RDC : "La décision de Glencore de suspendre la production de cobalt à Mutanda Mining est un signal fort aux autorités congolaises" (Expert minier)

PAR Deskeco - 13 aoû 2019, Dans Actualités

La décision de Glencore, géant suisse des matières premières, de suspendre  la production à Mutanda Mining (MUMI), la plus grande mine de cobalt dans le monde, dans la province du Lualaba, à partir de la fin de l’année, à cause de la chute des prix du cobalt, fait couler beaucoup d’encre et de salive. Des réactions fusent de partout. Parmi lesquelles, celle de l’expert minier congolais Léonide Mupepele.

« On se souviendra que, dans un post daté du 06 avril dernier, j’avais fait savoir que la reprise des exportations de cobalt par Katanga Mining, l’autre mine géante du puissant Glencore dans le Lualaba, n’était pas une bonne nouvelle. J’avais évoqué comme raison la morosité des cours entretenue par le sur-approvisionnement du marché mondial par le cobalt congolais. Quatre mois plus tard, Glencore reconnaît implicitement qu’il s’est tiré une balle au pied et annonce la fermeture programmée de sa mine de Mutanda suite à la persistance de la morosité des cours de cobalt passés sous la barre de 30.000 Usd/tonne depuis juin dernier. Selon les dirigeants de Glencore, la rentabilité de la mine serait remise en question par rapport aux cours actuels, de 25.000 à 28.000 Usd/tonne de cobalt contenu. Si je peux comprendre une telle décision, je n’irai pas jusqu’à donner mon soutien aux dirigeants de Glencore quand on sait que, sur le plan strictement économique, la rentabilité des mines de cuivre du Katanga a toujours été jugée en fonction de l’exploitabilité du cuivre », a déclaré ce spécialiste.

Il estime que le cobalt, élément fatal des mines de cuivre principalement dans le Lualaba, a généralement été perçu par les miniers comme simple cerise sur le gâteau. « Or, on sait que le seuil de rentabilité des mines de cuivre du Katanga est actuellement autour de 2500-2800 Usd/tonne de cuivre contenu ; ce qui, par ailleurs, a justifié le fait qu’aucune mine industrielle n’ait fermé au dernier semestre de 2016 alors que le cours du cuivre était passé sous la barre de 3.500 Usd/tonne. Mais, même si, depuis bientôt six mois, le cuivre peine à franchir la barre de 6 000 Usd/tonne, on est encore loin des cours de 2016 », fait savoir l’expert minier Mupepele. 

Néanmoins, poursuit-il, « j’ai dit comprendre la décision de Glencore dans la mesure où elle lance un signal fort en direction des autorités congolaises qui n’ont toujours pas compris qu’avec 80 % de la production mondiale du cobalt, la Rd Congo est capable à elle seule de s’organiser pour prendre le contrôle du prix du cobalt sur le marché mondial ». 

L’expert minier congolais Léonide Mupepele explique aussi qu’au prix actuel de 26.000 à 28.500 Usd/tonne de cobalt, la Rd Congo ne fait que juste délocaliser ses gisements de cobalt vers la Chine. Sachant que la demande du cobalt, tirée par l’irréversible développement de l’automobile électrique, est appelée à croître inexorablement dans les prochaines années ; les industriels chinois qui rachètent et raffinent l’essentiel des produits cobaltifères congolais, doivent être en train de se frotter les mains, heureux d’importer et de stocker du cobalt acheté à vil prix, attendant le bon moment pour l’écouler au prix qu’ils seront désormais seuls à contrôler, a-t-il averti.

 En attendant, conclu-t-il, « en dépit des chômeurs que la décision de Glencore va devoir créer dans les rangs de nos compatriotes employés dans cette mine, nous devons de faire un clin d’œil à Glencore qui fait preuve de lucidité en se retirant des rangs de ceux qui, au nom d’un Code minier pas trop libéral, se livrent à un pillage qui ne dit pas son nom ».

Lepetit Baende

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