Le projet de centrale thermique flottante de 134 à 135 MW envisagé par la Société nationale d’électricité (SNEL), en partenariat avec l’entreprise turque Karpowership, suscite des préoccupations au sein du Congo n’est pas à vendre (CNPAV) et du Réseau Mwangaza. Dans une note d’analyse, les deux coalitions alertent sur les risques financiers de cette initiative destinée à répondre à la pénurie d’électricité à Kinshasa et appellent à la transparence sur les conditions du partenariat.
Annoncé le 30 septembre 2026, ce projet prévoit l’installation d’une centrale thermique flottante à Matadi. Si les deux organisations reconnaissent la nécessité de trouver des solutions à court terme à la crise énergétique, elles s’interrogent sur le coût de l’électricité produite, la viabilité économique du projet et les modalités de négociation du contrat.
Selon le CNPAV et le Réseau Mwangaza, la location d’une centrale thermique flottante pourrait entraîner des charges importantes pour la SNEL. Outre le coût du combustible, l’électricité produite intègre les frais de location de la capacité de production, ce qui la rendrait structurellement plus chère que l’hydroélectricité.
Les deux coalitions soulignent également que les pertes techniques et commerciales du réseau électrique, estimées à environ 30 %, pourraient réduire la quantité d’électricité effectivement livrée aux consommateurs de Kinshasa. Elles préviennent que cette situation pourrait placer la SNEL devant un dilemme : augmenter ses tarifs pour couvrir ses coûts, au risque de provoquer le mécontentement des abonnés, ou vendre l’électricité à perte, en contradiction avec les exigences de la loi sur l’électricité.
Des précédents régionaux qui appellent à la prudence
Les deux organisations invoquent plusieurs expériences africaines pour illustrer les risques liés aux contrats conclus avec Karpowership. Au Gabon, l’entreprise turque aurait menacé d’interrompre la fourniture d’électricité en raison d’impayés du gouvernement. Des interruptions de fourniture auraient également été enregistrées en Sierra Leone et en Guinée-Bissau à la suite d’arriérés de paiement.
Au Gabon, les autorités chercheraient par ailleurs à mettre fin au contrat avec l’entreprise en 2027, soit deux ans avant son échéance, en raison de son coût jugé exorbitant, selon les éléments avancés par les deux coalitions.
Le partenariat fait également l’objet d’interrogations liées à la transparence et à la gestion des fonds publics. Au Gabon, le contrat avec Karpowership est visé par une enquête de la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite.
Au Sénégal, la Cour des comptes a, dans son rapport de février 2025 sur les finances publiques, relevé environ 30 millions de dollars d’opérations financières associées à Karpowership en 2023, dans un ensemble de dépenses dont elle a critiqué la gestion. Le contrat a également suscité des interrogations sur ses coûts et sa transparence au Parlement sénégalais.
Les deux coalitions mentionnent enfin des soupçons de malversations au Pakistan et au Liban, rapportés par le centre sud-africain de journalisme d’investigation AmaBhungane.
La SNEL appelée à publier les termes du contrat
Face à ces préoccupations, le CNPAV et le Réseau Mwangaza demandent à la SNEL de rendre publiques les conditions techniques, financières et contractuelles de son partenariat avec Karpowership.
Les deux organisations souhaitent notamment connaître le prix du kilowattheure (kWh), le combustible qui sera utilisé, la durée du contrat ainsi que les éventuelles obligations de paiement liées à la capacité de production, indépendamment de la quantité d’électricité effectivement consommée.
Elles réclament également des éclaircissements sur la procédure de passation du marché ayant conduit au choix de l’entreprise turque.
Enfin, elles s’interrogent sur le rôle de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), notamment sur l’approbation de la licence de production, du tarif de vente de l’électricité et du contrat d’achat d’électricité (PPA).
Divine Mbala