L'économie congolaise continue d'afficher des performances encourageantes grâce à la vigueur du secteur minier. Toutefois, cette dynamique ne masque pas les nombreuses difficultés auxquelles le pays reste exposé. Dans son évaluation rendue publique le 27 juin dernier à l'issue de la troisième revue sur la Facilité élargie de crédit et de la deuxième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité, le Fonds monétaire international relève que la RDC fait désormais face à d’autres facteurs de risque qui dépassent le seul contexte sécuritaire dans l'Est du pays.
Selon le FMI, l'activité économique est restée résiliente depuis 2025, portée par d’excellents résultats du secteur extractif ainsi que par une reprise progressive des activités hors mines. Cette dynamique devrait se poursuivre au cours de prochains mois, notamment grâce aux investissements publics qui seront financés par la récente émission d'un Eurobond, chiffré à 1,25 milliard USD.
Amélioration de plusieurs indicateurs macroéconomiques comme pilier
Les exportations minières continuent de renforcer la balance extérieure, d’après l’institution. Le cobalt par exemple qui avait chuté depuis 2024 en se vendant moins de 21 000 USD la tonne, se négocie actuellement à plus de 55 000 USD tonnes. Le cuivre, lui, se négocie actuellement entre 12 à 13 mille USD la tonne.
Le déficit du compte courant poursuit sa réduction et les réserves internationales progressent. Dans un récent rapport en mai 2026, le Fmi fait savoir que les réserves internationales s’élèvent à 8,8 milliards USD alors que selon la Bcc, elles s’élevaient à 7,9 milliards USD, mais toujours sous le seuil recommandé. L'inflation, quant à elle, est tombée à 2,5 % en glissement annuel à fin avril 2026, sous l'effet de l'appréciation du franc congolais enregistrée depuis octobre 2025, indique l’institution.
« L'activité économique en RDC demeure résiliente, soutenue par la solide performance du secteur minier. L'inflation est restée faible au début de 2026, et la position extérieure a continué de se renforcer, reflétant en grande partie des termes de l'échange favorables. Les perspectives à court terme demeurent favorables, mais sujettes à des risques importants, notamment la situation sécuritaire dans l'est de la RDC, l'épidémie d'Ebola en cours, l'accroissement de l'incertitude politique et les répercussions de la guerre au Moyen-Orient », a déclaré le Directeur général adjoint et président par intérim du FMI, M. Okamura.
D’autres chocs internes
Au-delà des affrontements persistants dans l'Est du pays, le FMI identifie plusieurs nouveaux défis susceptibles d'affecter la trajectoire économique de la RDC. Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient exercent une pression supplémentaire sur les finances publiques, tandis que l'épidémie d'Ebola, toujours en cours, constitue un risque sanitaire majeur. À cela s'ajoutent les tensions politiques internes et un environnement international marqué par une forte incertitude.
Sur le plan sécuritaire, l'institution note que la situation dans l'Est demeure particulièrement instable malgré les accords de Washington conclus en décembre 2025. Les combats se poursuivent et les violations répétées du cessez-le-feu continuent d'aggraver une crise humanitaire caractérisée par des déplacements massifs de populations et une insécurité alimentaire persistante.
Le coût économique de cette guerre reste particulièrement lourd. Dans un entretien accordé à Actualite.cd, le Premier vice-président de l'Assemblée nationale, Jean-Claude Tshilumbayi, a estimé que le conflit a déjà coûté 13 milliards de dollars à la RDC.
Face à cette situation, le gouvernement poursuit un effort budgétaire exceptionnel. Pour l'exercice 2026, près de 30 % du budget national ont été au début consacré à la défense et à la sécurité, soit environ 11 896 milliards CDF, l'équivalent de près de 4,2 milliards USD.
Malgré ces contraintes budgétaires, le FMI considère que les perspectives de la dette publique demeurent stables. L'institution estime toutefois que la poursuite des réformes économiques, le maintien d'une gestion rigoureuse des finances publiques et la préservation de la stabilité macroéconomique seront déterminants pour permettre à la RDC de préserver les acquis enregistrés tout en faisant face aux multiples chocs, qu'ils soient sécuritaires, sanitaires, politiques ou géopolitiques.
Jean-Baptiste Leni