RDC : Florimont Muteba préconise les recettes internes plutôt que l’endettement pour financer le développement

Florimond Muteba, PCA de l'Odep
Florimond Muteba, PCA de l'Odep
PAR Deskeco - , Dans Finances

 

 Pour le Président du Conseil d'Administration de l'Observatoire de la dépense publique (ODEP), Florimont Muteba, la capacité d’endettement de la RDC ne devrait pas être le principal indicateur de sa stratégie de développement. Le professeur Muteba  préconise plutôt un modèle fondé sur la mobilisation des recettes nationales, la lutte contre la corruption et la création de valeur ajoutée dans les secteurs productifs.

Dans une interview accordée à DeskEco, Florimont Muteba estime que le développement de la RDC devrait d’abord reposer sur la mobilisation de ses propres ressources. Pour lui, le recours à l’endettement ne peut constituer une véritable stratégie de développement que si le pays dispose des moyens nécessaires pour assurer le remboursement des emprunts contractés.

« Le développement doit s’appuyer sur sa propre force, donc recourir au développement endogène. Quand on doit opérer pour un développement autocentré, ce sont les recettes locales qu’on doit mobiliser le plus », soutient-il.

Le responsable de l’ODEP appelle notamment à renforcer la lutte contre la corruption et les détournements des recettes publiques. Il estime que l’amélioration de la mobilisation des ressources internes devrait constituer une priorité avant d’envisager un recours accru à l’endettement extérieur.

« Il faut accentuer la lutte contre la corruption. La corruption nous tue tous les jours, avec le pillage des recettes de l’État », affirme-t-il.

Florimont Muteba se montre par ailleurs critique à l’égard de l’approche défendue par le ministre du Budget sur la capacité d’endettement de la RDC. Selon lui, compter massivement sur les ressources extérieures expose le pays à une forme de dépendance financière.

« Le ministre du Budget me déçoit, car je ne vois pas un vrai ministre qui veut le développement de son pays peut vouloir compter sur l’étranger. Parce que si vous ne savez pas comment rembourser, vous allez vendre le pays pour rembourser les dettes d’autrui », déclare-t-il.

« L’endettement doit produire de la richesse»

Interrogé sur la mesure dans laquelle l’endettement peut constituer un véritable levier de développement pour la RDC, le PCA de l’ODEP estime que la question centrale reste celle de la rentabilité des investissements financés par la dette.

À ses yeux, un emprunt ne peut véritablement contribuer au développement que s’il permet de financer des activités capables de générer suffisamment de richesses et de revenus pour l’économie congolaise.

« On peut penser que si nous maîtrisons la richesse, ce que nous produisons, l’endettement peut servir au développement », explique-t-il, tout en appelant à une évaluation préalable et indépendante des grands projets financés ou facilités par des capitaux étrangers.

Il cite notamment l’accord conclu entre la RDC et les États-Unis dans le secteur des minerais. Florimont Muteba estime que les projets liés à cet accord devraient, avant leur mise en œuvre, faire l’objet d’études approfondies permettant de mesurer leurs retombées économiques et financières pour le pays.

« Avant de signer cet accord, les projets devraient être étudiés par des bureaux d’études sérieux, indépendants, pour nous montrer en quoi la production qui viendra de cet accord pourrait être bénéfique pour la RDC et à quel niveau se situera la valeur ajoutée », explique-t-il.

Le responsable de l’ODEP s’interroge également sur le niveau réel des recettes fiscales que la RDC pourrait tirer de ces investissements, notamment au regard des mécanismes d’incitations fiscales et douanières prévus par la législation minière.

« Les investissements viennent de l’extérieur. Quand ces entreprises vont produire, elles vont bénéficier des exonérations fiscales. Pour les impôts et les taxes, le Code minier a prévu de détourner ces gens de toutes les taxes et impôts parce qu’ils sont venus faire les investissements. Qui en a calculé la rentabilité économique et financière pour la RDC ? », questionne-t-il.

Pour Florimont Muteba, l’enjeu n’est donc pas uniquement de savoir jusqu’à quel niveau la RDC peut s’endetter, mais surtout de déterminer à quelles conditions cette dette peut contribuer à accroître durablement la richesse nationale.

Il plaide ainsi pour une politique économique davantage axée sur la mobilisation des recettes internes, la lutte contre la corruption et l’évaluation indépendante de la rentabilité des investissements, estimant que le recours à l’endettement extérieur ne devrait pas se substituer aux capacités propres de financement du pays.

Divine Mbala

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