«La RDC n’est pas prête à adhérer au projet Pont Route-Rails Kinshasa-Brazzaville », selon l'économiste Jo Sekimonyo

PAR Deskeco - 18 mai 2019, Dans Actualités

L’économiste congolais Jo Sekimonyo a accordé une interview à DESKECO.COM. Nous avons notamment parlé avec lui du projet de construction du Pont Route-Rails Kinshasa-Brazzaville. Son avis est sans équivoque quant à l’opportunité de le réaliser maintenant.

« Je suis vraiment contre la réalisation de ce pont entre Kinshasa et Brazzaville maintenant. Je peux changer d'avis peut être dans cinq ans. Mais, pour le moment, je suis contre ce pont. Si vous regardez bien, ce n'est pas seulement le Congo Brazzaville, tous nos voisins ont déjà préparé des projets de développement de leur propre marché en misant sur la RDC. Mais, la RDC n'est pas encore prête d'adhérer à leur projet.  Je suis contre qu'on utilise nos potentialités pour plaire aux autres pays. La RDC doit utiliser ses potentialités pour intimider les autres pays. On n'a pas besoin de ce pont maintenant là. Nous avons des problèmes en interne, à résoudre au préalable pour adapter notre économie au monde du 21ème siècle. Ce n'est qu'après qu'on peut adhérer aux projets des autres pays », a confié Jo Sekimonyo à DESKECO.COM.

 

Pour cet économiste qui réside aux États-Unis, la RDC devra d’abord ajuster son économie aux enjeux du 21ème siècle avant de s’ouvrir aux projets tant ceux proposer par les institutions financières internationales que ceux des autres pays africains.

« L'UDPS dit le peuple d'abord. Moi je dis « le Congolais d'abord ». On ne peut pas ouvrir nos portes juste pour plaire aux pays voisins. Non. Il nous faut avoir un dialogue en interne sur ce pont. Si ce dialogue débouche sur un consensus sur la réalisation de ce pont, alors, on va le faire. Mais aujourd'hui, on ne peut pas faire ce pont pour faire plaisir à certains pays et institutions financières internationales. Ce pont ne va pas seulement tuer le port de Matadi. C'est toute notre économie qu'on doit ajuster d’abord. On peut réfléchir comment trouver des alternatives à l'économie du Kongo Central. Mais, il faut d'abord voir les intérêts de la RDC. Le Congolais d'abord. Après, on peut penser aux autres », soutient-il.

De son avis, la RDC doit prendre le temps nécessaire pour se préparer à affronter les autres économies africaines. « Prenons le temps qu'il faut pour nous organiser. On ne doit pas adhérer à ce projet à la hâte. Mieux vaut que la RDC prenne 30 ans pour être leader de l'Afrique qu'adhérer hâtivement à des projets qui peuvent faire des Congolais des esclaves de l'Afrique. C'est déjà une bonne chose qu'on débat de ce projet. Je ne vais pas imposer mon opinion mais l'élite devrait lancer un dialogue sur la réalisation de ce pont entre Kinshasa et Brazzaville ».

Le président de la Banque africaine de développement a séjourné en début de cette semaine au Congo Brazzaville notamment pour parler de l’effectivité de ce projet.

Après les études de faisabilité, les travaux de réalisation de ce projet de pont route-rails devant enjamber le fleuve Congo et relier Brazzaville et Kinshasa seront lancés en août 2020, selon la BAD.

« Ce n'est pas qu’on n’aime pas l'Afrique. Nous devons d'abord nous préparer avant de nous ouvrir aux autres. Dans l'Afrique de l'ouest, le Nigeria ne fait pas de cadeaux. L'Afrique du Sud ne fait pas non plus de cadeaux aux pays de l'Afrique australe. Toutes ces puissances économiques regardent d'abord leurs intérêts avant ceux des autres. C'est la RDC qui doit imposer son agenda à l'Afrique et surtout à l'Afrique Centrale. Et pas le contraire. Si la RDC peut développer son marché en utilisant les autres pays, tant mieux. Les autres pays ne devraient pas nous imposer leur agenda. C'est la RDC qui doit être la locomotive du continent africain », martèle Jo Sekimonyo.

Évalué à 550 millions USD, ce projet est financé à hauteur de 210 millions USD par la Banque africaine de développement. Une autre partie du coût de ce projet est financé par "Africa 50", une plateforme regroupant des États africains et destinée à financer les infrastructures de développement sur le continent.

Amédée MK

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