L’Inspection générale des finances (IGF) veut accélérer la digitalisation du contrôle des finances publiques, mais cette ambition se confronte déjà aux réalités du numérique en RDC. L’accès à Internet demeure limité dans plusieurs régions et de nombreux services publics restent faiblement digitalisés, voire fonctionnent encore essentiellement à partir de procédures et de documents physiques.
Dans ce contexte, la volonté de l’IGF de renforcer ses contrôles grâce aux outils numériques soulève une question essentielle : comment contrôler efficacement les entités qui ne disposent pas encore d’une connexion Internet fiable, de plateformes numériques ou des moyens nécessaires pour transmettre leurs données à distance ?
Lors d’un briefing animé avec le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, Christophe Bitasimwa, Inspecteur général des finances a répondu à cette question tout en reconnaissant effectivement les limites actuelles du pays en matière de numérique. Face aux structures qui ne disposent pas encore d’infrastructures numériques, il affirme que l’IGF continuera de mener son contrôle en suivant les méthodes classiques.
« Effectivement, nous sommes dans un pays où tout n’est pas encore digitalisé. Nous devons le reconnaître. Il y a déjà beaucoup de services qui sont digitalisés et nous allons commencer à nous connecter à toutes les plateformes qui existent dans la République. Au fur et à mesure, nous allons nous connecter à toutes les plateformes qui seront mises en place. Mais en même temps, nous allons jouer un rôle catalyseur. Là où nous allons constater qu’il n’y a pas de digitalisation, nous allons pratiquer notre contrôle comme nous le faisons aujourd’hui, c’est-à-dire sans digitalisation. », a-t-il expliqué.
Cette approche prend en compte les fortes disparités qui existent entre les différentes régions du pays. Si certaines administrations disposent déjà de plateformes numériques et de connexions Internet, d’autres, particulièrement dans les zones éloignées des grands centres urbains, restent confrontées à des difficultés d’accès à Internet, aux équipements informatiques et aux infrastructures nécessaires à la digitalisation de leurs services.
La question ne concerne d’ailleurs pas uniquement les entités situées dans les zones les moins connectées. Même au sein de l’administration publique, la transformation numérique reste inégale. Certaines structures ont engagé leur digitalisation, tandis que d’autres continuent de fonctionner largement avec des documents physiques et des procédures manuelles.
Dans ce contexte, une digitalisation complète du contrôle de l’IGF ne peut donc pas être immédiate. L’institution prévoit de maintenir les contrôles traditionnels dans les entités qui ne disposent pas encore des moyens techniques nécessaires, tout en utilisant ses missions de contrôle pour encourager leur transformation numérique.
« Parmi les critères et les exigences, nous allons demander que là où ce n’est pas digitalisé, cela le soit, notamment dans les entreprises et dans les gouvernements provinciaux. Il faut savoir que la digitalisation est maintenant une obligation légale dans notre pays avec les Codes du numérique. Tous les services publics sont appelés à se digitaliser. En tant que service qui veille au respect des lois de la République, ce sera aussi un critère que nous allons exercer sur le terrain. Ainsi, nous pourrons être un catalyseur pour pousser tout le monde à se digitaliser rapidement. », a-t-il ajouté.
Cette position place toutefois l’IGF face à un double défi. Le premier est celui de la connectivité, car le contrôle numérique suppose que les entités contrôlées puissent effectivement accéder à Internet et échanger des données avec l’Inspection. Le second concerne la capacité des administrations à se digitaliser, notamment celles qui disposent encore de moyens techniques et humains limités.
Jean-Baptiste Leni