Un an après la signature de l'accord de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, l'un de principaux enseignements de l'analyse publiée par les chercheurs américains Jason Stearns et Joshua Walker concerne la dimension économique de ce rapprochement diplomatique. Si plusieurs investisseurs américains manifestent désormais leur intérêt pour les minerais congolais, cette présence ne devrait pas bouleverser l'organisation actuelle du commerce mondial du cuivre et du cobalt, largement orientée vers la Chine à partir du pays.
Invités lundi à un Space X organisé par le journaliste Stanis Bujakera afin de revenir sur leur publication, les deux chercheurs ont également relevé que, douze mois après sa signature, l'accord de Washington se trouve dans une impasse.
Interrogé sur l'intérêt pour la RDC de favoriser des partenariats avec des entreprises américaines, notamment dans les discussions impliquant Gécamines, Mercuria, Kobold Metals ou encore Ivanhoé, alors que la Chine absorbe plus des deux tiers des exportations congolaises de cuivre et de cobalt, Jason Stearns invite à distinguer les ambitions affichées de la réalité industrielle. Selon lui, leur analyse cherche avant tout à apprécier la cohérence de la politique américaine dite « America First ».
« La logique consiste à utiliser le poids diplomatique des États-Unis pour obtenir un meilleur accès aux ressources minières congolaises et tenter de réduire la place des chaînes d'approvisionnement chinoises dans un contexte de rivalité économique mondiale. Nous ne portons pas un jugement moral sur cette approche. Nous nous demandons simplement si elle peut réellement produire les résultats recherchés. À nos yeux, il est difficile de répondre par l'affirmative », explique le chercheur.
Projets américains entourés d’interrogations
Il relève que plusieurs initiatives annoncées ces derniers mois demeurent encore à l'étape des négociations. Il cite notamment le projet de reprise de Chemaf par Virtus, l'intérêt manifesté par Kobold Metals pour le lithium congolais ou encore les discussions autour d'une éventuelle prise de participation américaine dans les actifs de Glencore.
« Beaucoup de ces dossiers ne sont pas finalisés. Même les modalités de financement de certains projets restent ouvertes. Il existe encore de nombreuses inconnues concernant ces investissements », souligne-t-il.
Pour Jason Stearns, même dans le scénario où toutes ces opérations seraient menées à leur terme, elles ne modifieraient pas profondément les rapports de force dans l'industrie minière congolaise.
« Imaginons que tous ces investissements voient effectivement le jour. Les entreprises américaines disposeraient alors d'une présence plus importante dans plusieurs projets miniers. Mais cela ne signifie pas que les chaînes d'approvisionnement changeraient de direction. Une grande partie des mines continuerait d'appartenir à des groupes chinois et, surtout, les infrastructures de raffinage, de transformation, de transport et de commercialisation demeurent largement organisées autour de la Chine. Contrôler une mine en RDC ne revient pas à contrôler l'ensemble de la filière minière. Tant que les étapes qui suivent l'extraction restent dominées par les mêmes acteurs, l'équilibre global évolue très peu », développe-t-il.
Une domination qui va bien au-delà des mines
Le chercheur rappelle que la puissance chinoise dans le secteur minier congolais ne repose pas uniquement sur la détention d'actifs miniers, mais également sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur, depuis le financement des projets jusqu'au raffinage des minerais et à leur intégration dans les industries des batteries et de la transition énergétique.
Dans ce contexte, il estime que les nouveaux investissements américains pourraient diversifier les partenaires de la RDC sans pour autant réduire de manière significative la place occupée par Pékin dans les circuits mondiaux du cuivre et du cobalt.
Au-delà de la question minière, Jason Stearns revient également sur l'accord de Washington lui-même. S'il considère que sa signature constituait une avancée, « certes imparfaite », il observe qu'une année plus tard, les discussions destinées à faire progresser le processus de paix n'ont pas produit les résultats espérés. À ses yeux, l'absence d'avancées substantielles dans les négociations illustre les difficultés auxquelles cet accord demeure confronté, aussi bien sur le terrain sécuritaire que dans ses ambitions économiques.
Jean-Baptiste Leni