Task Force d'assainissement de Kinshasa : le Pr Biey Makaly déplore l'absence des universités

Le Pr Biey Makaly Emmanuel
Le Pr Biey Makaly Emmanuel
PAR Deskeco - 08 juin 2026 08:18, Dans Actualités

Lors du Conseil des ministres du 29 mai, le président de la République, Félix Tshisekedi, a annoncé la création d’une Task Force pluridisciplinaire dédiée à la salubrité et à l’assainissement de la ville de Kinshasa. Cette structure sera placée sous le commandement direct du lieutenant-général Kasongo Kabwik Jean Pierre afin de répondre aux défis liés à l’insalubrité urbaine.

Réagissant à cette initiative, le professeur Biey Makaly Emmanuel, professeur ordinaire à l’UNIKIN et expert en assainissement, gestion des déchets solides et traitement des eaux usées, analyse les enjeux et les limites de cette approche.

Deskeco : Comment analysez-vous la décision du chef de l’État de créer une Task Force dédiée à l’assainissement de Kinshasa ?

Pr Biey Makaly Emmanuel :

Une Task Force d’assainissement de Kinshasa serait une structure opérationnelle multisectorielle chargée de coordonner, planifier et superviser les actions d’assainissement de la ville afin d’améliorer durablement le cadre de vie des habitants.

Elle devrait assurer un environnement urbain sain grâce à une gestion efficace des déchets, à la lutte contre les inondations et à l’amélioration de l’hygiène publique. Elle aurait également pour mission de coordonner les acteurs de l’assainissement, sensibiliser la population, ainsi qu’assurer le suivi et l’évaluation des actions engagées.

Je déplore cependant le fait que les universités, notamment l’UNIKIN, ne soient pas citées parmi les structures appelées à composer cette Task Force.

Deskeco : Cette approche peut-elle constituer une réponse efficace aux défis actuels de la salubrité urbaine ?

Pr Biey Makaly Emmanuel :

Oui, l’approche « Task Force » peut constituer une réponse efficace aux défis actuels de la salubrité à Kinshasa, à condition qu’elle soit bien structurée, dotée de moyens suffisants et intégrée dans une stratégie durable d’assainissement.

Une telle structure permet de mobiliser rapidement les ressources humaines, matérielles et financières pour des actions visibles à court terme, notamment dans le cadre d’une décentralisation impliquant les communes, les quartiers, les PME, les ONG et les entreprises privées.

La Task Force peut également servir de structure de coordination unique afin de réduire les chevauchements de compétences. Sous un commandement fort, elle pourrait lutter contre les dépôts anarchiques, faire appliquer les réglementations environnementales, sanctionner les infractions liées à l’insalubrité et renforcer la mobilisation communautaire.

Toutefois, une Task Force seule ne résoudra pas durablement les problèmes si les infrastructures de gestion des déchets restent insuffisantes, si les financements ne sont pas pérennes et si les comportements des citoyens ne changent pas. Il est indispensable d’élaborer un schéma directeur d’assainissement et de gestion des déchets.

L’approche Task Force peut donc constituer une solution efficace pour répondre à l’urgence de l’insalubrité à Kinshasa en améliorant rapidement la propreté urbaine et la coordination des acteurs. Mais son succès dépendra de son articulation avec une politique durable de gestion des déchets, d’assainissement et de gouvernance urbaine. Elle doit être considérée comme un instrument d’accélération et non comme une solution unique aux problèmes structurels de la ville.

Deskeco : Quels avantages voyez-vous dans le fait de placer cette structure sous le commandement direct du lieutenant-général Kasongo Kabwik Jean Pierre ?

Pr Biey Makaly Emmanuel :

Placer la Task Force sous le commandement direct du lieutenant-général Kasongo Kabwik Jean Pierre peut présenter plusieurs avantages dans un contexte urbain complexe comme celui de Kinshasa.

Cela peut permettre un renforcement de l’autorité et de la discipline, une meilleure coordination opérationnelle, une plus grande rapidité d’intervention ainsi qu’une mobilisation logistique importante. Cette structure pourrait également contribuer à lutter contre les occupations anarchiques et les incivilités.

La nomination d’un haut gradé constitue par ailleurs un signal fort de l’engagement des autorités en faveur de l’assainissement et peut encourager la participation citoyenne.

Cependant, le succès d’une telle Task Force dépendra aussi de l’existence d’un cadre légal clair, de l’implication des autorités civiles et des communes, d’un financement durable et surtout de la participation active des communautés locales.

Le général peut apporter le leadership, la discipline et la capacité opérationnelle nécessaires, mais l’efficacité à long terme exige une gouvernance associant des experts environnementaux, les collectivités locales, le secteur privé et les citoyens.

Divine Mbala

 

Articles similaires