Nord-Kivu : Carly Nzanzu Kasivita dénonce une pression fiscale accrue sous l'état de siège

Photo d'illustration
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PAR Deskeco - 05 aoû 2026 07:18, Dans Finances

 

Invité d'un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Carly Nzanzu Kasivita, vice-président de la commission Défense et sécurité de l'Assemblée nationale et gouverneur honoraire du Nord-Kivu, a livré une description précise et sans concession de l'état actuel de sa province, ainsi qu'un bilan critique de la gestion militaire mise en place depuis 2021.

Une province coupée en deux

Invité à décrire la situation actuelle du Nord-Kivu, l'ancien gouverneur a d'abord dressé une cartographie précise de l'autorité de l'État : 

« Le pouvoir public de Kinshasa s'exerce sur une partie de la province, il faut regarder la ville de Butembo, la ville de Beni, le territoire de Beni et une partie des territoires de Lubero et de Walikale. » 

À l'inverse, a-t-il poursuivi,

 « Goma, Rutshuru, Masisi, Nyiragongo, et une partie du territoire de Walikale sont sous le contrôle de l'agression rwandaise à travers son proxy », le M23/AFC. 

Un constat qu'il résume sans détour : 

« La vie est intenable dans cette partie de la République. La population de Goma souffre, la population de Rutshuru souffre, parce qu'il n'y a plus de fondamentaux de l'État, il n'y a pas de justice, il n'y a pas de pouvoir qui régule, à part la rébellion. » 

Même dans les zones qu'il peut encore visiter, il pointe la persistance du terrorisme des ADF et une criminalité urbaine croissante.

Des taxes multipliées « par dix »

Interrogé sur ses critiques répétées de la gestion des recettes provinciales sous administration militaire, Carly Nzanzu Kasivita a maintenu ses accusations, chiffres à l'appui. Comparant son mandat à la période actuelle, il a pris l'exemple du secteur pétrolier :

 « Pour quarante mètres cubes, à notre époque, pour la taxe conventionnelle, nous demandions à peu près 330 dollars pour un camion. Aujourd'hui, pour qu'un camion puisse passer à Kasindi, il doit payer autour de 3 000 dollars comme taxe conventionnelle sur les carburants.» 

Une hausse spectaculaire qu'il n'attribue pas à une meilleure gouvernance, mais à une pression fiscale accrue sur la population : 

« On peut penser que les recettes ont augmenté, mais il y a eu plutôt une multiplication des assiettes fiscales et une pression fiscale sur la population du Nord-Kivu. »

Redevabilité : l'avantage du régime civil

Sur la comparaison entre gestion militaire et civile, l'ancien gouverneur reconnaît au militaire une capacité de réaction plus directe sur le plan sécuritaire, disposant de « plusieurs leviers pour trouver des solutions ».

 Mais il tranche nettement sur la question de la redevabilité : 

« Il n'y a pas de comparaison avec le gouverneur civil. Les gouverneurs militaires ne sont pas contrôlés par les assemblées provinciales, ils décident en fonction de leur convenance. Alors qu'avec un gouverneur civil, il y a une assemblée qui contrôle, vous ne pouvez pas décider sans elle, notamment sur les finances, où vous êtes contrôlé trimestriellement. »

 Il ajoute que le contrôle citoyen, actif sous son mandat, ne s'exerce plus aujourd'hui, et affirme que son administration était globalement plus proche de la population que ne le sont les autorités militaires actuelles.

Un bilan sécuritaire jugé négatif

Sur la question de savoir si l'état de siège a atteint ses objectifs initiaux, Carly Nzanzu Kasivita est catégorique:

 

 « Il y a encore beaucoup à faire. Si l'objectif initial était de restaurer l'autorité de l'État, au lieu d'avoir pacifié Masisi, au lieu d'avoir gardé Goma, on a plutôt perdu des espaces. » Il réitère toutefois sa position nuancée sur les responsabilités : ni son ancienne administration civile, ni les régimes militaires qui lui ont succédé n'auraient pu, seuls, empêcher les « velléités » régionales du Rwanda. Il n'en reconnaît pas moins un fait marquant : « La guerre est arrivée pendant l'état de siège, et l'opinion a tendance à croire qu'il a empiré la situation, parce que la guerre est arrivée à Sake, alors que ce territoire était sous administration militaire. »

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