Le président du parti politique Ensemble pour la République, Moïse Katumbi, alerte sur « un scandale sanitaire » concernant l'exploitation de la mine de Tenke Fungurume (TFM) par le groupe chinois CMOC, premier producteur mondial de cobalt et important producteur de cuivre dans le Lualaba.
Cet ancien gouverneur de la province du Katanga, qui cite l'Environmental Investigation Agency, fait des révélations accablantes qui décrivent un scandale sanitaire majeur dissimulé derrière les chiffres «triomphants» de la production mondiale de cobalt:
« Des travailleurs exposés sans protection, des familles vivant sous des nuages de dioxyde de soufre, des enfants qui saignent du nez, toussent du sang et qui peinent à respirer. Pire, il nous revient des médias internationaux, qu'il y aurait même un accroissement des cas des morts-nés et même des enfants qui naissent avec des malformations ».
Selon le président du club sportif TP Mazembe, cette catastrophe écologique ne peut pas manquer des conséquences fort dommageables sur la flore et la faune, perturbant ainsi tout I'écosystème.
« Ce drame n'est pas une fatalité. Je le sais et le dis d'expérience. Pendant près de dix ans, lorsque j'étais gouverneur du Katanga, cette même mine de Tenke Fungurume était exploitée par la compagnie américaine Freeport McMoRan. Nous avions imposé un principe simple et non négociable : aucune production minière ne pouvait se faire au détriment de la santé des populations et de l'environnement », a-t-il déclaré.
Et d'ajouter:
« Tous les six mois, des inspections indépendantes étaient menées par des organismes internationaux afin de vérifier la conformité des opérations aux normes environnementales. Les entreprises qui ne respectaient pas ces règles étaient immédiatement sanctionnées, voire fermées. Cette discipline n'était pas un slogan : elle était appliquée. Grâce à cette exigence salutaire, jamais les populations du Katanga n'ont eu à subir les conséquences d'une pollution industrielle comparable à celle qu'on dénonce aujourd'hui ».
Pour Moïse Katumbi, « ce qui se passe aujourd'hui à Tenke Fungurume, eu égard aux exigences du respect des normes environnementales, est une pratique nouvelle et très nocive à la santé des populations. La mine produit davantage, les profits augmentent, mais les populations respirent désormais un air sulfureux. Il ne s'agit pas seulement d'un scandale local. Ce qui se fait à Tenke Fungurume concerne le monde entier et devrait nous interpeller tous ».
Il explique :
« Le cobalt extrait du sol congolais alimente la transition énergétique mondiale. Il se retrouve dans les batteries des voitures électriques, des téléphones et des systèmes de stockage d'énergie qui contribuent à la lutte contre le changement climatique. Mais, une transition énergétique qui repose sur l'empoisonnement des populations africaines n'est pas une transition écologique. C'est une injustice et hypocrisie mondiales ».
Il souligne que ce qui se passe à Tenke Fungurume n'est pas un accident. C'est un système. Un système où l'on extrait les minerais stratégiques du XXI siècle tout en sacrifiant les populations qui vivent sur ces terres.
Intoxication par prédation industrielle
« Quand une entreprise augmente ses capacités sans garantir la sécurité des travailleurs ni la santé des riverains, ce n'est plus de l'investissement : c'est de l'intoxication par prédation industrielle. Ne devrait-on pas, dans ces circonstances macabres, parler également de cobalt de sang ? Quand I'État est indifférent, temporise ou se tait, ce n'est plus de la négligence : c'est de la complicité », a dénoncé M. Katumbi.
À l'en croire, « A Tenke, les niveaux de dioxyde de soufre ont dépassé les références de l'Organisation mondiale de la santé. Les pics d'émissions liés à la nouvelle usine d'acide sulfurique ont déclenché des plaintes collectives des populations. Et pourtant, la production continue. Les profits continuent. Seuls les poumons des enfants cessent de respirer. Une question simple doit être posée à la communauté internationale : la transition énergétique mondiale peut-elle se construire sur une injustice environnementale aussi flagrante ? ».
La responsabilité est partagée
Il estime que la responsabilité est partagée, à cet effet :
« Elle concerne les entreprises minières, qui doivent respecter les normes internationales. Elle concerne les gouvernements, qui doivent protéger leurs citoyens. Elle concerne aussi les grandes puissances économiques et les multinationales qui bénéficient de ces ressources stratégiques tout en fermant les yeux sur les conditions dans lesquelles elles sont extraites ».
Face à cette situation, M. Katumbi appelle à des mesures immédiates qui s'imposent :
La publication intégrale et transparente des données sur la qualité de I'air et les émissions industrielles à Tenke Fungurume; la mise en place d'une commission d'enquête indépendante associant des experts médicaux et environnementaux internationaux ; la prise en charge médicale immédiate des travailleurs et des populations affectées; la suspension de toute expansion industrielle tant que la sécurité sanitaire n'est pas garantie; l'ouverture de poursuites judiciaires contre tous ceux qui ont contribué, par action ou par silence, à ce drame.
« Le Congo ne manque pas de cobalt pour contribuer à une transition énergétique. Il lui manque plutôt un pouvoir qui protège son peuple. Aujourd'hui, non seulement le Katanga est pillé, mais sa population est abandonnée et exposée même à la mort.Le monde, lui, ne manque pas de discours sur la transition écologique. Il lui faut en plus le courage de s'assurer que cette transition soit aussi une transition juste pour toutes les populations. Une vérité simple doit être dite, et elle dérange : aucune batterie électrique en Europe, en Chine ou en Amérique ne vaut le sang ni la vie d'un Congolais », a-t-on lu dans le document signé Moïse Katumbi.
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