Accords RDC-USA : 54 élus démocrates américains veulent voir clair et exigent des comptes à l’administration Trump

RDC-USA
RDC-USA
PAR Deskeco - , Dans Mines

 

Sous le lead de Linda T. Sánchez, Jared Huffman et Jonathan Jackson, cinquante-quatre élus démocrates américains dénoncent l’opacité des accords conclus ou négociés par Washington pour sécuriser l’accès aux minerais critiques, en particulier le cobalt et le cuivre de la République démocratique du Congo (RDC).

Ces élus américains ont fait savoir leurs mécontentements dans une lettre ouverte adressée le 17 août 2026, à l’ambassadeur commercial des États-Unis, Jamieson Greer ainsi qu’aux secrétaires d’État Marco Rubio, au Commerce Howard Lutnick et au Trésor Scott Bessent.

Leur critique porte sur des arrangements négociés sans consultation parlementaire suffisante, des garanties sociales et environnementales jugées non contraignantes ainsi qu’un recours accru au financement public qui pourrait, selon eux, faire peser les pertes sur les contribuables tandis que les bénéfices resteraient privés : 
 

« Toute négociation commerciale portant sur les minerais doit permettre une large participation du public ainsi qu’un examen et une approbation du Congrès ».

Selon la fiche de l’Agence internationale de l’énergie, l’accord de partenariat stratégique, ou Strategic Partnership Agreement (SPA) signé le 4 décembre 2025 par Washington et Kinshasa consacre une coopération bilatérale sur les minerais critiques, les infrastructures et la gouvernance. Il prévoit notamment une réserve d’actifs stratégiques comprenant des actifs miniers, aurifères et des zones d’exploration, pour lesquels les personnes américaines disposent d’un droit de première offre.

Le dispositif prévoit également des projets stratégiques désignés par la RDC, un accès préférentiel des entreprises américaines à certains projets et minerais, ainsi qu’un régime fiscal et réglementaire préférentiel pour des investissements situés notamment dans des zones éloignées ou post-conflit. Le corridor Sakania-Lobito, destiné à faciliter l’acheminement des minerais vers les marchés internationaux, figure parmi les infrastructures prioritaires. La mise en œuvre a déjà commencé. Selon un communiqué conjoint publié par l’ambassade américaine à Kinshasa, le comité directeur américano-congolais a tenu sa réunion inaugurale et la RDC a désigné une première liste d’actifs de la réserve stratégique. Les autorités américaines et congolaises présentent ce mécanisme comme un moyen d’attirer des capitaux, de créer des emplois et de renforcer la transparence et la stabilité.

De leur côté, les élus démocrates donnent une lecture beaucoup plus prudente de ces accords. Ils affirment que le SPA pourrait entraîner de profondes modifications de la Constitution congolaise et ouvrir la voie à l’extraction de ressources dans un contexte de conflit armé et de violations persistantes des droits humains. Ces affirmations relèvent de la lettre politique et des sources citées par ses auteurs ; elles doivent donc être distinguées des dispositions explicitement recensées dans les documents publics de l’accord.

La lettre fait également référence à des informations de presse selon lesquelles les États-Unis et les Émirats arabes unis contribueraient au financement d’une force paramilitaire chargée de sécuriser les opérations minières en RDC. L’Associated Press a rapporté que l’Inspection générale des mines congolaise avait annoncé une unité de 100 millions de dollars, appelée à remplacer progressivement des missions actuellement assurées par l’armée. Son mandat comprendrait la protection des sites, l’escorte des convois de minerais et la sécurisation des investissements étrangers.

Le calendrier annoncé prévoit 2 500 à 3 000 membres opérationnels en décembre, après six mois de formation, puis plus de 20 000 personnels répartis dans les 22 provinces minières d’ici à la fin de 2028. C’est cette articulation entre sécurité, investissement étranger et exploitation des ressources qui inquiète les parlementaires. Ils demandent à l’administration de préciser les mécanismes de contrôle des droits humains et de garantir que la force ne porte pas atteinte aux droits syndicaux et aux libertés d’association. Les élus demandent par ailleurs si Washington envisage de lever les sanctions prises au titre du régime Global Magnitsky contre l’homme d’affaires israélien Dan Gertler afin de faciliter une transaction sur le cobalt.

Le Trésor américain avait sanctionné Gertler et des entités qui lui étaient affiliées en raison d’allégations de corruption liées à des transactions minières et pétrolières en RDC. Selon l’OFAC, les personnes et entités désignées sont soumises au gel de leurs avoirs relevant de la juridiction américaine et les ressortissants américains sont généralement interdits de transaction avec elles. La lettre ne présente pas la levée de ces sanctions comme une décision déjà prise. Elle demande des explications sur une possibilité rapportée par la presse et met en avant le risque de contradiction entre la lutte anticorruption affichée par les États-Unis et la recherche urgente de nouveaux approvisionnements miniers.

Toute éventuelle modification du régime de sanctions devrait donc être documentée par une décision officielle du Trésor, qui n’est pas produite dans les sources examinées ici. Les 54 représentants réclament des réponses écrites sur dix volets. Ils veulent savoir si les futurs accords contiendront des normes exécutoires sur l’environnement, les communautés et l’ensemble des droits du travail reconnus internationalement, avec des méthodes de vérification et des pénalités en cas de violation. Ils interrogent aussi l’administration sur l’impact des réductions de l’aide américaine, notamment dans le domaine du VIH, sur les travailleurs et les entreprises minières opérant à l’étranger.

Le financement public constitue un autre axe majeur de la contestation. La lettre vise les prêts, garanties et prises de participation de la Development finance corporation (DFC), de l’Export-Import bank et d’autres instruments fédéraux. Pour les élus, ce montage pourrait encourager des projets très risqués : en cas de succès, les investisseurs privés conserveraient les profits ; en cas d’échec, une partie des pertes serait absorbée par l’État américain.

Ils demandent donc des garanties contre les conflits d’intérêts, l’auto-transaction et le traitement préférentiel de sociétés liées à des responsables politiques. La démarche intervient alors que l’administration cherche à déployer un modèle plus large d’accords sur les minerais critiques. La lettre cite l’accord de commerce réciproque avec la Malaisie, qui limiterait certains outils de politique industrielle liés aux restrictions à l’exportation, ainsi que des arrangements avec l’Argentine, l’Équateur, le Cambodge et le Bangladesh.

L’organisation Public Citizen, citée par les parlementaires, estime que ces instruments réduisent l’espace de décision des pays producteurs tout en offrant aux entreprises américaines un accès privilégié. Cette lecture est celle d’une organisation de défense des consommateurs et doit être présentée comme telle. Une bataille sur la souveraineté et la valeur ajoutéeAu-delà de la transparence, le débat porte sur le modèle de développement. Les élus demandent que les pays partenaires puissent transformer localement leurs ressources, créer des emplois qualifiés et développer des capacités industrielles, plutôt que d’être cantonnés à l’extraction.

Ils souhaitent aussi intégrer la circularité, réemploi, réparation et recyclage des minerais dans la stratégie américaine, afin de réduire les déchets et la pression sur de nouveaux gisements. Cette question est particulièrement sensible en RDC, où l’exploitation minière artisanale fait vivre des millions de personnes selon les organisations de la société civile, dans un environnement marqué par la pauvreté, la conflictualité et des risques documentés pour les travailleurs et les communautés.

Public Citizen et plusieurs organisations alliées soutiennent que le SPA renforce l’influence américaine sur la gouvernance minière congolaise ; cette analyse critique n’est pas partagée, à ce stade, par les gouvernements américain et congolais, qui mettent en avant la paix, la stabilité, la transparence et l’investissement. La lettre du 17 août ne bloque pas juridiquement les accords. Elle cherche à imposer un débat public et à obtenir de l’exécutif des informations sur les engagements pris, les bénéficiaires éventuels et les mécanismes de contrôle.

Sa portée dépendra désormais de la réponse des quatre responsables interpellés et de la capacité des démocrates à obtenir des auditions ou des documents au Congrès. 

Bienvenu Ipan 

Articles similaires