RDC : Delly Sesanga appelle à protéger les plus vulnérables face à l’essor des jeux d’argent

Le jeux d'argent connaît un engouement en RDC.
Le jeux d'argent connaît un engouement en RDC.
PAR Deskeco - , Dans Finances

 

Le secteur des jeux d’argent prend une place de plus en plus importante en République démocratique du Congo. Selon le gouvernement, le marché congolais est évalué à plus de 1,6 milliard de dollars américains, alors que les recettes publiques qui en sont issues demeurent faibles. Pour tenter de mieux encadrer cette activité, les autorités ont engagé depuis avril 2025 une réforme à travers un projet de loi consacré aux jeux d’argent et de hasard.

Cette réforme vise notamment à réguler le secteur, renforcer la transparence des opérations, lutter contre les pratiques illicites et améliorer la mobilisation des recettes publiques. Mais pour Delly Sesanga, l’enjeu ne doit pas être uniquement fiscal. Il faut également s’attaquer aux conséquences sociales de l’essor des jeux de hasard, particulièrement auprès des jeunes et des personnes vulnérables.

L’ancien député national estime que le développement du secteur intervient dans un contexte où une partie de la jeunesse congolaise, confrontée au chômage et au manque de perspectives, peut être tentée de considérer les jeux d’argent comme une source alternative de revenus.

« Depuis un an, j'ai stigmatisé la situation visant à transformer le jeu du hasard, symbolisé par le jeu “WINNER”, en substitut aux revenus du travail, pour notre jeunesse délaissée et sans emploi. Je partage donc l'objectif de mettre de l'ordre dans ce secteur. Les opérateurs doivent être identifiés, leurs activités contrôlées et leurs revenus correctement imposés. Les opérateurs clandestins doivent être combattus. Les mineurs et les personnes vulnérables doivent être protégés. La fiscalisation du secteur doit se faire de manière juste, objective et rationnelle », déclare Delly Sesanga.

Pour lui, l’État doit donc renforcer son dispositif de contrôle avant de chercher à accroître la pression fiscale. Une meilleure identification des opérateurs permettrait notamment de distinguer les entreprises qui exercent légalement de celles qui évoluent en dehors du cadre réglementaire.

Sesanga s’inquiète également du risque de faire supporter aux joueurs les conséquences financières de la réforme. Il rappelle que deux prélèvements existent déjà dans le secteur : la taxe d’autorisation d’exploitation d’une entreprise de jeux de hasard ou d’une loterie, dont le taux varie selon l’activité, et une taxe ad valorem de 10 % sur les gains des joueurs.

Dans ce contexte, il appelle à ne pas faire de la fiscalité un mécanisme supplémentaire de pression sur les Congolais les plus fragiles. « Je partage l'objectif de mettre de l'ordre dans ce secteur, mais l'incapacité de l'État à recouvrer correctement les prélèvements existants ne doit pas être compensée par de nouvelles charges imposées aux Congolais vulnérables. Il faut plutôt identifier les opérateurs, contrôler leurs activités, combattre ceux qui travaillent clandestinement et protéger les mineurs et les personnes vulnérables. La fiscalisation doit être juste, objective et rationnelle », insiste-t-il.

La réforme des jeux d’argent apparaît ainsi, aux yeux de Sesanga, comme un chantier qui dépasse la seule question des recettes publiques. Elle doit également permettre aux pouvoirs publics de mieux surveiller les pratiques des opérateurs et de limiter l’exposition des catégories les plus vulnérables aux risques liés aux jeux de hasard.

Jean-Baptiste Leni

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