion. On peut essayer de justifier mais ça reste lié à la mauvaise gestion" , répond Florimond Muteba à la question de savoir si le déficit des finances publiques relève de la mauvaise gestion.

Cependant, pour cet activiste de l'orthodoxie budgétaire, un déficit budgétaire peut être programmé et géré correctement.

"Je demande aux Congolais de ne pas dramatiser le déficit budgétaire. Il y a des pays qui prévoient un déficit dès l'élaboration du budget. Aux États-Unis et dans certains pays européens, on élabore le budget en optant pour un déficit qui sera comblé soit par un emprunt soit par d'autres moyens. Mais, ces pays se fixent des limites de ne pas, par exemple, avoir un déficit ne dépassant pas 2% ou 3% du PIB. Quand on a opté pour un déficit budgétaire, on gère l'économie en fonction de cette donne. Le problème de déficit budgétaire en RDC, c'est que ce sont des déficits non planifiés", renchérit le PCA de l'ODEP. 

Tout aussi, le professeur Florimond Muteba fait observer que les déficits budgétaires en RDC sont toujours le fait des dépassements budgétaires des institutions politiques dont la présidence de la République.

"Souvent, les déficits en RDC sont liés au dépassement des prévisions budgétaires. A l'époque de Joseph Kabila, le budget de la présidence de la République était toujours en dépassement de 200 ou 300%. Ce sont des dépassements pour les institutions politiques souvent. Vous n'allez pas entendre que le budget réservé à l'agriculture ou celui de l'éducation a connu un dépassement budgétaire. Si le budget de l'agriculture prévu de 3% connaît un dépassement pour être à 5%, là nous comprendrons. Nous comprendrons encore mieux si le budget de la présidence de la République a été exécuté en moins, à 50% par exemple. Là, on aura compris qu'on veut réduire le train de vie de l'Etat".

La Banque centrale a indiqué que le déficit budgétaire connu notamment au mois de mars a été causé par le financement du programme d'urgence de 100 premiers jours du président de la République. Évalué à 304 millions USD, le programme de 100 premiers jours du chef de l'Etat est financé à hauteur de 206,67 millions par le Trésor public, le reste venant du FPI (70, 09 millions USD) et de FONER (27, 36 millions USD). Étant extra-budgétaire, ce programme a donc perturbé les finances publiques. 


Dès lors, le PCA de l'ODEP soutient que Félix Tshisekedi aurait pu éviter de perturber le budget en proposant un correctif budgétaire pour y intégrer ses priorités et prévoir même un déficit budgétaire.  "Il était possible pour le nouveau pouvoir d'opter pour la relecture du budget 2019 pour qu'il atteigne même 6 milliards USD ou 7 milliards et prévoir un déficit. Mais, à condition de le gérer correctement, d'imposer une orthodoxie financière dans la gestion de ce budget. Là, c'est acceptable. Mais, quand on ne prévoit pas un déficit, ça peut être dramatique parce que non planifié".

En cumul annuel à fin mars 2019, les finances publiques de la RDC ont connu un déficit budgétaire de 43,3 milliards CDF avant de connaître un excédent de 253 millions USD au 30 avril.

Amédée MK

 
 

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