Afrewatch vient de publier une étude basée sur l'analyse d'images satellitaires entre 2000 et 2024, complétée par des observations de terrain, portant sur les douze plus importantes entreprises minières opérant sur cette zone, lesquelles représentent 55 % de la production congolaise de cobalt.
Les résultats révèlent « une déforestation massive des forêts de Miombo, avec une perte de 873 926 hectares de forêts de Miombo entre 2000 et 2024 dans la zone couvrant l'arc cuprifère katangais et le Corridor de Lobito ».
La source précise que cette déforestation équivaut à :
-
12 fois la superficie de Lubumbashi, soit l'équivalent de la moitié de la ville perdue chaque année en superficie forestière ;
-
83 fois la superficie de Paris, soit 3,5 fois Paris perdu par an en superficie forestière.
La déforestation massive des forêts de Miombo invalide le discours de neutralité carbone fondé sur une extraction sans plafonnement ni restauration écologique obligatoire.
Au sein des douze entreprises analysées, le rapport indique que les infrastructures minières ont explosé en 24 ans (de 10 629 ha à 78 799 ha), pendant que 58 % du couvert forestier au sein des permis d’exploitation des entreprises disparaissait (de 117 481 ha à 49 764 ha). Cette conversion massive de forêt en mine démontre, selon le rapport, la responsabilité directe de l'industrie extractive dans la destruction du Miombo.
À en croire le document, « ces chiffres démontrent que la trajectoire actuelle d’extraction est incompatible avec les objectifs climatiques internationaux et exige une réforme immédiate des conditions d’investissement et de gouvernance du secteur ».
Face à ces enjeux majeurs, renseigne Afrewatch, la société civile congolaise s'organise, tant dans les provinces minières du Haut-Katanga et de Lualaba qu’à Kinshasa et jusqu’à Bruxelles, pour exiger une étude d’impact qui donnera la transparence sur les impacts réels du Corridor de Lobito et des projets miniers et des mesures de protection plus fortes, tant pour les communautés locales que pour les forêts de Miombo. Ces organisations locales sont les premiers témoins et victimes de la déforestation. Leur expertise, leur légitimité et leur parole doivent être reconnues et intégrées dans toute décision concernant le Corridor de Lobito et l'avenir du secteur minier.
Le projet du Corridor de Lobito vise la modernisation d’une ligne ferroviaire coloniale de 1 300 km reliant le port de Lobito aux bassins miniers du sud-est de la République démocratique du Congo, avec une extension prévue vers la Zambie. Opéré par le Lobito Atlantic Railway, il vise à accélérer l’exportation de minerais critiques, avec un objectif de transport de 480 000 tonnes en 2026 (240 000 tonnes à l’export et 240 000 tonnes à l’import), porté à 1,5 million de tonnes en 2027, dont 750 000 tonnes à l’export et 750 000 tonnes à l’import. Au-delà du rail, il s’accompagne d’investissements dans les infrastructures, l’énergie et l’agriculture le long du chemin de fer, susceptibles d’intensifier les pressions environnementales dans les zones traversées.
Bienvenu Ipan