Alors que le ministre du Budget estime que le pays est encore sous-endetté et pourrait théoriquement aller jusqu’à 100 milliards de dollars pour financer ses différents besoins, le président du Conseil d’administration de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), Florimont Muteba, appelle à davantage de prudence dans l’analyse de la capacité réelle de remboursement de la RDC.
Dans une interview accordée à DeskEco, Florimont Muteba estime que le ratio entre la dette et le Produit intérieur brut (PIB) ne suffit pas, à lui seul, à déterminer le niveau d’endettement que peut supporter la RDC.
Selon lui, la structure de l’économie congolaise, qu’il qualifie d’« extravertie », doit être prise en compte dans l’évaluation de ce ratio. Il considère qu’une part importante de la richesse créée en RDC ne reste pas dans l’économie nationale, notamment en raison du poids des capitaux et intérêts liés aux investissements et financements extérieurs.
« Le ratio est faussé lorsqu’il est calculé chez nous, on le prend pour une base pour s’endetter », soutient-il.
Le responsable de l’ODEP estime ainsi qu’il n’est pas pertinent de comparer directement la situation de la RDC à celle d’un pays comme les États-Unis, où, selon son analyse, une plus grande partie de la richesse produite reste dans l’économie nationale.
Pour Florimont Muteba, avant d’envisager un endettement pouvant atteindre 100 milliards de dollars, il faudrait surtout déterminer la capacité effective de l’économie congolaise à générer des ressources permettant de rembourser ces emprunts.
« Essayons d’analyser le contenu de ce ratio, le contenu en termes de niveau de la dette, produit intérieur brut, pour voir si on est capable de supporter ne fût-ce que 10 milliards de dollars », affirme-t-il.
Les entreprises publiques au cœur des préoccupations
Le PCA de l’ODEP met également en cause la capacité de plusieurs entreprises publiques à contribuer à la création de richesses. Selon lui, l’endettement ne peut constituer un levier de développement que si les ressources empruntées permettent de financer des activités productives et génératrices de revenus.
«On rembourse les dettes avec une production qui fait les richesses», a-t-il rappelé.
Il s’interroge dès lors sur l’opportunité de recourir à l’emprunt pour financer des entreprises publiques qui, selon son analyse, restent déficitaires et constituent déjà une charge importante pour le budget de l’État.
« Pourquoi s’endetter pour les entreprises qui ne sont pas en équilibre ? », questionne-t-il.
Florimont Muteba évoque également les problèmes de gouvernance auxquels seraient confrontées certaines entreprises publiques. Il dénonce notamment les nominations qu’il estime fondées, dans certains cas, sur des considérations politiques ou familiales, au détriment de la compétence et de la performance.
Pour lui, ces pratiques réduisent la capacité de ces entreprises à produire de la richesse et à contribuer au remboursement des emprunts contractés par l’État.
La gouvernance et les recettes publiques
Au-delà de la question de la dette, le PCA de l’ODEP estime que la RDC perd d’importantes recettes potentielles en raison de problèmes de gouvernance.
Il cite notamment la corruption et les détournements de deniers publics comme des facteurs qui réduisent les ressources disponibles pour financer les besoins de l’État et honorer ses engagements.
Selon lui, l’amélioration de la gouvernance budgétaire devrait donc constituer un préalable important avant d’accroître fortement le recours à l’endettement.
Florimont Muteba estime par ailleurs que les secteurs minier et pétrolier concentrent une grande partie des activités génératrices de bénéfices, alors que plusieurs entreprises publiques peinent à atteindre l’équilibre financier.
Divine Mbala