Le budget national congolais reflète le niveau primitif de nos aspirations nationales (Tribune de Jo Sekimonyo)

Tribune
PAR Deskeco - 20 oct 2020, Dans Analyses

Pour maintenant plus d’un demi-siècle déjà, le monde entier a acquis l'habitude de voir la République démocratique du Congo (RDC), jadis Zaïre, comme une tragédie qui peut être réécrite en abordant les questions de bonne gouvernance. Ce train de pensée ne prend en compte à la fois le potentiel incroyable des congolais de résoudre des énigmes contemporaines mondiales qui nécessite l’actualisation de leurs passions et ce dernier nécessite à son tour un état d’esprit de l’état approprié avant d’y injecter des moyens conformes. De toutes les indications, la RDC n'est pas seulement loin de cette phase, mais la nation navigue obstinément en haute mer avec une vieille boussole dans la mauvaise direction. Pour l’illustrer, alors que les gouvernements comme celui du Brésil, la France, des États-Unis, d'Europe et d'ailleurs utilisent la crise de la covid-19 pour larguer des milliards de dollars sur leurs citoyens en mesures de secours d'urgence s'ajoutant à leurs dettes publiques et  leurs déficits budgétaires nationaux considérable déjà inscrites sur leurs registres avant l'arrivée de la pandémie, le gouvernement congolais use la covid-19 comme prétexte pour harceler les nationaux et étrangers et extraire agressivement d'argent de leurs poches. 

Le gouvernement de la RDC a annoncé la semaine dernière qu'il avait adopté un budget de 6,8 milliards de dollars pour l'année prochaine. Pour certains, c’est un acte supplémentaire de trahison de la part du Président Tshisekedi. Pour d’autres, il y a une tendance à accorder une importance excessive à la médiocrité du budget national au fait que l'économie congolaise est fortement dépendante de l'industrie minière contrôlée par des entités étrangères ou des acteurs politiques opaques qui, à leur tour, limite les principales sources de revenus dans les envois de fonds des sociétés minières internationales et nationales ainsi que les emprunts et à l'aide étrangère. Toutefois, il faut déjà dire qu’il y a toutes les assurances « réaliste » que ce budget reflète la longue tradition des budgets confectionnés pour toute la nation mais pour plus la préservation du train de vie de l’Etat et par ce fait relève le souci d’une stabilité politique qui n’a rien avoir avec l’envol social et économique de la nation ou s’attaquer aux facteurs de l'extrême pauvreté visible à travers le pays.  

Déjà pour 2020, il y a plus de fonds alloués au Comité National de Suivi de l'Accord de la St Sylvestre « CNSA » (10 500 000 000 FC, 0,06% du budget national) que le chômage (690 719 673 FC, 0,00% du budget national) ou les services de médecine générale (313 584 755 FC, 0,00% du budget national) et voir même la recherche-développement concernant la défense 486 522 912 FC, 0,00% du budget national). Comment justifier 290 868 635 353 FC soit 1,69% du budget national aux services généraux de planification et statistique pendant que personne ne peut dire le réel taux de chômage en RDC ou combien sommes-nous et où sommes-nous ? Là encore, aucune ligne dans le budget pour introduire la technologie dans les salles de classe. Le budget national de l'année dernière a fini par être plus une farce qu'une gaffe qui a depuis trouvé un bouc émissaire, la covid-19.  

Pour peindre un tableau et en tirer un jus simple a digérer, en 2017, La RDC avait un revenu (3,238 milliards de dollars US) est moins qu'un pays déchiré comme le Yémen (3,467 milliards US $), 30 fois plus petit que l'Afrique du Sud (92,380 milliards US $), et environ 100 fois moins que le minuscule Royaume de Belgique (249,700 milliards US $). La comparaison est plus écœurante quand on se rend compte combien est budgétisé par habitant/an ; le montant en 2017 pour la RDC était estimé 39US $ (classé avant-dernier), Yémen 182 US $, l'Afrique du Sud 1865 US $ et la Belgique 22 470 US $. La réponse semble facile pour la RDC à rattraper les autres quand on regarde les chiffres de la dette extérieure par habitant ; RDC 88 $ US, Yémen 813 $ US, Afrique du Sud 3 343 $ US et Belgique 44 119 $ US. Ayant le moins de dette par habitant, on se dirait que la RDC pourrait facilement s’endetter. C’est alors surprenant que S&P Global Ratings (anciennement Standard & Poor's), considérée comme la plus grande des trois grandes agences de notation de crédit, classe la RDC (CCC+) comme la moins digne de confiance que l’Afrique du Sud (BB-) et surtout la Belgique (AA-) ? Racisme ? non !!!  

Pour y aller droit à l'un des principaux facteurs : alors qu'en RDC, le salaire minimum est de 0,13 dollar de l'heure ou environ 60 dollars par mois, au Yémen 100 dollars par mois, en Afrique du Sud de 1,5 dollar par heure et en Belgique 11,48 $ US par heure. Pour ceux qui ne le voient pas, plus les revenus des citoyens sont élevés, plus les revenus et le budget de l'État sont élevés. Et il en va de même pour la confiance des créanciers dans les obligations nationales qui indiquent à quel point les pays à hauts revenus trichent et gonfler leur dette nationale afin de fournir d'incroyables surplus sociaux à leurs citoyens et maintenir un sens d’unité et leur croissance économique. 

Cela vaut la peine de préciser que le budget national d’une nation telle que le Brésil ou l’Allemagne est affectée par la covid-19 parce que la crise entrave les voies  par lesquels leurs citoyens de la classe moyenne gagnent leur vie, ralentissant ainsi leurs interactions financières, ce qui nuit aux entreprises, en particulier dans le secteur des services. Pour ces pays, l'État s'appuie sur les poches (revenus) de leurs citoyens pour alimenter le mécanisme qui génère des surplus sociaux pour tous tels que leurs systèmes éducatifs, systèmes nationaux de santé et infrastructures, ainsi que paraître attractif pour accumuler plus de dette nationale. Une nation comme la RDC dont les citoyens sont pour la plupart passifs pour ne pas dire oisifs sur l'économie mondiale et dont le gouvernement mise davantage sur les dons et les caprices des pays riches pour son budget ne devrait pas à juste titre blâmer la covid-19 pour ses nouveaux étranglements. 

Le budget national est minable pour une nation comme la RDC non pas parce que c’est un soi-disant scandale géologique, plutôt du fait que plus de 80 millions de cœurs battent et des cerveaux et des poumons trottinent sur ses terres. La pauvreté implique d’abord et avant tout le manque de revenus et de ressources contemporains pour assurer des moyens de subsistance durables. Ses manifestations comprennent la faim, le banditisme politique, un accès limité à l'éducation et à d'autres services de base, et en addition en RDC, on a des groupes armés et le tribalisme. Par conséquent, l’éradication de la pauvreté sur toute l’étendue de la RDC qui devrait être la mission principale de l’Etat signifie au 21e siècle l'amélioration de la qualité individuelle des moyens de participation à l'économie mondiale. 

Pour être franc avec nous-mêmes, le budget national congolais reflète le niveau primitif de nos aspirations nationales et de même de l'état d'esprit de ceux qui sont appelés à combler le vide à chaque étape de ce process. Ainsi, pour avoir un jour un budget national qui puisse fournir un surplus social pour l'amélioration de la qualité de vie en RDC, nous devons avant tout moderniser les rêves et les efforts des congolais. Pour ces âmes qui se précipitent pour rejeter tout ce qu'elles ne peuvent pas digérer ou saisir comme pure théorie, eh bien, avec le temps, vous comprendrez que c'est la simple vérité. 

Jo M. Sekimonyo

https://fr.sekimonyo.com/

 
 

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