Départ du G7-Miniers de la FEC: Jean-Jacques Lumumba accuse le gouvernement de complaisance

PAR Deskeco - 04 avr 2018, Dans Actualités

Jean-Jacques Lumumba, économiste et activiste qui lutte pour la bonne gouvernance, revient sur la crise qui oppose le gouvernement congolais aux sept géants miniers qui ont quitté la Fédération des entreprises du Congo (FEC). Dans une interview accordée ce mardi 3 mars 2018 à ACTUALITE.CD, ce banquier congolais évoluant en Europe dénonce un « laisser-aller » de la part du gouvernement et redoute que cet incident puisse impacter négativement l’économie du pays qui est déjà précaire.

Comment analysez-vous le départ de la FEC de sept entreprises minières ?

C’est une question à prendre au sérieux. Déjà dès le départ, l’État congolais s’était montré beaucoup trop complaisant envers ces miniers. Voir des investisseurs étrangers venir faire la loi dans un pays sérieux, ça n’existe pas. Donc dès le départ, la RDC a manqué d’hommes sérieux pour négocier en faveur de ses intérêts. C’est tout ce qu’on reproche depuis longtemps à l’actuel régime. Maintenant-là, on est surpris de voir qu’à l’approche de leur départ, ils se sont transformés en vrais défenseurs des intérêts nationaux. Où étaient-ils pendant des années ? Comment négociaient-ils les contrats ? Ils ont favorisé un laisser-aller, voilà ce qui explique le comportement de ces géants miniers. Donc ceux qui dirigent assument aussi une part de responsabilité dans cette crise.

Vous voulez dire qu’il sera difficile pour le gouvernement de s’imposer?

Oui ! Il est quasiment tard. Aujourd’hui ce n’est pas du rôle du gouvernement d’imposer des choses. Parce qu’au-delà du fait qu’on impose à ces sociétés minières de payer des droits supplémentaires, il faudrait plutôt penser à créer de la richesse et à créer du travail. Une vraie croissance dans une économie est accordée quand il y a la valeur travail qui est créée. Là il faudra entre autres une mobilisation beaucoup plus supérieure des devises et dans les caisses de l’État. Mais de l’autre côté, tout ce qui va être produit et tout ce qui va être extrait doit subir les premières transformations. Alors qu’est-ce que le gouvernement fait pour que ces ressources extraites du sol connaissent leur première transformation? Ils auraient dû pousser la réflexion très loin. La RDC a besoin d’argent. Pourquoi on aurait pas dû obliger dès le départ ces géants miniers-là de créer par exemple des usines de transformation des cobalts sur le sol congolais afin que les Congolais trouvent de l’emploi ? C’est dans ce sens-là qu’un gouvernement responsable devrait réagir. Quand on a le pouvoir, on ne doit seulement pas demander plus, il faut aussi prendre certaines mesures qui pourront profiter à la Nation.

Que faut-il faire alors, d’après-vous, pour redresser la barre ?

Le Congo est aujourd’hui en position de faiblesse à plusieurs niveaux. Nous n’avons plus moyens d’imposer notre point de vue. Nous sommes toujours obligés, dans ce cas, de négocier. Mais faire plutôt de bonnes négociations cette fois avec de bons investisseurs pour que ça profite aussi aux Congolais. Cela traduit notamment la nécessité de placer à la tête du pays des dirigeants légitimes, choisis par le peuple, qui seront en mesure de négocier pour l’intérêt du pays. Aujourd’hui la crise politique fait en sorte que les partenaires  étrangers ne prennent pas les négociations au sérieux parce qu’ils savent qu’ils font face à des dirigeants hors mandat. Parce qu’ils savent qu’ils pourraient perdre leurs investissements à tout moment au cas où ça éclate. Donc il nous faut des dirigeants crédibles, rassurants qui seront capables de redonner à la RDC sa valeur et faire décoller la croissance économique.

Will Cleas Nlemvo

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