RDC : la société minière SOMIKA menace les vies des populations du Katanga (enquête)

SOMIKA. Ph. Droits tiers.
PAR Deskeco - 11 mar 2021 07:45, Dans Actualités

Le Groupe d'action non-violence évangélique (GANVE), une ONG de droit de l'homme et de lutte contre la corruption, a publié, le 08 mars, le rapport de sa mission d'enquête sur les allégations de pollution du quartier SOMIKA et ses environs par la Société minière du Katanga (SOMIKA), située à 9 Km du centre-ville de Lubumbashi.

Le GANVE a organisé une descente sur le lieu, pour enquêter et vérifier les allégations de pollution telles que dénoncées par les victimes constituées essentiellement des 
habitants du quartier SOMIKA et ses environs.

En effet, l'enquête de GANVE confirme les allégations selon laquelle la SOMIKA a planté son site au-dessus de la nappe aquifère de KIMILOLO, juste en amont de l’une des stations d’épuration d’eau appartenant à la REGIDESO ; une entreprise publique qui dessert une grande partie de la population habitant la ville de Lubumbashi en eau potable. Cela a pour conséquence la pollution d'eau. 

"Pour son traitement des métaux, SOMIKA utilise des quantités importantes d’acides, qui par leur écoulement menacent gravement la nappe aquifère.
En outre, SOMIKA est installée sur un site faisant partie de «la ceinture verte» de 
la ville, où la construction d’usine est interdite, violant ainsi les lois et règlements en vigueur en RDC", affirme le rapport d'enquête de GANVE.

Se confiant à GANVE, les victimes de la SOMIKA ont étalé leurs difficultés. A la question de savoir, quelle est la qualité de l’eau qui provient de vos puits et l’air que vous respirez dans ce quartier ? Elles ont répondu de la manière suivante, révèle ledit rapport :

- L’eau venant des puits du quartier SOMIKA a un goût d’acide, bizarre, comme la quinine liquide, et l’odeur comme la chaux, nous sommes obligées de parcourir une longue distance pour avoir de l’eau potable, disent les victimes ;

- Lorsqu'’on utilise cette eau pour se laver, elle provoque des éruptions cutanées surtout chez les enfants, tous les légumes arrosés avec cette eau sont gâtés et sèchent carrément, notre volaille (poules et canards, etc.) est décimée par cette eau devenue toxique ;

- L’air qu'’on respire ici est très suffocant, par exemple : nos enfants qui étudient au complexe scolaire saint FORTUNANT suffoquent régulièrement en classe avec leurs enseignants, nos enfants sont toujours malades (la toux, des difficultés de vision, des difficultés respiratoires), ensuite les acides s’infiltrent dans la cour, donc pendant la recréation nos enfants jouent dans les acides, ceux-ci menacent l’école d’écroulement, 
pourtant elle est la seule dans le quartier. Finalement nos enfants vont étudier où ?

La mission a pu constater que des plantes sèchent en pleine saison de pluie dans les parcelles juste derrière SOMIKA, le mur de clôture de SOMIKA construit sur une fondation de plus ou moins 80 cm de largeur tombe régulièrement, parce qu'il est rongé par les acides.

Les victimes ont montrées à la mission des grands trous de ±40 mètres de diamètre, creusés par SOMIKA dans lesquels cette dernière garde ses rejets solides et même liquides, malheureusement ces trous sont situés au milieu des maisons d’habitation, le contenu de ces trous déborde même sur les avenues de fortune tracées dans le quartier, et les enfants viennent y jouer.

L'indifférence de la justice

La population de ce coin ne fait plus confiance en la justice pour résoudre cette situation. "Le promoteur du complexe scolaire saint FORTUNANT avait déjà saisi la justice depuis 2018 mais jusque-là le dossier n’avance pas, il est bloqué.

Les victimes ont montré à la mission des tuyaux, des ouvertures visibles dans le mur de clôture de SOMIKA, "certains habitants du quartier ont dû abandonner leurs maisons et fuir le quartier car les conditions de vie y sont très difficiles". 

« Nous allons mourir en masse si l’Etat ne prend pas des dispositions rapidement, affirment deux femmes d’un ton très menaçant », ont ils déclaré auprès de GANVE.

Par ailleurs le GANVE rappelle à l’opinion que : les minerais bruts que SOMIKA traite sont transportés dans des camions aux carrosseries ouvertes, provenant d’autres centres urbains (Likasi, Kipushi, Kambove, Kolwezi), tout en soulignant que certains minerais sont uranifères, avec tous les risques de contamination par inhalation et ingestion.

Propositions de GANVE

Cette ONG formule 5 recommandations pour la survie de la population de ce coin : 

" - Que SOMIKA soit délocalisée vers un autre site très loin de la nappe aquifère, très loin de la population ; - Que SOMIKA indemnise toutes les victimes directes et indirectes de sa pollution; - Que SOMIKA respecte nos droits en tant que communauté tout en veillant aussi au respect de l’environnement et de l’écosystème ; - Que SOMIKA prennent en charge les soins médicaux de tous les élèves et enseignants du complexe scolaire Saint FORTUNANT ; - Que le gouvernement Congolais envoie une équipe d’épidémiologistes et médecins pour examiner les victimes et identifier différentes pathologies provoquées par cette pollution ; - Que la REGIDESO veille scrupuleusement à la qualité de l’eau qu’elle fournit à la population"

Pour rappel, la société minière du Katanga (SOMIKA) est une entreprise de transformation des minerais implantée à Lubumbashi, dans la province du haut Katanga, depuis février 2001, elle est située sur la route KIPUSHI à ± 9 KM du centre-ville de Lubumbashi.

Jordan MAYENIKINI

 
 

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