Treize organisations de la société civile ont saisi la Première ministre pour dénoncer la situation « préoccupante » qui prévaut à Fungurume, dans la province du Lualaba, autour du processus de délocalisation du village Kabombwa lié aux activités de Tenke Fungurume Mining.
Dans une correspondance officielle ce 12 mai, ces structures engagées dans la défense des droits humains, de l’environnement et de la gouvernance des ressources naturelles accusent l’entreprise minière d’avoir conduit la réinstallation d’environ 900 ménages sans garanties suffisantes de dignité, de transparence et de conformité aux standards nationaux et internationaux.
Des compensations contestées
Selon les organisations signataires, plusieurs familles dénoncent des indemnisations « insuffisantes et inéquitables », ainsi qu’un manque de clarté dans l’évaluation des compensations. Elles pointent également l’absence de sites de relocalisation adaptés et le non-respect de certains engagements sociaux pris envers les communautés affectées.
Les ONG évoquent par ailleurs des préoccupations environnementales persistantes dans la zone minière de Fungurume. Pollution de l’air, contamination des eaux et dégradation des sols auraient été documentées par différentes structures citoyennes, avec des conséquences sanitaires jugées préoccupantes pour les populations riveraines.
TFM met en avant ses engagements en matière de droits humains
Dans ce contexte tendu, Tenke Fungurume Mining continue néanmoins d’afficher son engagement en faveur du respect des droits humains et de l’alignement de ses opérations sur les standards internationaux.
À la mi-avril, l’entreprise a organisé une formation de formateurs (Training of Trainers – ToT) consacrée aux Principes volontaires sur la sécurité et les droits de l’homme (VPSHR), en partenariat avec le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (UNJHRO). Cette initiative visait à renforcer les capacités internes de TFM en matière de sécurité responsable et de protection des droits fondamentaux.
Pour l’entreprise, cette démarche illustre sa volonté de promouvoir une culture de prévention, de responsabilité et de respect des communautés locales dans ses opérations minières.
Arrestations et climat de tension
La crise s’est davantage tendue depuis le retour, le 20 avril dernier, de plusieurs familles sur le site de Kabombwa, faute d’alternatives viables, affirment les organisations.
Dans leur lettre, elles indiquent que onze personnes ont été arrêtées le 1er mai 2026 à la suite d’une plainte déposée par Tenke Fungurume Mining. Trois auraient été relâchées, tandis que huit autres — sept hommes et une femme — demeureraient détenues au parquet près le tribunal de paix de Fungurume.
Les signataires dénoncent des « intimidations », un usage « disproportionné de la force » ainsi que plusieurs irrégularités dans la procédure judiciaire, estimant que ces pratiques risquent d’envenimer davantage la situation.
Appel à une médiation urgente
Face à l’escalade des tensions, les organisations demandent au gouvernement d’engager des mesures urgentes. Elles réclament notamment la libération des personnes encore détenues, l’ouverture d’un dialogue inclusif entre les autorités, l’entreprise minière, les communautés locales et la société civile, ainsi que la mise en place d’une mission indépendante chargée d’évaluer les compensations et les conditions de réinstallation.
Les ONG appellent également à un renforcement du contrôle des obligations sociales et environnementales imposées aux entreprises minières opérant en RDC.
« Aucun projet économique ne peut se développer au détriment des droits fondamentaux des populations », rappellent-elles dans leur correspondance adressée à la cheffe du gouvernement.
À Fungurume, cette nouvelle alerte relance un débat récurrent en République démocratique du Congo : celui de l’équilibre entre exploitation minière, protection des communautés locales et responsabilité sociale des multinationales extractives.
César Olombo