RDC : près de 2 000 tonnes d’uranium auraient été exportées vers la Chine depuis 2000 alors que le pays ne figure officiellement parmi les producteurs du minerai, selon une enquête

Camions des minerais
PAR Deskeco - 01 aoû 2026 10:56, Dans Mines

 

Près de 2 000 tonnes d’uranium provenant de la République démocratique du Congo auraient été exportées vers la Chine depuis l’année 2000, alors que le pays ne produit officiellement pas d’uranium, selon une enquête conjointe menée par Lighthouse Reports, le Financial Times et des chercheurs des universités du Wisconsin-Madison et de Princeton, dont les conclusions ont été rendues publiques 

D’après cette enquête, ces exportations auraient échappé aux mécanismes de contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), faisant de la Chine la principale destination de cet uranium présumé provenir de la RDC.

Les quantités évoquées sont considérables. Selon les estimations citées dans l'enquête, les quelque 2 000 tonnes d'uranium sorties du territoire congolais depuis 2000 représenteraient une quantité théorique suffisante pour produire environ 600 armes nucléaires, si le minerai était extrait et enrichi à cette fin.

Ces révélations interviennent dans un contexte de nouvelles interrogations sur la présence d'uranium dans les minerais produits dans la ceinture cuprifère du sud-est de la RDC, notamment dans le cobalt. Une récente enquête du Financial Times et de Lighthouse Reports avait déjà fait état de dépassements présumés des seuils d'uranium dans du cobalt produit à Tenke Fungurume Mining (TFM) entre 2016 et 2020.

Le groupe chinois CMOC, propriétaire de TFM, a toutefois contesté ces conclusions, affirmant que l'hydroxyde de cobalt commercialisé par sa filiale respecte les exigences réglementaires et les normes de ses clients internationaux. L'entreprise soutient également que la conformité doit être appréciée sur le produit final livré aux clients et non sur les échantillons prélevés à différentes étapes du processus de production.

L'enquête publiée par Le Monde remet ainsi sur la table la question de la circulation de l'uranium congolais, alors que la RDC ne figure pas officiellement parmi les pays producteurs de ce minerai. Cette situation soulève des interrogations sur la provenance exacte de ces matières, les circuits empruntés pour leur exportation ainsi que sur les mécanismes de traçabilité et de contrôle appliqués à la chaîne d'approvisionnement.

La question revêt une dimension particulière pour la RDC, pays qui possède une longue histoire liée à l'uranium, notamment avec le gisement de Shinkolobwe, dans le Haut-Katanga. Ce site est notamment connu pour avoir fourni de l'uranium utilisé dans le cadre du programme nucléaire américain durant la Seconde Guerre mondiale.

Les nouvelles informations rapportées par cette enquête pourraient donc relancer le débat sur la nécessité de renforcer la surveillance des minerais issus de la RDC et d'améliorer la traçabilité de leur parcours, de l'extraction jusqu'à leur destination finale. Elles interviennent également alors que les autorités congolaises cherchent à mieux contrôler la chaîne de valeur de ses ressources naturelles et à lutter contre les circuits d'exploitation et de commercialisation clandestins.

Jean-Baptiste Leni

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