L’Assemblée nationale a été saisie d’une motion d’information sur les conséquences environnementales et sanitaires attribuées aux activités de la société minière Ruashi Mining dans la ville de Kolwezi, province du Lualaba. À l’initiative du député national Eddy Ilunga Mbuyu, cette démarche vise à obtenir l’implication du gouvernement afin de faire cesser les nuisances dénoncées par les populations riveraines et d’exiger des mesures de réparation.
Prenant la parole devant la plénière, l’élu a décrit une situation qu’il juge préoccupante dans le quartier Ilungu, où des habitants seraient exposés depuis plusieurs mois aux effets de la pollution générée par les activités de l’entreprise.
« Aujourd’hui, nous avons pris parole par motion d’information pour informer le bureau et la plénière d’une situation alarmante qui se passe dans la ville de Kolwezi. Il s’agit bien de la pollution par la société Ruashi Mining, qui a commencé ses activités il y a six mois, et voilà que la population riveraine ou du quartier de Ilungu sont victime de la pollution par la société Ruashi Mining », a déclaré Eddy Ilunga Mbuyu.
Selon lui, les autorités environnementales avaient déjà été alertées de cette situation il y a trois mois. Après une descente sur le terrain, la ministre de l’Environnement avait recommandé une délocalisation urgente des populations exposées. Deux commissions ont ensuite été mises en place au niveau provincial. L’une chargée d’identifier les victimes concernées par la délocalisation et l’autre de suivre leur prise en charge sanitaire.
Le député affirme que les habitants subissent déjà de lourdes conséquences sur leur santé et leurs conditions de vie.
« Les enfants sont en train de saigner, les toitures sont détruites, perforées par ces acides-là. La société n’a pas encore délocalisé mais elle continue ses activités », a-t-il soutenu.
Face à cette situation, l’élu demande au bureau de l’Assemblée nationale d’interpeller l’exécutif afin que Ruashi Mining suspende ses opérations jusqu’à la mise en œuvre effective des mesures de protection des populations concernées. Au-delà de la délocalisation, Eddy Ilunga Mbuyu estime que la question de la réparation des préjudices doit également être prise en compte.
« Il ne suffit pas seulement de délocaliser la population, il faut aussi réparer les dommages parce que là où la population ira, elle peut développer des maladies respiratoires ou des maladies tératogènes. Il faudra que cette entreprise prenne en charge la population ou répare les dommages », a-t-il insisté.
Le député a également évoqué les activités de minage menées par la société Zijin Commus SAS. Selon lui, les explosions réalisées dans le cadre de l’exploitation minière seraient à l’origine de fissures et d’autres dégâts observés sur plusieurs habitations dans les cités Gécamines et Musonoi ainsi que dans les quartiers Biashara et Shibuki.
Ces dénonciations interviennent quelques semaines après la publication, en mai dernier, d’une enquête consacrée aux impacts environnementaux des activités de Ruashi Mining à Kolwezi. Le document dénonçait les difficultés rencontrées par les habitants des cellules Dilungu, Bel-Air et Jacques Masengo, situées dans le quartier Biashara de la commune de Dilala.
L’enquête rapporte que de nombreux riverains se plaignent de nuisances sonores récurrentes, d’odeurs chimiques provenant des bassins d’acide et des fumées dégagées par les installations industrielles. Plusieurs habitants affirment également que leurs habitations présentent des fissures qu’ils attribuent aux vibrations générées par les opérations de minage.
Les enquêteurs disent avoir recensé plusieurs cas de troubles respiratoires, d’irritations cutanées et de saignements de nez parmi les populations vivant à proximité du site minier. Les communautés concernées pointent également la qualité de l’air et l’utilisation d’eaux qu’elles considèrent comme contaminées.
L’étude évoque par ailleurs des analyses scientifiques faisant état d’une corrosion accélérée des toitures, de dégradations sur les murs des habitations, du dessèchement de certaines cultures maraîchères ainsi que de la présence d’eaux de pluie acides. À ce stade, Ruashi Mining ne s’est pas encore publiquement prononcée sur les accusations formulées par les riverains, les résultats de l’enquête ni la motion portée devant l’Assemblée nationale.
Jean-Baptiste Leni