RDC : l'intensification de l'exploitation du coltan à Rubaya relance les accusations contre les réseaux d'exportation vers le Rwanda (Rapport)

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PAR Deskeco - 01 juil 2026 15:05, Dans Mines

 

L'exploitation du coltan dans les zones contrôlées par l'AFC/M23 autour de Rubaya, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, s'est « considérablement intensifiée » au cours de l'année 2025. C'est l'un des principaux constats du nouveau rapport du Groupe d'experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo, qui met en lumière l'expansion de la production minière dans cette région stratégique.

La production des mines sous contrôle de l'AFC/M23 dépasse les estimations de 2024

Selon les experts, la production mensuelle de coltan a dépassé les estimations établies en 2024, qui étaient évaluées à environ 120 tonnes par mois. Le rapport indique également que l'AFC/M23 a mis en place un système de taxation sur les minerais extraits dans les zones sous son contrôle.

Le mouvement armé imposait une taxe de 4 dollars américains par kilogramme de coltan et de 2 dollars par kilogramme de cassitérite. Les paiements étaient, selon les experts, centralisés sur un compte ouvert auprès d'Equity Bank au nom du coordonnateur financier provincial de l'AFC/M23.

Le rapport souligne par ailleurs l'implication de plusieurs sociétés exportatrices récemment créées à Kigali. Parmi elles figure Rani Mining Ltd., dont les documents douaniers consultés par les experts attesteraient l'exportation de plus de 84 tonnes de coltan en provenance de Rubaya.

Les Nations unies relèvent également une augmentation significative des exportations rwandaises de cassitérite. Celles-ci sont passées de 4 859 tonnes en 2024 à 7 700 tonnes en 2025, soit une hausse de 58 %, alors que, selon le Groupe d'experts, la production nationale rwandaise ne permet pas d'expliquer une telle progression.

Face à ces constats, le Groupe d'experts indique avoir adressé, le 2 avril 2026, une demande officielle d'éclaircissements au gouvernement rwandais. À la date de finalisation du rapport, les experts précisent être toujours « en attente de sa réponse ».

Les conclusions de l'ONU interviennent après les sanctions américaines visant une raffinerie rwandaise

Ces nouvelles révélations surviennent quelques jours seulement après l'annonce, le 25 juin 2026, de sanctions du Département américain du Trésor contre plusieurs acteurs du secteur minier, dont la raffinerie rwandaise Gasabo Gold Refinery Ltd., accusée de participer à des réseaux de contrebande de minerais provenant de l'est de la RDC.

À cette occasion, Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump pour l'Afrique, a déclaré que ces sanctions visaient les réseaux impliqués dans la sortie clandestine des minerais de conflit de la RDC.

« Les États-Unis annoncent des sanctions visant les réseaux qui font sortir clandestinement des minerais de conflit de la République démocratique du Congo afin de soutenir le groupe armé M23, appuyé par le Rwanda. Le M23 et ses soutiens exploitent les immenses ressources minières de la RDC — une richesse qui revient de droit au peuple congolais — pour financer l'achat d'armes, rémunérer leurs combattants et entretenir une insurrection déstabilisatrice qui a provoqué une grave crise humanitaire », a-t-il déclaré.

Le diplomate américain a ajouté que ces mesures s'inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre des Accords de Washington sur la paix et la prospérité conclus entre la RDC et le Rwanda.

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a également justifié ces sanctions en affirmant que Washington poursuivra les réseaux alimentant le commerce illicite des minerais.

« Les États-Unis ne permettront pas à des groupes voyous de tirer profit du commerce illicite des minéraux et de déstabiliser la région », a déclaré Scott Bessent.

Il a insisté sur le fait que « les richesses minières de la République démocratique du Congo appartiennent légitimement au peuple congolais » et assuré que l'administration américaine continuerait à prendre « des mesures décisives contre ceux qui permettent la violence, l'exploitation et les attaques contre le peuple congolais ».

Les nouvelles conclusions des experts des Nations unies viennent ainsi renforcer les préoccupations internationales sur les circuits d'exploitation, de taxation et d'exportation des minerais stratégiques de l'est de la RDC, dont les revenus continueraient d'alimenter les groupes armés actifs dans la région ainsi que les réseaux commerciaux transfrontaliers.

Jean-Baptiste Leni

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