Lualaba: Ruashi Mining au cœur d’un scandale de destruction environnementale et humaine à Kolwezi (enquête)

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PAR Deskeco - 15 mai 2026 12:41, Dans Mines

 

Une enquête publiée sur les activités minières de l’entreprise Ruashi Mining évoque d’importants dégâts environnementaux et humains causés par cette société dans la ville minière de Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba. Les cellules Dilungu, Bel-Air et Jacques Masengo, situées dans le quartier Biashara, commune de Dilala, sont particulièrement touchées. Dans une ville présentée comme la capitale mondiale du cobalt, l’enquête s’interroge : cette partie de la RDC est-elle sacrifiée au nom de la transition énergétique mondiale ou demeure-t-elle une terre bénie pour ses habitants ?

Selon l’enquête, les riverains vivant à proximité des installations de Ruashi Mining affirment subir quotidiennement des nuisances sonores, des odeurs chimiques provenant des bassins d’acide ainsi que des fumées issues de l’usine. Plusieurs habitants évoquent également des fissures apparues dans leurs maisons à la suite des vibrations provoquées par les opérations de minage.

Sur le terrain, les enquêteurs disent avoir recensé plusieurs cas de maladies respiratoires, d’éruptions cutanées et de saignements de nez. Les populations pointent du doigt la qualité de l’air ainsi que l’usage d’eaux jugées polluées.

L’enquête dit s’appuyer aussi sur des analyses scientifiques réalisées pour vérifier les plaintes des communautés locales. Les résultats décrivent une situation préoccupante. Les experts parlent notamment d’une corrosion accélérée des toitures, de fissures sur les murs des habitations, du dessèchement des cultures maraîchères ainsi que de la présence d’eaux de pluie acides.

Les analyses chimiques évoquées dans le rapport révèlent des concentrations élevées de métaux lourds dans les eaux de pluie et les eaux de puits, notamment l’arsenic, le cadmium, le cuivre, le manganèse et le fer. Des taux qui dépasseraient les normes de qualité de l’eau de boisson fixées par l’Organisation mondiale de la santé.

Les sols agricoles seraient eux aussi fortement touchés. Le document indique que plusieurs terres cultivables présentent des niveaux importants de métaux lourds incompatibles avec une activité agricole sans danger. Cette contamination aurait favorisé l’accumulation de substances toxiques dans certaines plantes fruitières et cultures maraîchères consommées par les habitants.

Face à cette situation, les auteurs du rapport alertent sur un risque sérieux pour la santé publique et l’environnement. Ils appellent à des mesures rapides pour protéger les populations, réduire les sources de pollution et engager des actions de réparation en faveur des communautés affectées.

Mais dans les quartiers concernés, un autre sujet alimente la colère : le silence des autorités. Les habitants affirment avoir multiplié les plaintes sans obtenir de réponses concrètes. Plusieurs communautés accusent les autorités locales, provinciales et nationales de ne pas agir avec suffisamment de fermeté pour limiter les dégâts environnementaux et humains dénoncés dans cette enquête.

Les victimes disent également regretter de ne pas avoir été associées aux échanges entre certaines autorités et l’entreprise minière. Elles citent notamment des rencontres impliquant la ministre nationale de l’Environnement ainsi que la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka.

Dans une lettre d’accusé de réception adressée aux auteurs de l’enquête, la gouverneure du Lualaba a indiqué avoir été préoccupée par les niveaux élevés d’arsenic et de cadmium relevés dans les analyses chimiques.

Pour l’heure, les populations concernées attendent toujours des mesures concrètes. Face à ces révélations alarmantes, aucune réaction officielle de Ruashi Mining n’a été enregistrée après avoir été saisi.

Jean-Baptiste Leni

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