Crispin Mbindule : « Les minerais pillés par des groupes armés à Butembo ne profitent pas aux Congolais »

PAR Deskeco - 03 juin 2019, Dans Actualités

L'élu de la ville de Butembo, dans la province du Nord-Kivu,  Crispin MBindule, estime que les activités des groupes armés dans cette partie de l’Est de la Rdc n’ont jamais profité au développement économique de la contrée. Il fustige que la présence des groupes armés défavorise les activités commerciales dans la ville de Butembo.

« L’insécurité, la présence des groupes armés, étrangers comme locaux, ne profite pas au développement du milieu. Les gens pensent que le commerce qui existe dans la partie nord de la province du Nord-Kivu est né avec les groupes armés. Je dis « non ». Nous, nous sommes des opérateurs économiques depuis des années 1960, juste après l’indépendance, parce qu’on faisait le commerce entre le Congo et l’Ouganda. On achetait du sel pour venir revendre au Congo. On faisait ce commerce depuis longtemps. Et vous imaginez à l’époque du Marechal Mobutu, l’agglomération de Butembo était devenue un grand centre commercial où les nationaux venaient se ravitailler. Les gens provenaient de Kinshasa, de Lubumbashi, du Kasaï, de la Province Orientale (à l’époque c’était la province du Haut-Zaïre), tous venaient acheter les biens, des marchandises, des articles à Butembo. Et Butembo était appelé « Dubaï du Zaïre » à l’époque. Nos opérateurs économiques se sont fait beaucoup d’argent à cette époque-là. Qu’est-ce qui s’est passé ? Tout a commencé avec l’arrivée de l’AFDL. Parce qu’on nous a fait croire que l’AFDL venait pour le changement à tout les niveaux. Et nous pensions qu’avec l’AFDL, nous allons désormais développer notre commerce. Malheureusement, nous n’avons rien profité. Les commerces sont tombés. Il y a eu plusieurs groupes armés qui ont pris naissance. Aujourd’hui, nous sommes au niveau de 70 groupes armés qui fonctionnent dans le grand-nord seulement. Ce n’est pas dans toute province du Nord-Kivu, mais seulement dans une partie de la province, 70 groupes armés », explique l'élu de Butembo.

Image retirée.Crispin Mbindule, au nom de la population de Butembo qu’il représente, demande au nouveau Chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, de trouver des mesures adéquates pour mettre définitivement fin à l’activisme des groupes armés dans la province du Nord-Kivu. Pour lui, seule la force militaire est la solution pour en finir avec les groupes armés. Et pour ce faire, il propose le changement du commandement tant des FARDC que de la police.

« La population de Butembo, la population du grand-nord demande au pouvoir actuel, au Chef de l’Etat actuel, Félix Tshisekedi, de mettre hors d’état de nuire tous ces groupes armés. Il y a des groupes armés étrangers, en provenance du Rwanda, de l’Ouganda…, et il y a d’autres groupes armés locaux, des Maï-maï, des Nyatura, etc. Nous demandons que le Chef de l’Etat puisse mettre fin à ces groupes armés. Et il n’y a qu’une seule méthode. C’est la force. Ce n’est pas la négociation. Qu’on utilise la force militaire pour mettre fin à ces groupes armés. C’est ça notre demande. Et pour mettre fin à ces groupes armés, justement on utilise la force, mais avec quelle force ? On doit tout faire pour changer le commandement militaire. On doit relever les militaires qui sont là depuis le Maréchal Mobutu. On doit relever le commandement de la Police. Parce que les policiers qui sont là, datent aussi de l’époque de Mobutu. Nous étions des petits enfants, ils étaient là, jusqu’au jour d’aujourd’hui, ils continuent à être là. Donc, ils sont devenus des chefs coutumiers dans ce milieu. Il faut amener des nouvelles unités pour frapper les groupes armés et installer la Police dans les milieux récupérés par notre armée. On est en train de parler du terrorisme. Lorsqu’on en parle, les gens pensent que ce sont des groupes sur-militarisés. Je vous dis « non ». Si notre armée les attaque, elle est capable de les maîtriser, de les contenir et de faire régner la paix dans cette partie de la République », a-t-il insisté.

De son avis, les activités des groupes armés qui pillent des minerais au Congo ne profitent pas aux Congolais, mais plutôt aux Rwandais et aux Ougandais, etc. Puisque la plupart de ces groupes armés sont d’origine rwandaise ou ougandaise. Et il estime que l’insécurité ou la présence des groupes armés dans la région, défavorise les commerçants locaux à opérer.

« Si vous arrivez à Butembo, et que vous trouvez des bâtiments, des immeubles, ne pensez pas qu’ils sont construits aujourd’hui. Ils ont été construits à l’époque du Maréchal Mobutu, quand il n’y avait pas des groupes armés. Si vous arrivez dans la ville de Butembo vous allez trouver des boutiques, des magasins fermés, parce qu’il y a l’insécurité, on ne sait pas travailler. Les groupes armés exploitent effectivement des minerais. Mais, qui profitent de ces minerais ? Ce ne sont pas des Congolais. Ce sont les Rwandais, les Ougandais, etc. Parce que la plupart de groupes armés qui exploitent les minerais au grand-nord du Nord-Kivu, sont d’origine rwandaise ou ougandaise. Donc, l’insécurité, la présence des groupes armés défavorise vraiment les locaux à opérer. Je vous donne un exemple. Vous savez que nous sommes le premier peuple zaïrois à faire des activités commerciales avec des asiatiques, notamment avec des Chinois. Pour amener la marchandise, il faut passer par la frontière avec l’Ouganda. De la frontière de Kasindi par exemple, jusqu’à Butembo, quand vous êtes sur cette route, il faut commencer à prier votre dieu pour ne pas être attaqué. La marchandise est souvent pillée en cours de route, des véhicules brûlés, etc. Donc, l’insécurité ne profite pas aux commerçants », a-t-il affirmé.

Butembo d’aujourd’hui est très différent de ce qu’il était il y a vingt ans, selon l’honorable Crispin Mbndule. Il signale que des activités économiques ont baissé considérablement dans la ville de Butembo. Et les commerces sont tombés par terre à cause de l’insécurité.

« Aujourd’hui si vous arrivez dans la ville de Butembo, ce que vous voyez, est totalement différent d’il y a vingt-ans passés. A cette époque, la ville était belle, il y avait des fortes activités. Mais actuellement si vous y arrivez, c’est comme un désert. Vous pouvez même rouler à 60 kilomètres à l’heure. Parce qu’il n’y a pas de monde. La ville de Butembo vivaient des gens qui venaient de l’extérieur. Ce n’étaient pas seulement les nationaux, les Kinois, les Katangais… qui venaient acheter chez nous. Non. Même les étrangers, les Ougandais et autres, venaient acheter. Nous sommes la première ville congolaise où les commerçants des pays étrangers venaient acheter des marchandises. Il y avait ceux de l’Ouganda qui achetaient chez nous, ceux du Soudan, du Sud-Soudan, de la Centrafrique qui venaient également acheter leurs marchandises à Butembo. Puisque les articles coûtaient moins-cher. Sans oublier les commerçants en provenance du Rwanda, du Burundi, de la Tanzanie, qui traversaient la frontière pour venir acheter au Congo chez nous. Mais aujourd’hui, vous n’allez plus voir tous ces gens. Donc, la présence des groupes armés défavorise notre commerce dans la ville de Butembo. C’est pourquoi nous sommes contre l’activisme des groupes armés », fait-il savoir.

Et de conclure : « Ceux qui font la propagande ici en affirmant que nous sommes pour ces groupes armés, ils trompent. Ils veulent que le commerce ne puisse pas prospérer à Butembo. Sachant bien que nous ne vivons que du commerce, nous sommes un peuple commerçant, c’est connu partout en Afrique. Maintenant nous sommes en train de quitter le Congo pour aller ailleurs. Aujourd’hui nous sommes des investisseurs à Djakarta. On vous présentera qu’il y a des investisseurs noirs. Mais si vous fouillez, vous trouverez qu’ils viennent de Butembo. Si vous allez au Kenya, vous allez trouver que les investisseurs étrangers sont souvent des Congolais qui viennent de Butembo. Parce que le capital qu’on a, on ne sait pas où le mettre. C’est à cause de l’insécurité à Butembo. Maintenant nous sommes obligés d’aller partout à travers le monde pour chercher les marchés. Et ce n’est pas normal du tout. Voilà pourquoi nous demandons au Gouvernement de la République de tout mettre en œuvre pour faire régner la paix à Butembo, dans toute la province du Nord-Kivu et dans tout le pays. S’il y a la paix, j’espère que les Kinois n’iront plus en Chine acheter des marchandises. Ils n’iront plus à Dubaï, ils vont se tourner vers Butembo pour acheter leurs marchandises sans dépenser des gros montants qu’ils déboursent pour les voyages en Chine ou à Dubaï ».

Propos recueillis par Lepetit Baende

 

 
 

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