L’Alerte congolaise pour l’environnement et les droits humains (ACEDH) a exprimé de vives préoccupations concernant le déploiement du système national d’identification numérique RDC-PASS, lancé le 13 juin 2026 dans le cadre de la stratégie gouvernementale « DRC Digital Nation 2030 ».
Tout en saluant la volonté des autorités de moderniser l’accès aux services publics et financiers, l’organisation estime que le projet est mis en œuvre sans garanties suffisantes en matière de transparence, d’inclusion et de protection des droits fondamentaux.
Dans un communiqué parvenu à Deskeco ce mardi, l’ACEDH affirme que la centralisation de données biométriques sensibles, en l’absence de contre-pouvoirs effectifs, pourrait favoriser une surveillance de masse, porter atteinte à la vie privée, accroître les risques de cybercriminalité et conduire à l’exclusion de certaines catégories de la population.
L’organisation, qui se présente comme défenseure des droits des communautés autochtones, des défenseurs climatiques et fonciers ainsi que des populations vivant autour des forêts, des parcs nationaux et des ressources en eau, s’inquiète également du contexte marqué, selon elle, par des poursuites judiciaires stratégiques (SLAPP), des attaques et des violences visant les défenseurs des droits humains en République démocratique du Congo.
Selon l’ACEDH, le manque d’information du public et l’absence de participation citoyenne fragilisent la légitimité du projet. Elle estime en outre que le cadre juridique demeure incomplet et relève l’absence d’une autorité indépendante chargée du contrôle de la protection des données.
L’organisation s’interroge également sur le contrat de partenariat public-privé conclu avec la société Trident Digital Tech Holdings Ltd. D’une durée de 20 ans et évalué à 97,1 millions de dollars américains, ce partenariat soulève, selon elle, des interrogations sur la souveraineté des données biométriques, leur gestion et les responsabilités en cas de fuite ou d’utilisation abusive.
L’ACEDH attire aussi l’attention sur les risques d’exclusion des populations rurales, des peuples autochtones et des défenseurs de l’environnement, qui rencontrent déjà des difficultés d’accès aux documents d’identité, aux infrastructures numériques et à l’énergie nécessaires pour bénéficier pleinement de ce système.
Face à ces préoccupations, l’organisation recommande notamment la suspension temporaire du déploiement du RDC-PASS jusqu’à l’adoption des textes d’application prévus par le Code numérique et la mise en place des autorités compétentes. Elle plaide également pour la publication intégrale du contrat de partenariat public-privé, l’organisation de consultations publiques et d’états généraux du numérique, ainsi que la réalisation d’audits indépendants garantissant la souveraineté des données et des infrastructures.
Enfin, l’ACEDH appelle les autorités à mettre en œuvre des mesures garantissant un accès équitable au système d’identification numérique, notamment dans les zones rurales, afin que la transformation numérique du pays respecte les principes de transparence, d’inclusion et de protection des droits fondamentaux.
Divine Mbala