À l’ONU, Guylain Nyembo plaide pour l'accélération des investissements sur le PDL-145T, malgré les controverses sur la gestion de fonds du programme en RDC

PAR Deskeco - 21 avr 2026 12:14, Dans Actualités

À l’occasion de la 59ème session de la Commission de la population et du développement des Nations unies tenue le 13 avril dernier, le ministre d’État chargé du Plan, Guylain Nyembo, a appelé à une accélération des investissements dans les infrastructures de proximité en République démocratique du Congo, à travers le Programme du développement local des 145 territoires (PDL-145T), afin de rapprocher les services sociaux de base des populations.

Une déclaration qui intervient dans un contexte marqué par des ambitions gouvernementales élevées, mais également par des critiques croissantes sur la gouvernance et l’efficacité de ce programme phare.

Lancé pour corriger les déséquilibres territoriaux, le Programme du Développement local des 145 Territoires représente l’un des investissements publics les plus importants de la RDC en matière du développement local, avec un coût global estimé à près de 1,6 milliard USD.

Financé en partie par les ressources publiques, mais aussi par les Droits de tirage spéciaux (DTS) issus du Fonds monétaire international, le programme vise notamment à la construction d’écoles et centres de santé, l’amélioration des routes rurales, et le développement des économies locales.

Devant les Nations unies, Guylain Nyembo a insisté sur la nécessité d’« accélérer la mise en œuvre » de ces investissements, notamment dans le secteur de la santé, où l’enjeu reste de réduire la distance entre les populations rurales et les services essentiels.

Des moyens financiers conséquents, mais une exécution questionnée

Si l’ambition du programme est largement saluée, sa mise en œuvre soulève de sérieuses interrogations. Selon plusieurs analyses récentes, environ 675 millions USD, dont une partie issue des DTS du FMI, ont déjà été mobilisés dans le cadre du programme. Pourtant, seulement 9,9 millions USD, soit à peine 2,6 %, seraient clairement tracés comme effectivement décaissés dans les circuits de réalisation des projets. Ces écarts alimentent les doutes sur la transparence et l’efficacité de la gestion financière du PDL-145T.

Dans un rapport critique publié en 2025, le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) met en cause la gestion du programme, évoquant des “malversations financières” et des "dysfonctionnements structurels". Parmi les principales dénonciations, figure "la surfacturation des infrastructures,

certains bâtiments administratifs évalués à 200 000 USD atteindraient jusqu’à 289 302 USD, tandis que les coûts d’équipement des écoles seraient largement surestimés".

La structure a également dénoncé "la faible qualité des ouvrages". le CREFDL relève "un décalage important entre les montants engagés et la qualité réelle des infrastructures livrées".

Retards importants dans l’exécution : dans certaines provinces, des projets prévus sur six mois accusent plus de deux ans de retard, avec des taux de réalisation parfois inférieurs à 40 %, voire nuls dans certaines zones.

Crefdl a dénoncé également "le manque de transparence". L’organisation pointe une «faible traçabilité des fonds et des violations présumées des règles de passation des marchés publics».

Un enjeu de crédibilité pour l’action publique

Ces critiques interviennent alors que le gouvernement congolais défend le PDL-145T comme un levier essentiel pour la transformation sociale du pays.

Le plaidoyer de Guylain Nyembo à la tribune internationale traduit ainsi une volonté de maintenir la mobilisation autour du programme, notamment auprès des partenaires techniques et financiers. Mais sur le plan interne, la pression reste importante pour la réalisation d’un audit indépendant, une réforme de la gouvernance du programme, et une meilleure redevabilité dans l’utilisation des fonds publics. C'est notamment ce que recommande Crefdl. 

Jean-Baptiste Leni

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