RDC : que retenir de l’année 2025 en finances publiques ?

Franc Congolais
Franc Congolais
PAR Deskeco - 07 jan 2026 06:12, Dans Finances

L’année 2025 aura marqué une étape importante dans la conduite des réformes en finances publiques en République démocratique du Congo. Dans un contexte des pressions budgétaires persistantes, une situation sécuritaire toujours préoccupante dans l’Est du pays et une volonté affichée d’améliorer la gouvernance économique, le gouvernement congolais, à travers le ministère des Finances, a engagé plusieurs réformes structurelles et financières visant à renforcer la gestion des finances publiques, améliorer la transparence budgétaire et préserver la stabilité macroéconomique.

Ces réformes s’inscrivent principalement dans le cadre du programme de Fmi, à travers la Facilité élargie de crédit d’un montant de 1 729 millions USD et la Facilité pour la résilience et la durabilité d’environ 1 038 millions USD, accords conclus en janvier 2025. L’objectif poursuivi, préserver la stabilité macroéconomique, renforcer la gouvernance financière, améliorer la transparence budgétaire et favoriser une croissance plus inclusive.

Sur le plan des réformes déjà engagées, l’année 2025 a été marquée par la poursuite de la digitalisation du système fiscal, notamment avec la mise en place de la facture normalisée dans le cadre de la TVA. Toutefois, la généralisation de ce système de facturation standardisé, introduit avec un léger retard, demeure un chantier à achever afin d’en maximiser l’impact sur la transparence fiscale. 

Parallèlement, le gouvernement a mis en place le Compte Unique du Trésor, le processus de transition vers le budget-programme axé sur les résultats, ainsi que l’opérationnalisation de la Direction générale de la comptabilité et du Trésor public. Au cours de l’année, plus de 530 comptables publics, y compris du personnel affecté à la chaîne de la dépense, ont été formés afin de renforcer la traçabilité et la transparence des opérations financières de l’État.

Il y a eu également le renforcement de la mobilisation des recettes internes à travers le recouvrement fiscal et la rationalisation de certaines exonérations, une priorisation des dépenses sociales et essentielles, ainsi qu’une coordination entre la politique monétaire et la politique budgétaire. Cette coordination a contribué à la réduction de l’inflation et à la stabilisation du franc congolais sur le marché intérieur. 

L’alignement progressif des politiques économiques sur les normes internationales a également permis des échanges réguliers avec le FMI et le respect de la majorité des critères de performance fixés dans le cadre du programme.

Malgré ces avancées, plusieurs réformes restent à approfondir. La généralisation effective de la facturation standardisée de la TVA demeure un défi majeur, tout comme le maintien d’un niveau adéquat des dépenses sociales, souvent mis à mal par les contraintes budgétaires et le poids des dépenses sécuritaires. 

D’autres chantiers structurants restent ouverts, notamment les réformes monétaires visant à éviter les pratiques de taux de change multiples, le renforcement de l’indépendance institutionnelle de la Banque centrale du Congo, ainsi que l’amélioration de la transparence et de la gouvernance à travers la lutte contre la corruption, la normalisation des marchés publics et la modernisation de la gestion des dépenses publiques.

La réussite de ces réformes apparaît essentielle non seulement pour honorer les engagements pris avec le FMI, mais aussi pour renforcer la confiance des partenaires financiers internationaux, soutenir une croissance plus inclusive et mobiliser de nouvelles sources de financement en faveur des projets structurants, tels que le PDL-145T. 

La clôture avec succès de la deuxième revue du programme FEC par le Conseil d’administration du FMI en décembre 2025 a témoigné des progrès réalisés par les autorités congolaises. Cette validation a permis la libération d’une enveloppe de 442 millions de dollars américains, dont une part importante constitue un appui budgétaire direct au Trésor public.

Toutefois, la question de la discipline budgétaire demeure au cœur des préoccupations. Les autorités sont appelées à poursuivre les efforts de rationalisation des dépenses et à renforcer la mobilisation des recettes intérieures, notamment à travers la suspension de certaines exonérations fiscales jugées non justifiées. 

En septembre 2025, les états de suivi budgétaire ont révélé un recours abusif à la procédure d’urgence par plusieurs institutions publiques. Plus d’un milliard de dollars ont ainsi été retirés de la Banque centrale pour des frais de fonctionnement via cette procédure exceptionnelle.

« La procédure d’urgence est une procédure d’exception. Elle ne devrait pas servir à payer des consommables, des billets d’avion, des fournitures de bureau ou des rémunérations. Cela démontre clairement que la chaîne de la dépense ne suit pas », avait déploré de sa part le Centre de recherche en finances publiques et développement local.

Par ailleurs, les institutions publiques demeurent les plus coûteuses des finances publiques. Au premier semestre 2025, certaines d’entre elles, dont la Présidence de la République, ont surconsommé la totalité de leur budget bien avant la fin de l’exercice. Pour l’activiste Jimmy Kande, cette situation illustre le fait que l’engagement pris par le gouvernement en début d’année pour la réduction du train de vie des institutions « est resté lettre morte ».

Ces pratiques mettent en lumière les défis persistants en matière de discipline budgétaire. Elles rappellent que l’amélioration durable des finances publiques demeure un combat de longue haleine pour les autorités congolaises, si celles-ci entendent réellement renforcer la mobilisation des ressources internes et améliorer les conditions de vie de la population.

Pour rappel, dans le cadre de son programme avec la RDC, le FMI a exigé plusieurs réformes majeures, notamment l’amélioration de la mobilisation des recettes internes, la maîtrise des dépenses publiques, la transparence budgétaire et la traçabilité des dépenses sociales, la réduction des exonérations fiscales non justifiées, la digitalisation des finances publiques, le renforcement de la gouvernance et de la lutte contre la corruption, le respect des critères de performance budgétaires et monétaires, le maintien d’un niveau minimal de dépenses sociales prioritaires, l’évitement des pratiques de monnaie multiple et le renforcement de l’indépendance de la Banque centrale du Congo.

Jean-Baptiste Leni

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