« La plus grande richesse c’est d’investir dans l’éducation des Congolais », selon Jo Sekimonyo

PAR Deskeco - 22 mai 2019, Dans Actualités

Le développement de la République démocratique du Congo passe impérativement par des investissements conséquents dans la formation des Congolais. C’est le point de vue de Jo Sekimonyo qui soutient mordicus que le Congolais d’aujourd’hui n’a pas les connaissances requises pour être compétitif au 21ème. Dès lors, les dirigeants devraient investir dans l’éducation de 80 millions des Congolais qui sont, selon lui, la vraie richesse de la RDC, contrairement aux idées reçues sur les richesses du sol et du sous-sol.

« Il faut redéfinir ce que c’est une richesse. Quand on parle de richesse du sous sol en RDC, nous sommes pauvres en sous-sol en réalité. L’on dit que notre sous sol regorge 14 000 milliards USD comme valeur des ressources naturelles. Mais la dette des USA va jusqu’à 17 000 milliards USD. Ça veut dire que nous ne sommes pas riches. Notre plus grande richesse ce sont les 80 millions de Congolais, qu’on n’a pas recensé d’ailleurs. On ne sait pas en on est combien. La plus grande richesse c’est d’investir dans les Congolais. Le Congolais d’aujourd’hui n’a pas les connaissances requises pour participer à l’économie du 21ème siècle. Ça veut dire, nous n’avons pas de savoir sur le plan technologique. Se poser la question de savoir comment le Congolais doit participer au 21ème siècle c’est dire indirectement nous devons réformer notre système d’éducation. Ça veut dire qu’il faudrait qu’on ait une Haute autorité de l’éducation qui aura la mission de créer les Congolais qui peuvent participer à l’économie du 21ème siècle et conquérir le monde de demain.  Pour savoir écrire des beaux poèmes, il faut apprendre d’abord à écrire. Et pour savoir écrire, il faut copier, copier, copier jusqu’à ce qu’on saura écrire. C’est après qu’on saura écrire des beaux poèmes. Maintenant là, nous ne savons pas écrire mais nous voulons écrire directement des bons poèmes. Nous devons écrire une nouvelle histoire de la RDC et pour ça, il faut d’abord savoir écrire », affirme Jo Sekimonyo.

Cet investissement doit être un projet à long terme pour créer une génération des Congolais capables d’affronter les défis du 21ème siècle et être ainsi compétitif dans le concert des nations. C’est ce que, selon lui la Chine, durant les quarante dernières années. Ce qui fait que le chinois d’aujourd’hui est aussi compétitif qu’un américain.

« Il faut se dire la vérité. Ce n’est pas notre génération qui va vivre cette réalité là. Nous devons planter pour le futur. Il nous faut recréer le système d’éducation. On doit comprendre qu’aujourd’hui le système qui développe les pays ce sont des systèmes de boom économiques artificiels.  On doit comprendre le rôle de la banque centrale de créer des crédits modernes. Pour créer un boom économique, il faut savoir tricher comme tout le monde. On doit arriver à avoir une dette publique de 2000 ou 4 000 milliards USD. On doit avoir des experts qui peuvent aider l'État à s’endetter à l’international. On dit souvent que la presse est le quatrième pouvoir. Non. En réalité, le quatrième pouvoir c’est le monde financier. Les médias accompagnent les autres pouvoirs. On doit chercher l’argent. D’où doit venir cet argent là. C’est dans notre système d’éducation. On doit se dire comment construire un Congo meilleur pour les générations futures. Ce que les Etats-Unis ont fait en 200 ans, la Chine l’a fait en 40 ans. La Chine s’est posé la bonne question : comment sortir les chinois de la pauvreté ? En 1970, il y avait 98% de la population chinoise qui était en dessous du seuil de pauvreté.  Ils ont investi dans l’éducation. 40 ans après, c’est seulement 2% des chinois qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, le chinois est compétitif à l’américain. Le système éducatif chinois est compétitif au monde », dit-il.

En ce qui concerne la problématique de capter les investissements étrangers, cet économiste estime qu’il faut au préalable commencer par créer des opportunités. De son avis, les investisseurs étrangers vont là où sont les opportunités. Dès lors, la RDC devrait créer les conditions favorables aux opportunités économiques pour attirer les capitaux frais étrangers, pense Jo Sekimonyo.

« Pour capter les capitaux frais, ce n’est pas question d’être crédible ou d’être organisé je ne sais comment. Il faut laisser aux experts s’occuper de la quête des financements extérieurs. Le Conseil économique et social devrait être le laboratoire des conseils économiques et sociaux. Ce sont les conseillers économiques qui pouvaient dire au président de la République comment trouver des capitaux frais. Pour trouver des capitaux, il faut juste créer des opportunités. Il ne faut pas aller chercher les investisseurs. Il faut créer des opportunités parce que les investisseurs cherchent justement les opportunités. Comment créer les opportunités économiques ? C’est ça le grand débat qu’on devrait avoir en RDC. Est-ce qu’on veut faire de la RDC une puissance financière, une puissance agricole, une puissance énergétique, etc. Ça dépend de ce qu’on veut devenir. En d’autres termes, quel écosystème veut-on créer pour le développement de la RDC. C’est là où le grand débat devrait se tenir au sein du Conseil économique et social. Quel écosystème on veut faire de la RDC ? Et si on a un consensus, c’est en ce moment là on peut déterminer les grandes lignes de notre système d’éducation, de développement. La RDC ne va nulle part parce qu’on ne sait pas là où nous devrons aller. On doit redescendre aux fondamentaux. Qu’est-ce qu’on doit faire de la RDC ».

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Amédée MK

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