En RDC, le ministère des Finances a rendu obligatoire, depuis le 1er décembre 2025, l'émission de factures normalisées pour toutes les entreprises assujetties à la TVA. Derrière cette réforme technique se joue un enjeu de souveraineté budgétaire.
C'est une réforme discrète, mais dont les implications financières sont considérables. Depuis le 1er décembre 2025, toutes les entreprises assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée en République démocratique du Congo sont tenues d'émettre des factures dites « normalisées », produites par des dispositifs électroniques fiscaux homologués. Début mars, pour accélérer le déploiement du système, le ministère des Finances a annoncé la mise à disposition gratuite de 4 000 de ces équipements, une annonce accueillie avec espoir par de nombreuses entreprises concernées.
Une TVA structurellement sous-performante
Pour comprendre les ressorts de cette réforme, il faut mesurer le poids de la fiscalité dans les comptes publics congolais. Les recettes totales de l'État pour l'exercice 2026 s'élèvent à 48 963,3 milliards de francs congolais, selon la loi de finances en vigueur. Les recettes des impôts et taxes représentent 19 033 milliards de francs congolais, soit plus de 61 % des recettes totales, en hausse de 16 % par rapport à l'exercice 2025. À ces montants s'ajoutent 2 066,3 milliards de francs congolais au titre des impôts généraux sur les biens et services, dont la TVA à l'importation.
Or, la RDC figure parmi les États d'Afrique subsaharienne où la TVA est la moins performante en matière de recouvrement. Fraude, évasion fiscale, opacité des transactions et faible digitalisation du système sont régulièrement pointées par les experts. Résultat : alors que la TVA est théoriquement censée représenter près de 50 % des recettes fiscales, elle n'en contribue qu'à moins de 30 % en RDC. La facture normalisée se présente comme une réponse directe à ce manque à gagner structurel.
Une réforme portée aussi par le FMI
La démarche ne procède pas uniquement d'une initiative nationale. Le Fonds monétaire international, qui conduit actuellement deux programmes avec le gouvernement congolais — l'un au titre de la facilité élargie de crédit, l'autre au titre de la facilité pour la résilience et la durabilité — a fait de la facture normalisée l'une de ses exigences. Selon le FMI, sa mise en place permettrait d'accroître la mobilisation des recettes budgétaires intérieures et de réduire la dépendance de l'État congolais aux prêts extérieurs pour financer ses projets de développement.
Un ancrage juridique progressif
Sur le plan légal, la réforme s'est construite par strates successives. L'obligation de délivrance d'une facture ou d'un document en tenant lieu figure déjà à l'article 58 de l'ordonnance-loi n° 10/001 du 20 août 2010. C'est la loi n° 17/005 du 23 juin 2017 qui introduit, à travers ses articles 59 ter et 59 quater, l'utilisation des dispositifs électroniques fiscaux dans la collecte de la TVA. Mais c'est la loi de finances de la gestion 2023, dans son article 31, qui consacre explicitement la notion de facture normalisée.
Ce texte dispose que « tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée qui livre des biens ou rend des services à un autre redevable ou réclame à ce dernier des acomptes donnant lieu à l'exigibilité de la taxe doit lui délivrer une facture normalisée produite par les dispositifs électroniques fiscaux ou un document en tenant lieu ». Les articles 34 et 35 de la même loi définissent les dispositifs électroniques fiscaux comme des « appareils électroniques ou logiciels homologués dont les spécifications techniques sont définies par l'administration des impôts ».
Ce que contient une facture normalisée
Contrairement à une facture classique, la facture normalisée obéit à un cahier des charges précis. Elle doit notamment mentionner l'identité complète du vendeur ou prestataire, avec le numéro RCCM, le numéro d'identification fiscale (NIF) et l'adresse ; l'identité du client et son numéro d'impôt ; la date et le numéro de série de la facture ; la désignation et la quantité des biens ou prestations ; le prix unitaire et le prix global ; les prix hors TVA ; le taux appliqué et le montant de la taxe correspondant ; le montant non taxable de l'opération ; le montant toutes taxes comprises ; le numéro d'identification du dispositif électronique fiscal utilisé ; ainsi que le code d'authentification de la transaction.
Une fois émise, la facture transmet automatiquement ses données à l'administration fiscale. L'objectif affiché est de garantir la traçabilité, l'intégrité et l'authenticité de chaque transaction. Le gouvernement entend ainsi suivre en temps réel les opérations commerciales déclarées, identifier les fraudes ou les omissions et sécuriser les recettes fiscales, en premier lieu celles liées à la TVA.
Bruno Nsaka