RDC : Le déficit de la lutte contre la corruption à la base de la modicité du budget 2020

PAR Deskeco - 30 sep 2019, Dans Actualités

Le gouvernement va déposer incessamment le Projet de Budget 2020 à l’Assemblée nationale pour examen et adoption. On le sait déjà, le Projet de Budget 2020 que les experts du gouvernement sont en train de finaliser est évalué à 7 milliards USD. Il se présente en équilibre, en recette et en dépenses, selon le compte rendu du Conseil des ministres tenu le vendredi 27 septembre sous la présidence du Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba.

« Sur base des indicateurs macroéconomiques retenus, l’objectif du gouvernement est pour des recettes de l’équivalent de 7 milliards USD pour l’exercice 2020. Aussi, le projet du budget 2020 est arrêté en équilibre, en recette et en dépense à hauteur de 11.853,4 milliard de francs congolais. Comparé au budget de l’exercice 2019, chiffré à 10.352,3 milliards de Francs Congolais, il se dégage un taux d’accroissement de 14,5% », indique le compte rendu fait par le porte-parole du gouvernement, Jolino Makelele.

Un budget modique face aux promesses

Pour beaucoup d’observateurs, les ambitions budgétaires du gouvernement contrastent avec les nombreuses promesses faites aux Congolais par le président de la République, Félix Tshisekedi.

De la gratuité de l’enseignement de base à la gratuité des soins de santé pour les militaires en passant par la mise en œuvre du Plan national du numérique, la modernisation de l’agriculture, la création d’un fonds de garantie pour soutenir les jeunes entrepreneurs, l’indispensable augmentation des salaires des fonctionnaires, des militaires et des policiers non sans compter des travaux de construction d’infrastructure de base ou encore l’impérieuse nécessité de pacifier l’ensemble de la RDC, sont des chantiers qui nécessitent beaucoup de moyen.

Certes, le gouvernement prévoit un endettement de 7,5 milliards USD durant les trois prochaines années pour soutenir ses politiques, au-delà des recettes locales à mobiliser. Il apparait tout de même que Félix Tshisekedi n’aura pas les moyens de concrétiser ses promesses, du moins durant l’exercice 2020.

Dans son entretien accordé à New York à deux médias français, TV5 Monde et Le monde.fr, en marge de l’assemblée générale de l’ONU, le chef de l’Etat congolais pense financer « dans un premier temps » son programme avec « l’aide internationale » !

En effet, le cadre budgétaire à moyen terme 2020-2022 qui définit la trajectoire des finances publiques pendant cette (NDLR : discuté en juillet 2019 par lors du séminaire d’orientation budgétaire) présente un montant global de 28,5 milliards USD au niveau des dépenses, soit 9 milliards en 2020; 9,5 milliards USD en 2021 et 10 milliards USD à 2022.
Pour mobiliser ces fonds, le gouvernement mise sur un endettement tant auprès des bailleurs de fonds traditionnels que sur le marché financier local et international. Les prévisions d’endettement sont de l’ordre de 2,9 milliards USD pour l’exercice 2020, de 2,3 milliards USD en 2021 et de 2,3 milliards USD en 2022. Ce qui donne un total de 7,5 milliards USD de dettes prévues entre 2020 et 2022.

La lutte contre la corruption en souffrance

Erreur de stratégie ou pas, le président de la République aurait dû mettre à contribution ses six premiers mois au pouvoir pour mettre en œuvre des mesures essentielles pouvant endiguer la corruption qui reste un fléau national et la principale cause du sous-développement de la RDC.

A (RE) lire: https://deskeco.com/rdc-les-13-faiblesses-dans-la-lutte-contre-la-corruption-relevees-par-la-plateforme-des-organisations-anti-corruption/

La RDC perd chaque année 15 milliards USD à la suite de la corruption sur toutes ses facettes. Dès lors, lutter contre la corruption c’est œuvrer à la mobilisation accrue des recettes publiques. Ce que le nouveau pouvoir n’a pas encore fait visiblement au regard du Projet de budget que le gouvernement se prépare à présenter.

« La lutte sans concession contre la fraude fiscale, douanière, dans les secteurs économique, des télécommunications et des transports par la constitution d’équipes mixtes à cette fin, l’évaluation et l’audit des contrats d’amodiation et de partenariat conclus avec les sociétés minières de l’État, plus de rigueur dans l’octroi des exonérations, la réduction des taxes à l’exportation de certains produits, le contrôle accrue dans le secteur des transports, la stricte application de la limitation du nombre des services opérant aux frontières, le marquage moléculaire du carburant, le renforcement du contrôle des Sim box et l’autorisation donnée à l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC) de signer des contrats de partenariat avec des sociétés spécialisées », sont autant de mesures susceptibles de maximiser les recettes publiques et doter le gouvernement des moyens de sa politique.

Bien plus, la maximisation des ressources internes et externes par la mobilisation de l’épargne intérieure privée, le déploiement du guichet unique, l’émission des obligations du Trésor sur le marché financier international, la numérisation du cadastre et la sécurisation des titres fonciers, la mercuriale foncière et l’amélioration de la collecte de l’impôt foncier, l’accélération de la migration vers la télévision numérique terrestre (TNT) en vue de libérer les fréquences devant servir à l’implémentation de la 4G, le renforcement des sanctions positives et négatives à l’égard des agents du fisc et des opérateurs économiques par la libération des montants dus au titre de la rétrocession aux services générateurs des recettes, la répression des agents impliqués dans la fraude et la corruption, la déclaration du patrimoine des mandataires des régies financières avant et après leur mandat, sont tout aussi un train de dispositions déjà préconisées depuis janvier 2016, sous le premier ministre Matata Ponyo, pour accroitre les revenus de l’Etat dans les cadre de « 28 mesures urgentes pour la stabilisation et la relance de l’économie nationale ».

A (RE) lire: https://deskeco.com/rdc-deficit-de-mise-en-oeuvre-des-28-mesures-urgentes-pour-la-relance-de-leconomie/

Au nom de la continuité de l’Etat, Félix Tshisekedi devrait dès son arrivée actionner toutes ces mesures pour se doter des moyens nécessaires pour concrétiser son projet de société qui se résume par « le peuple d’abord ».

Amédée Mwarabu

Articles similaires