En République démocratique du Congo, le gouvernement annonce des mesures "coercitives" face à la fraude minière et à l’exploitation illicite des minerais. Réunis ce jeudi 30 avril autour du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, plusieurs membres du gouvernement ont arrêté une série de mesures destinées à freiner ce phénomène qui continue de priver le pays d’importantes ressources.
Cette réunion fait suite aux instructions données par le Président de la République, Félix Tshisekedi, lors de la 87ᵉ réunion du Conseil des ministres. Le chef de l’État avait insisté sur le renforcement des mécanismes de contrôle dans le secteur minier et sur la nécessité de rétablir une gouvernance plus rigoureuse.
Autour de la table figuraient notamment le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, ainsi que la ministre de l’Environnement, Marie Nyange. Les échanges ont porté sur les moyens de renforcer les dispositifs de contrôle sur le terrain et de mieux coordonner l’action des différents services impliqués.
À l’issue de la rencontre, le ministre des Mines a dressé un tableau préoccupant de la situation actuelle. Selon Louis Watum Kabamba, la fraude minière ne se limite plus aux pertes financières enregistrées par l’État. Il a évoqué des dégâts matériels ainsi que des atteintes au patrimoine culturel, allant jusqu’à la profanation de tombes dans certaines zones touchées par l’exploitation illégale.
« Comme vous le savez, lors de la réunion du Conseil des ministres, le Chef de l’État avait donné, dans sa communication, des instructions fermes afin de renforcer les mécanismes de contrôle et de lutte contre la fraude minière, mais aussi de restaurer une bonne gouvernance dans ce secteur. Au regard de tous les dégâts causés actuellement, vous le savez, cette fraude fait non seulement perdre des milliards à la RDC, mais elle commence également à provoquer des dommages incommensurables, tant sur le plan matériel que culturel, avec notamment la profanation des tombes. Cela ne peut pas continuer. On ne peut pas laisser les richesses du pays partir pendant que les fils et les filles de la nation continuent de vivre dans une misère indescriptible. C’est pour cette raison que ce mécanisme a été mis en place, afin qu’un dispositif coercitif et opérationnel puisse fonctionner efficacement », a déclaré le ministre, estimant que le moment était venu de mettre fin aux réseaux qui alimentent ces pratiques.
Parmi les décisions prises, le gouvernement a annoncé l’ouverture immédiate de poursuites judiciaires contre toutes les personnes impliquées dans la chaîne de fraude minière. Les autorités assurent que les enquêtes viseront aussi bien certains agents des administrations provinciales que des responsables issus des services miniers, de la police ou encore de l’armée.
Le gouvernement entend également mettre en place des mécanismes opérationnels plus stricts afin de mieux surveiller les circuits d’exploitation et de commercialisation des minerais. Des mesures structurelles ont aussi été envisagées pour tenter d’assainir durablement le secteur.
« Je peux vous annoncer que l’ère des opérations illicites encadrées par des agents en uniforme est désormais révolue. Des mesures ont été prises, non seulement au niveau de la riposte, mais également sur le plan structurel, afin que des solutions durables soient trouvées. En termes clairs, cela signifie que des poursuites seront engagées contre tous ceux qui seront reconnus coupables dans cette chaîne, que ce soit au niveau de l’administration provinciale, du secteur des mines, de la police, de l’armée ou de tous les autres services concernés », a-t-il affirmé, annonçant une riposte qui se veut plus ferme face aux réseaux impliqués dans ces activités.
À travers cette nouvelle offensive, le gouvernement espère réduire les pertes économiques subies par la République et rétablir davantage d’ordre dans un secteur considéré comme l’un des piliers de l’économie congolaise.
Jean-Baptiste Leni