RDC : le gouverneur de la Banque centrale mise sur un taux d’inflation à un chiffre en 2018

PAR Deskeco - 22 déc 2018, Dans Actualités

A l’issue de la 11ème réunion du Comité de politique monétaire (CPM), le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Déogratias Mutombo, a tenu,  le vendredi 21 décembre, une conférence de presse pour faire le point de l’évolution des principaux indicateurs du cadre macroéconomique en RDC. Le patron de l’Institut d’émission a saisi l’occasion pour faire le bilan de l’action du CPM durant l’exercice 2018. Ci-après la transcription de cette conférence de presse.

 

Quel bilan faites-vous de l’action du Comité de politique monétaire en 2018 ?

La conjoncture économique est restée sous contrôle durant toute l’année au regard du bon comportement des indicateurs de cette conjoncture économique. Lorsque vous prenez le taux de croissance du Produit intérieur brut, vous observez que l’activité économique est en hausse par rapport à 2017 parce que nous avons un taux de croissance de 4,1% que nous attendons en 2018 venant de 3,7% en 2017. C’est tout de même un résultat remarquable au regard des vicissitudes que  2018 a connues et continuent à connaître ; troubles à l’ordre public qui découragent toute initiative économique, qui mettent nombre d’opérateurs dans l’expectative, qui nourrissent des anticipations négatives. C’est une preuve de la résilience de notre économie aux chocs de toute sorte.

2018 c’est une année qui a connu plusieurs facteurs des risques baissiers contrairement à 2017 qui était beaucoup plus plausible. 2018 enregistre des indicateurs beaucoup plus performants. C’est quand même extraordinaire. C’est presque magique. Le Fonds monétaire international nous l’a dit à Bali (NDLR : Indonésie) et dans beaucoup de nos correspondances.  Il continue à observer cette stabilité malgré ce que nous connaissons comme facteurs baissiers. Notre économie résiste. C’est pour dire qu’en 2019 l’économie sera dégagée de cet étouffement (NDLR : les élections) et pourra évoluer très rapidement.

 

Et au regard d’autres indicateurs ?

Lorsque vous prenez le deuxième indicateur qui est le taux d’inflation, en 2017, qui était une année beaucoup plus plausible, nous avons enregistré un taux d’inflation de 54%. Mais en 2018, au 21 décembre, nous sommes à un taux, en cumul, de 6,7% alors qu’en rythme annuel nous sommes à 7,3%.  Nous sommes en train de tendre vers la jonction de deux. Peut être ça peut évoluer largement à la hausse. Mais, il est presque probable que 2018 enregistrera un taux d’inflation à un chiffre. C’est vrai que notre souhait c’est d’être dans des critères de convergence des programmes économiques conçus dans le cadre de l’Union africaine, de la SADC, du Comesa et même de le l’Association des banques centrales africaines,…où  les Etats membres doivent respecter un taux d’inflation maximum de 7%. Nous pouvons louper de quelques points cette cible mais sommes encore là. Attendons voir d’ici le 31 décembre 2018. Vous savez que notre objectif c’est de consolider cette stabilité du taux de change et des prix.

La stabilité du cadre macroéconomique  est nécessaire pour la reprise de toute activité économique créatrice de l’emploi. La stabilité des prix permet à tout ménage, à tout investisseur de réaliser son projet économique prévisionnel. Et ça, c’est une incitation à l’investissement. Pour le banquier, c’est une incitation  à donner des crédits. C’est une situation qu’il faut préserver parce que l’instabilité dissuade d’investir et d’entreprendre.

 

C’est vrai que la stabilité macroéconomique n’est pas une fin en soi.  Pour la population, il faut de la croissance. Mais la condition nécessaire c’est celle-là.

Aujourd’hui il faut se dire que dans une situation de trouble de l’ordre public, dans une situation des discours négativistes, terminer l’année avec ces indicateurs par rapport à 54% de taux d’inflation en 2017 et 23% en 2016, c’est remarquable comme résultat.

 

Alors, en ce qui concerne le taux de change ?

L’autre indicateur justement c’est le taux de change. La monnaie nationale, le franc congolais, n’a perdu que 2,4% depuis le début de l’année 2018. Là aussi quand on compare avec 2017 où on a enregistré un taux de dépréciation de 23%, c’est aussi inédit.  Même si les gens vont nous dire que la fin en soi c’est l’emploi, c’est la croissance mais la banque centrale a pour mission principale de maintenir la stabilité des prix et de concourir à la stabilité du cadre macroéconomique. La banque centrale, sans préjudice de cette mission, soutient et accompagne le gouvernement dans sa politique économique générale. Nous avons besoin de créer de l’emploi et la croissance ; ce, de manière durable et inclusive. C’est notre objectif.  La banque centrale a été partie prenante dans plusieurs réformes destinées à relever plusieurs défis. Il faut que ces réformes soient mises en œuvre.

 

Qu’en est-il alors de l’équilibre des finances publiques ?

Ici, il faut féliciter l’autorité budgétaire qui est le ministre des Finances avec qui nous avons maintenu une parfaite et permanente coordination des politiques monétaire et budgétaire. Cela a conduit à cet équilibre des finances publiques.

 

Aujourd’hui, nous avons un excédent en cumul annuel de plus ou moins 56 milliards CDF même si le mois de décembre est difficile, l’équilibre continue à être maintenu. Même si les marges budgétaires  sont en train d’être consommées, nous restons en l’équilibre. C’est important.

Il faut savoir que ce que nous mobilisons n’est pas suffisant pour couvrir toutes les dépenses de manière à soutenir l’activité économique. C’est pour vous dire que nous avons des défis à relever. Je vous ai dit une fois du respect de huit critères de convergence. Si un Etat réalise ces huit critères, la croissance économique se produira de manière automatique. Pour nous, les défis à relever sont de deux ordres. Le premier défi c’est la mobilisation des recettes publiques. Nous sommes encore une économie à dominance budgétaire, une politique fiscale à même d’alimenter le budget de l’Etat en ressource financière suffisante reste un déterminant important de la stabilité des prix et de change. C’est un déterminant de l’amorce de la croissance.

Dans le cadre de ces critères de convergence, on demande aux Etats de réaliser au moins 20% des recettes publiques du PIB. Mais, la RDC n’arrive pas à réaliser ce niveau là. On est même légèrement en deçà de la moitié de 10%. Nous devons faire un effort pour mettre en œuvre ces réformes qui ont été conçues et qui sont de haute facture pour accroître la mobilisation des recettes. On peut le doubler ou le multiplier avec le même niveau d’activités économiques.

Deuxièmement, il est demandé de consacrer au moins 30% de ces recettes  aux investissements publics dans les infrastructures, la santé et l’éducation. Si un Etat fait seulement cela, la croissance ne sera qu’une question de temps. Ça va se maintenir durablement sur une trajectoire ascendante. C’est ça la clé de la croissance : vous mobilisez et vous investissez 30% au minimum dans les infrastructures. La stabilité viendra d’elle-même. Le déficit sur PIB restera dans les critères. Les réserves internationales, variabilité du taux de change, balance de compte courant et les autres,…bref, sur les huit principaux critères quand vous réalisez les deux là, vous pouvez dormir sur vos lauriers et tout le monde aura le sourire. Et la RDC fait beaucoup plus que ça.

 

En 2018, la RDC a mobilisé moins de 10% de recette par rapport au PIB mais elle a financé les élections pour plus ou moins 500 millions USD. En 2019, on aura plus des élections à financer. Mais, consacrer déjà ces 500 millions USD aux infrastructures, à la santé et à l’éducation, c’est une opportunité réelle de croissance. Faire ça pendant 5 ans, la RDC va changer de visage.

Et, ça c’est un pays qui n’a mobilisé que 10%. Si nous mobilisons 20% de recettes publiques et que nous doublons à 1 milliard USD d’investissement public, on améliore le climat des affaires et les investisseurs privés nationaux et étrangers viendront travailler  dans des conditions très rentables. Notre économie a cette capacité à évoluer très rapidement du fait du potentiel que nous avons sur tous les plans.

Nous avons prévu un taux de croissance de 5,6% en 2019. C’est modeste. Mais nous serons libérés de cet étouffement, de tous ces troubles et craintes. Nous serons dans un environnement presque certain de sécurisation physique. Les choses pourront aller, j’estime, très bien.

 

Avez-vous une action en perspective ?

Nous, au niveau de la banque centrale, nous allons poursuivre notre action de consolidation de la stabilité du cadre macroéconomique en maintenant cette coordination des politiques monétaire et budgétaire. Nous allons poursuivre notre régulation de la liquidité bancaire au moyen de nos instruments institutionnels de création de liquidité. Tout cela en conformité avec notre programmation monétaire. Et cela nous permet, c’est ce que nous faisons depuis 2017 quand nous avons eu à recevoir du chef de l’Etat au niveau du Comité mixte stratégique des orientations pour la stabilisation et la relance de notre économie, d’être en harmonie, au niveau de la banque centrale, des autorités budgétaires et financières,  au niveau du plan de trésorerie du gouvernement, au niveau du budget en devises et, au final, au niveau de notre programmation monétaire. Si vous mettez seulement ces trois instruments en harmonie, au niveau des finances publiques, l’équilibre est là.

Chaque fois, nos experts effectuent ce qu’on appelle le rapprochement de CPTR de nos budgets en devises. Ils font le point presque chaque jour dans ce qu’ils appellent le Comité de suivi de plan de trésorerie. Cela va nous permettre d’atteindre nos objectifs : l’inflation à 7%, une  politique de change qui nous permet de quantifier notre politique de change, être dans les critères de convergence. Surtout, nous banque centrale, nous sommes liées aux critères établis dans le cadre de la coopération monétaire en Afrique.

 

Au niveau de la stabilité financière, notre politique c’est de consolider cette stabilité financière et bancaire. Nous allons poursuivre le renforcement de notre dispositif de contrôle et de surveillance des établissements de crédits.

En attendant, nous continuons à le faire adapter aux exigences prudentielles qualitatives et quantitatives locales  aux exigences prudentielles de ce qu’on appelle BAL3 en matière de fonds propres, de gouvernance, de contrôle interne et d’autres activités. Ce sont les trois volets qui sont plus importants pour maintenir la stabilité financière. Et cette année, la stabilité financière est au rendez-vous.

Nous allons poursuivre avec l’établissement de renforcement de ce cadre de surveillance macro prudentiel qui utilise de manière intensive des modèles d’alerte précoce et de production automatique de rapport d’évaluation de la stabilité financière pour nous permettre d’être proactif dans l’évaluation des risques systémiques. C’est ce que nous faisons depuis cette année.

Il faut savoir que le système bancaire au regard de cette stabilité, au niveau monétaire et au niveau financier, va réaliser de très bons résultats en 2018.

Amédée MK

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