La pression monte autour des concessions minières du sud-est de la République démocratique du Congo. La multinationale Eurasian Resources Group (ERG), active dans l’exploitation du cuivre et du cobalt, accuse des réseaux organisés d’orchestrer une exploitation illégale massive sur plusieurs de ses sites situés dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga.
Selon un rapport interne révélé par Africa Intelligence, les filiales locales du groupe Comide, Swanmines et Boss Mining évaluent leurs pertes à près de deux milliards de dollars par an. En cause : des incursions répétées de creuseurs artisanaux opérant à grande échelle dans les périmètres miniers industriels.
Une exploitation illégale devenue systémique
D’après les estimations citées dans le document, entre 100 et 200 camions chargés de minerais quitteraient chaque jour les concessions concernées. Le phénomène aurait atteint son niveau le plus élevé entre 2022 et 2023, avec jusqu’à 400 rotations quotidiennes.
Pour ERG, cette activité dépasse largement le cadre traditionnel de l’exploitation artisanale. Le groupe évoque désormais un véritable « pillage industriel », structuré autour de réseaux capables d’extraire, transporter et écouler d’importantes quantités de cuivre et de cobalt en dehors des circuits officiels.
Au-delà des pertes subies par l’entreprise, cette fraude représenterait également un manque à gagner considérable pour les finances publiques congolaises, dans un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Des soupçons de complicités sécuritaires
Le rapport mentionne également des accusations sensibles visant certains éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Des officiers sont soupçonnés d’avoir facilité, protégé ou toléré certaines activités illégales autour des sites miniers concernés.
À ce stade, aucune décision judiciaire publique ni communication officielle des autorités congolaises n’est toutefois venue confirmer ces accusations.
Certaines coopératives minières locales sont également citées comme acteurs présumés impliqués dans l’exploitation contestée des concessions industrielles.
Des opérateurs chinois également évoqués
Le document consulté par Africa Intelligence mentionne aussi plusieurs hommes d’affaires chinois, accusés d’intervenir dans le financement, le transport ou le traitement de minerais issus de circuits illicites.
Là encore, aucune procédure judiciaire publique ni réaction officielle des personnes mises en cause n’a été rendue publique jusqu’à présent.
Face à l’ampleur du phénomène, ERG affirme avoir saisi à plusieurs reprises les autorités congolaises, notamment la présidence de la République ainsi que l’Inspection générale des mines (IGM), afin de réclamer un renforcement urgent de la sécurité autour des concessions minières.
Malgré plusieurs plaintes introduites devant la justice militaire et les instances compétentes, le groupe estime que les réponses apportées restent largement insuffisantes.
Dans ce contexte, Kinshasa prévoit la création progressive d’une brigade minière spécialisée, annoncée pour fin 2026. Cette unité devrait être chargée de la surveillance des sites stratégiques et de la lutte contre la fraude minière.
Au-delà du cas ERG, cette affaire remet en lumière les fragilités persistantes de la gouvernance minière congolaise. Alors que la demande mondiale en cuivre et en cobalt ne cesse d’augmenter, la sécurisation des concessions industrielles apparaît plus que jamais comme un enjeu économique, sécuritaire et géopolitique majeur pour la RDC.
César Olombo