RDC : la société civile presse le gouvernement d’adopter la Politique nationale de l’énergie dont les travaux sont restés inachevés

Des lignes Haute Tension. Photo d'illustration
Des lignes Haute Tension. Photo d'illustration
PAR Deskeco - 16 juin 2026 15:09, Dans Actualités

Près de quatre ans après sa validation technique, la Politique nationale de l’énergie (PNE) attend toujours son adoption officielle par le gouvernement. Face à ce retard, la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et de l’action publique (CORAP) appelle les autorités à faire de son endossement politique une priorité nationale.

Dans une note de plaidoyer rendue publique le 29 mai 2026, l’organisation estime que l’absence d’une politique énergétique officiellement adoptée prive la République démocratique du Congo d’une vision claire et cohérente pour orienter le développement de son secteur énergétique.

Pour la CORAP, cette situation est paradoxale au regard du potentiel dont dispose le pays. La RDC possède d’importantes ressources hydroélectriques, solaires, de biomasse et de gaz, considérées parmi les plus importantes du continent africain. Pourtant, le pays continue d’enregistrer l’un des taux d’accès à l’électricité les plus faibles au monde, particulièrement dans les zones rurales et les provinces enclavées.

Selon l’organisation, l’absence d’une Politique nationale de l’énergie contribue à maintenir le secteur dans une gestion fragmentée, marquée par un manque de coordination entre les acteurs, une faible planification des investissements et l’absence d’orientations durables pour accompagner les réformes en cours.

« Le secteur manque aujourd’hui d’une vision nationale claire et cohérente », souligne la CORAP, qui estime que cette situation freine aussi bien les investissements publics que privés.

Un secteur sans cap clairement défini

La plateforme de la société civile affirme que le retard pris dans l’adoption de la PNE a des conséquences directes sur le développement énergétique du pays. Sans document de référence officiellement validé, les priorités du secteur évoluent au rythme des changements institutionnels et politiques, tandis que les réformes peinent à s’inscrire dans une trajectoire cohérente. Les provinces rencontrent également des difficultés à élaborer leurs propres stratégies énergétiques, faute d’un cadre national de référence.

La CORAP estime que cette absence de vision favorise la multiplication d’initiatives ponctuelles parfois peu durables et insuffisamment coordonnées, limitant ainsi les efforts d’électrification, de valorisation des énergies renouvelables et de développement industriel. L’organisation rappelle que depuis la validation technique du document en décembre 2022, le contexte énergétique mondial a considérablement changé.

Les débats autour de la transition énergétique, des minerais critiques, des marchés carbones et du financement climatique se sont intensifiés. Dans le même temps, les besoins d’électrification productive se sont accentués et la RDC cherche à renforcer son positionnement comme « pays-solution » dans la lutte contre le changement climatique.

Pour la CORAP, ces évolutions rendent encore plus urgente l’adoption de la Politique nationale de l’énergie, tout en ouvrant la voie à une éventuelle actualisation de certains axes afin de les adapter aux nouvelles réalités internationales. La coalition rappelle avoir joué un rôle actif dans tout le processus d’élaboration de la PNE aux côtés de plusieurs organisations de la société civile réunies au sein de la Dynamique POLE.

Elle affirme avoir participé aux consultations nationales et provinciales, mobilisé les acteurs concernés, sensibilisé les communautés locales ainsi que les peuples autochtones et contribué aux réflexions techniques ayant conduit à la validation du document.

Le processus d’élaboration a notamment permis la réalisation d’un diagnostic complet du secteur énergétique, l’organisation de consultations provinciales, une validation nationale et technique ainsi qu’une évaluation environnementale stratégique.

La CORAP considère que l’actuelle ministre des Ressources hydrauliques et Électricité dispose d’une occasion importante pour faire aboutir ce dossier en portant officiellement la Politique nationale de l’énergie devant le Conseil des ministres.

Selon l’organisation, l’adoption de ce document permettrait de renforcer la cohérence des réformes, d’améliorer la coordination des interventions dans le secteur, de rassurer les investisseurs et de soutenir les efforts du gouvernement en faveur de l’accès universel à l’énergie.

La coalition recommande ainsi au ministère de s’approprier officiellement la dernière version validée du document, de la soumettre à l’approbation du gouvernement, d’en assurer la publication officielle et d’engager rapidement les mécanismes nécessaires à sa mise en œuvre. Elle invite également l’exécutif à accorder une place prioritaire à la gouvernance énergétique et à renforcer les mécanismes de financement et de planification du secteur.

Un chantier encore inachevé

Pour la CORAP, le temps presse. Dans un contexte marqué par la croissance des besoins énergétiques, les défis climatiques et les ambitions de développement économique de la RDC, le pays ne peut plus se permettre de poursuivre sa transformation sans disposer d’une vision énergétique officiellement adoptée.

L’organisation appelle ainsi la Première ministre et la ministre des Ressources hydrauliques et Électricité à faire de l’endossement politique de la Politique nationale de l’énergie une priorité afin de donner au secteur le cadre stratégique attendu depuis plusieurs années.

Jean-Baptiste Leni

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