La République démocratique du Congo (RDC) a opté pour la transformation de l'or artisanal brut en or monétaire. Cette nouvelle stratégie s'inscrit dans le cadre d’une vision structurante pour renforcer sa souveraineté monétaire et financière tant au niveau national qu'international. Mais avec quel étalon ?
Il y a lieu de comprendre à ce niveau que le système de l’étalon-or implique également des règles particulières dans l’organisation des paiements internationaux. Puisque chaque monnaie nationale est ancrée à l’or, les taux de change nominaux entre monnaies sont fixes et non ajustables. La politique monétaire est totalement assujettie au maintien de la parité avec l’or et à la défense du taux de change. À la différence du système mis en place à Bretton Woods, où les monnaies étaient ancrées au dollar, l’étalon-or est en principe un système monétaire international symétrique dans lequel aucune monnaie nationale ne joue un rôle particulier. Tous les pays et toutes les monnaies sont soumis à la même discipline.
Les paiements internationaux se traduisent in fine par des mouvements d’or d’un pays à l’autre. Quand un pays est, par exemple, en déficit (ou en excédent) de balance des paiements, il doit régler (ou être réglé) en or. Il enregistre des sorties (ou entrées) d’or. Par conséquent, la masse monétaire nationale se contracte (ou augmente). La masse monétaire est donc déterminée par la balance des paiements. Ceci constitue un mécanisme d’ajustement automatique des balances des paiements.
Prenons le cas d’un pays qui enregistre un déficit. Ce déficit provoque une sortie d’or, donc une contraction de la masse monétaire. A son tour, cette contraction entraîne une baisse des prix nationaux.
Avec des prix relatifs plus faibles par rapport au reste du monde, la compétitivité de l’économie se rétablit, ce qui ramène la balance des paiements à l’équilibre.
L’ajustement est en principe symétrique. En effet, les pays en excédent voient leurs prix augmenter et leur compétitivité diminuer alors que les pays en déficit suivent le cheminement inverse. Dans la pratique, toutefois, cette symétrie n’est pas forcément respectée. Les pays en excédent ne sont pas contraints d’émettre de la monnaie et peuvent thésauriser l’or sans le monétiser, évitant ainsi la hausse des prix. Les États-Unis et la France, deux pays ayant un excédent de paiements courants, ont ainsi pu accumuler des stocks d’or importants dans l’entre-deux-guerres, tandis que les pays en déficit perdaient de l’or et étaient contraints de déflater leur économie lorsque leurs créanciers exigeaient le paiement en or.
L’étalon-or impose des disciplines très strictes. Il implique des taux de change fixes entre les monnaies et il suppose, pour bien fonctionner, une grande flexibilité des prix.
Avantages et inconvénients d’un retour à l’étalon-or
Dans le contexte macroéconomique actuel, un des risques souvent mentionnés est celui d’une expansion monétaire excessive à l’échelle mondiale accompagnée d’une grande volatilité des taux de change. Une alternative évoquée repose sur un possible retour d’une référence à l’or. Le principal avantage de l’étalon-or est d’ancrer plus efficacement les politiques monétaires et, donc, les anticipations d’inflation.
En adhérant à l’étalon-or, les pays s’engagent à respecter les strictes règles du jeu. Rompre l’engagement est toujours possible, mais politiquement très coûteux et vécu comme un échec. Les agents économiques ont donc toutes les raisons de penser qu’il sera respecté, ce qui assure la crédibilité de la politique monétaire.
C’est pour cette raison que certains pays ont adopté des régimes de change dont le fonctionnement se rapproche fortement de l’étalon-or. Il s’agit des “currency boards” dans lesquels la quantité de monnaie nationale émise à tout moment correspond strictement au montant des réserves de change et le pays maintient un taux de change fixe vis-à-vis d’une grande monnaie. Comme pour l’étalon-or, chaque unité de monnaie nationale est donc couverte par une quantité équivalente d’une réserve de valeur étrangère. Comme pour l’étalon-or, la quantité de monnaie nationale évolue avec la balance des paiements. Enfin, comme pour l’étalon-or, le pays se prive délibérément de toute liberté monétaire, ce qui assure une grande crédibilité. L’Argentine dans les années 1990, la Bulgarie ou l’Estonie aujourd’hui, ont adopté ce régime monétaire.
Second avantage, l’étalon-or, en reliant les cours des devises à la valeur de l’or, permettrait d’éliminer la volatilité des taux de change entre pays, créant ainsi un environnement favorable au développement du commerce international, moteur de la croissance économique.
Bienvenu Ipan