Dédollarisation : «Ça prend 10 à 15 ans», prévient Jean-Claude Masangu, qui appelle la BCC à suivre l'argent des miniers

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PAR Deskeco - , Dans Finances

 

Selon l'ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo, le franc congolais est stable « pour de bonnes raisons ». Il estime toutefois que la sortie du dollar demandera du temps, des études sur les flux miniers et des décisions difficiles, dont l'émission de billets plus élevés que 20 000 francs. Il s'exprimait lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala.

Le franc congolais est-il stable grâce à des fondamentaux solides ou grâce à des mesures de circonstance ? Interrogé lors du Space live de Stanis Bujakera Tshiamala, Jean-Claude Masangu Mulongo, ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), a répondu sans hésiter.

« C'est stable pour de bonnes raisons. La politique monétaire qu'il est en train de mener est la bonne politique », a-t-il déclaré à propos de l'actuel gouverneur, André Wameso.

« Bien sûr que c'est souhaitable »

L'ancien patron de la BCC soutient sans réserve l'objectif de dédollarisation. Mais il avertit que la tâche sera longue. 

« Bien sûr que c'est souhaitable. Mais c'est un grand travail », a-t-il insisté.

Il s'appuie sur des études menées par la Banque centrale lorsqu'il la dirigeait. Elles portaient sur des pays confrontés à une forte dollarisation comparable à celle de la RDC : Israël, la Pologne et, selon ses souvenirs, l'Argentine. 

« Tous ces pays s'en sont sortis, mais ça leur a pris 10 à 15 ans », a-t-il souligné.

La confiance d'abord

Pour Jean-Claude Masangu, la condition principale est la confiance de la population dans la monnaie nationale. 

« Il faut avoir confiance dans sa propre monnaie nationale avant » que les agents économiques renoncent au dollar, a-t-il expliqué.

Il a rappelé que cette confiance avait déjà été en partie construite par le passé, quand la monnaie nationale avait été stabilisée autour de 1 800 à 1 900 francs congolais pour un dollar. 

« C'est possible, mais ça prend du temps », a-t-il conclu sur ce point.

Suivre les 60 % de recettes minières rapatriées

L'ancien gouverneur a aussi donné un conseil précis à la BCC : étudier les flux financiers des sociétés minières, principales sources de devises du pays. 

« Que font-elles avec le rapatriement de 60 % des recettes d'exportation ? Il faut savoir comment ces flux circulent et comment ils sont utilisés », a-t-il expliqué.

L'objectif, selon lui, est de comprendre ces circuits pour pouvoir ensuite « aligner des francs congolais » sur ces flux, et donc augmenter la place de la monnaie nationale dans les transactions du secteur minier.

Vers des billets de plus de 20 000 francs

Cette évolution aurait une conséquence concrète. Pour Jean-Claude Masangu, la BCC devrait « certainement » émettre des coupures plus élevées que l'actuel billet de 20 000 francs congolais.

«Ce sont des décisions difficiles à prendre», a-t-il reconnu. 

« Mais une fois qu'on a compris comment ça fonctionne, il faut savoir l'expliquer au gouvernement, aux opérateurs économiques et à la population. »

Ces déclarations viennent alors que la BCC a annoncé l'interdiction de l'importation de dollars en espèces à partir d'avril 2027. Plus tôt dans l'émission, Jean-Claude Masangu avait qualifié la dédollarisation de « gros morceau ».

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