L’Inspection générale des finances (IGF) entend renforcer le contrôle des finances publiques grâce à la digitalisation, mais cette transformation s’heurte tout de même à un défi de taille : la qualité et la fiabilité des données produites par les administrations et les entités soumises au contrôle afin de lui permettre de mieux contrôler. Pour l’institution, disposer de données ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir en vérifier la cohérence, l’exactitude et la concordance avant de les exploiter pour établir des constats de contrôle.
L’institution entend répondre à cette difficulté par le croisement de plusieurs sources d’informations. Les données fournies par une administration pourront ainsi être confrontées à celles détenues par d’autres services publics ou recueillies auprès de sources extérieures, a expliqué son inspecteur principal Christophe Bitasimwa lors d’un briefing animé avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
« La qualité des données, c’est un sérieux problème. La première chose, c’est d’abord d’avoir ces données-là, et puis juger de leur qualité. Et comment juger la qualité de ces données ? C’est en comparant les sources. Lorsque nous aurons les données de la douane, celles de la DGI, de l’OCC, de l’OGEFREM, mais aussi les données que nous allons recueillir de l’extérieur, nous pourrons procéder au croisement des informations », explique-t-il.
Cette méthode doit permettre, indique-t-il, de repérer les écarts entre les informations détenues par différentes administrations. Une déclaration faite auprès d’un service pourra ainsi être confrontée aux données disponibles ailleurs afin de détecter d’éventuelles incohérences.
« À ce moment-là, nous ferons le croisement des données et nous pourrons apprécier la qualité des informations que nous avons devant nous. Nous pourrons ensuite interpeller le service concerné pour qu’il nous démontre, par exemple, pourquoi une marchandise importée à 10 000 dollars est déclarée à la douane à seulement 1 000 dollars. C’est justement grâce au croisement et au recoupement des données à travers plusieurs sources que nous pouvons détecter ce genre de situation. », ajoute Christophe Bitasimwa.
Selon lui, cette approche doit permettre à l’IGF de ne plus dépendre d’une seule source pour apprécier la situation financière ou administrative d’une entité contrôlée. La multiplication des sources constitue ainsi un moyen de vérifier la cohérence des informations avant d’en tirer des conclusions.
Mais pour être efficace, ce dispositif suppose aussi que les administrations améliorent la production et la gestion de leurs propres données. L’IGF affirme vouloir accompagner les régies financières dans cette démarche, au-delà de sa mission traditionnelle de contrôle.
« Nous travaillons avec les régies financières en connivence, mais nous les aidons aussi à travailler. Nous avons un aspect pédagogique. Il ne s’agit donc pas seulement de relever les erreurs ou les incohérences dans les données. Nous devons également aider les services concernés », conclut-il.
Le défi est d’autant plus important que la digitalisation ne garantit pas, à elle seule, la fiabilité du contrôle. Un système numérique peut traiter rapidement une grande quantité d’informations, mais la pertinence de ses résultats dépend directement de la qualité des données qui y sont introduites.
L’IGF doit donc miser, selon l’inspecteur principal, sur un dispositif fondé sur la confrontation des informations provenant notamment de la douane, de la DGI, de l’OCC, de l’OGEFREM et d’autres sources. Cette interconnexion pourra permettre de détecter plus rapidement les incohérences et de renforcer la capacité de l’administration à vérifier les déclarations qui lui sont transmises.
Jean-Baptiste Leni