Dans un rapport intermédiaire d’analyse du projet de loi de finances 2026 (PLF 2026), le Réseau gouvernance économique et démocratie (Reged) dénonce le sous-financement persistant de secteurs sociaux jugés prioritaires, en particulier la santé, l’éducation et l’agriculture, ainsi que le non-respect des engagements régionaux pris par la République démocratique du Congo, notamment l’accord de Maputo.
Les allocations prévues dans le PLF 2026 restent en régression pour répondre aux défis structurels profonds auxquels font face ces secteurs clés. Le Reged estime que, malgré l’augmentation globale du budget national à 22,3 milliards USD, les choix opérés ne traduisent pas une réelle priorisation des besoins sociaux fondamentaux.
Dans le secteur de la santé, l’analyse révèle une régression notable des crédits budgétaires. Le budget alloué s’élève à 5 488,2 milliards de francs congolais, soit 10,23 % du budget général. Une proportion en baisse par rapport au budget rectificatif de 2025, où la santé représentait 13,5 % des dépenses publiques. Pour le Reged, cette diminution compromet les efforts visant à améliorer l’accès aux soins et la qualité des services de santé sur l’ensemble du territoire national.
La situation est tout aussi préoccupante dans le secteur de l’éducation. La part du budget qui lui est consacrée en 2026 s’établit à 12,41 %, contre 17,72 % en 2025, soit une baisse de 5,31 points de pourcentage. Une tendance jugée alarmante par la société civile, au regard des besoins croissants liés à la gratuité de l’enseignement de base, à la qualité des infrastructures scolaires et à la rémunération du personnel enseignant.
S’agissant de l’agriculture, le Reged fustige le non-respect de l’engagement de Maputo, qui recommande aux États africains d’allouer au moins 10 % de leur budget national à ce secteur stratégique. Dans le PLF 2026, les dépenses d’investissement prévues pour l’agriculture ne représentent que 1,97 % du budget général, soit environ 1 058,7 milliards de francs congolais.
Une situation que l’organisation qualifie de sous-financement structurel, incompatible avec les ambitions de souveraineté alimentaire et de diversification économique du pays. Le Reged pointe également la forte dépendance extérieure du secteur agricole et le faible soutien accordé aux investissements productifs.
« Le travail que nous faisons sur le processus budgétaire est un travail continu. Il y a des secteurs que l’on considère comme prioritaires, même si ces priorités peuvent évoluer. Toutefois, il existe des secteurs de base sur lesquels nous insistons constamment : la santé, l’éducation et l’agriculture, pour des raisons évidentes », a déclaré le directeur général du Reged, Djamba Samba wa Shako
Par ailleurs, cette organisation reconnaît des avancées dans le PLF 2026. Le Reged salue notamment l’augmentation de 94,35 % de la ligne budgétaire « Interventions économiques, sociales, scientifiques et culturelles », passée de 688,9 milliards de francs congolais, soit 279,2 millions de dollars américains, dans la version initiale du projet, à 1 338,9 milliards de francs congolais, équivalant à 542,7 millions de dollars américains, dans le texte adopté par l’Assemblée nationale.
Dans ses recommandations, le Reged appelle le gouvernement à revoir en profondeur les arbitrages budgétaires, en portant notamment le budget de la santé à 15 % du budget national conformément aux accords d’Abuja, en ramenant la part de l’éducation à 20 % selon les engagements internationaux, et en allouant 10 % du budget à l’agriculture comme le prévoit l’accord de Maputo.
L’organisation plaide également pour le renforcement de la fiabilisation des recettes non fiscales, le soutien à la digitalisation de la collecte des recettes, ainsi que l’amélioration de la traçabilité des ressources publiques, en particulier celles de la DGRAD et des recettes minières.
Jean-Baptiste Leni