RDC : Les sociétés chinoises accusées d'avoir versé 38 millions USD pour acquérir illégalement 400 mines

Une carrière
Une carrière
PAR Deskeco - 26 mar 2025 16:11, Dans Mines

« The Sentry », une organisation américaine, a dénoncé mardi 25 mars 2025 à Washington, aux États-Unis, la recrudescence de cas de corruption et de violations des droits de l'homme dans l'exploitation minière en République démocratique du Congo, dont la Chine en est « l'acteur clé ».

Sasha Lezhnev, conseiller principal en politique de cette organisation, l'a fait savoir devant la sous-commission de la Chambre des représentants pour l'Afrique, au cours d'une audition intitulée « Métaux, minéraux et exploitation minière : comment le PCC alimente les conflits et l'exploitation en Afrique ».

Il rappelle que la Chine est activement impliquée dans l'exploitation minière en République démocratique du Congo. En 2008, rappelle-t-il, elle a signé un contrat minier avec le gouvernement congolais d'une valeur de 6,2 milliards de dollars américains, un contrat essentiellement centré sur l'exploitation de deux minerais : le cuivre et le cobalt. Mais, souligne-t-il, ce contrat s'accompagne de corruption et de violations des droits de l'homme.

« La corruption ne fait qu'augmenter. La Chine et la RDC ont conclu un accord de 6,2 milliards de dollars en 2008. Mon organisation « The Sentry » a enquêté sur cet accord et a constaté que 230 millions de dollars, dont 55 millions manquants. Les mesures chinoises et les autres contrats miniers demeurent opaques. Malheureusement, la corruption n'est pas limitée aux Chinois », reconnaît-il.

Quant à l'exploitation de l'or, Sasha Lezhnev révèle que d'importantes quantités d'or sont exportées illégalement par les rebelles du M23 dans l'Est de la République démocratique du Congo, représentant 800 millions USD, et que la Chine, l'un des acheteurs, s'en procure depuis une décennie.

« La Chine a été active dans le commerce de l'or de conflit grâce aux 38 millions de dollars que les sociétés chinoises ont payés aujourd'hui pour l'accès à 400 mines illégales dans le Sud-Kivu. Et la Chine bat aujourd'hui le record », révèle-t-il.

Dans l'Est de la RDC, l'exploitation illicite de minerais stratégiques est à l'origine de l'escalade du conflit qui a déplacé 6,5 millions de personnes, représentant la troisième crise mondiale de déplacement de population.

« L'or est la principale source de revenus du M23 soutenu par le Rwanda qui contrôle les mines d'or, et la fonderie rwandaise a été sanctionnée par l'Union européenne la semaine dernière après avoir exporté 800 millions de dollars d'or en profitant illégalement de l'or du conflit », rapporte-t-il. Pendant ce temps, 150 tonnes de coltan sont exploitées illégalement et exportées mensuellement vers le Rwanda, selon un rapport d'experts onusiens.

Il reconnaît par ailleurs que ces transactions illégales, accentuées par la corruption et violant les droits de l'homme, se sont exacerbées avec la complicité des dirigeants congolais, et pourraient prendre fin si « le système kleptocratique » mis en place était démantelé.

« Le principal obstacle à l'élimination de l'exploitation minière illégale est le système kleptocratique en RDC. Ce système de captation de l'État permet aux dirigeants et à leurs partenaires commerciaux d'en tirer des profits personnels, laissant la population souffrir de problèmes de sécurité, d'éducation et de santé », alerte-t-il.

Il déplore la violence à laquelle recourent ces autorités politiques pour faire taire les critiques, et avertit que le « système » mis en place « perdurera si la corruption n'est pas sanctionnée ».

Sasha Lezhnev souligne la nécessité pour les États-Unis d'intervenir pour contrer ce commerce illicite d'or de la Chine en RDC.

« Le secrétaire d'État Marco Rubio devrait diriger une initiative publique-privée pour lutter contre les partenariats illicites dans l'or avec des milliards de dollars d'investissements initiaux et l'implication des banques. Cette initiative devrait à la fois accroître la transparence du commerce de l'or et sanctionner les acteurs criminels », propose-t-il.

Il faut rappeler que cette enquête intervient alors que la RDC et les États-Unis envisagent de signer un accord sur l'exploitation minière en RDC. Le président Félix-Antoine Tshisekedi l'a confirmé la semaine dernière lors de son interview avec Fox News, une chaîne réputée proche de l'actuelle administration de la Maison Blanche.

Le département d'État américain avait récemment indiqué que Washington était prêt à discuter avec Kinshasa de l'exploitation des minerais rares présents dans le sous-sol congolais, avec la possibilité d'un appui sécuritaire à la RDC.

Jean-Baptiste Leni

Articles similaires