Ce mardi 17 mars 2026, le prix du baril de pétrole Brent atteint 102,25 dollars sur le marché mondial, avec une nette tendance à la hausse vers les 103 dollars en raison du conflit entre la coalition américano-israélienne et l'Iran. En République démocratique du Congo, cette flambée des prix inquiète vivement l'Association des pétroliers du Congo. Interrogé par Deskeco.com, son président Emery Mbatshi précise que cette augmentation d'environ 5 % va « affecter le système d'approvisionnement » à travers le monde.
L'inquiétude gagne du terrain en RDC face à la hausse des cours pétroliers. Interrogé par Deskeco, Flory Mapamboli, député national membre de la commission économique et financière, redoute que cette situation n'entraîne une augmentation du prix à la pompe, de l'inflation, une pénurie et un ralentissement de l'économie nationale.
Même son de cloche chez le politologue Christian Moleka, qui craint que cela n'« impacte toute la chaîne des dépenses ménagères : l'alimentation, la mobilité et bien d'autres secteurs ». Selon lui, la population devrait se préparer à des hausses potentielles du carburant, avec des conséquences directes sur le pouvoir d'achat.
Le gouvernement affirme contrôler la situation
Lors de la 82e réunion du conseil tenue le vendredi 14 mars dernier, le gouvernement a rassuré que la situation actuelle d'approvisionnement en produits pétroliers est globalement maîtrisée.
« Le stock disponible permet d'assurer la couverture des besoins du pays jusqu'au mois de juin, tandis que plusieurs navires transportant des cargaisons sont attendus dans les prochaines semaines afin de renforcer le niveau de stockage et de garantir la continuité de la distribution sur le marché intérieur », indique le compte-rendu du conseil des ministres tenu le vendredi 14 mars 2026.
Un discours pas convaincant
Ce discours ne fait toutefois pas l'unanimité. Plusieurs questions se soulèvent quant à ce que le gouvernement compte faire concrètement pour arriver à amortir le choc.
« Le problème maintenant c'est comment réapprovisionner », s'est interrogé Emery Mbatshi, de l'Association des pétroliers du Congo.
Le député Flory Mapamboli a même adressé une question d'actualité au gouvernement.
« J'ai adressé une question d'actualité au ministre de l'économie pour qu'il nous explique à l'Assemblée nationale. Nous attendons des explications et des assurances du gouvernement », a-t-il confié à Deskeco.com.
Révision des structures des prix à la pompe : une mesure qui « ne va pas réjouir tout le monde »
Parmi les mesures que le gouvernement pourrait envisager, Flory Mapamboli et Emery Mbatshi ont tous évoqué la révision des structures des prix à la pompe. Le prix devrait être revu à la hausse. « Cela va amortir le choc sur les pertes et manques à gagner », soutient le député, qui précise tout de même que cette mesure « ne va pas réjouir tout le monde ».
Il explique :
« Si les prix ne sont pas revus à la hausse, les distributeurs auront du mal à se réapprovisionner, et il y aura hausse des pertes et manque à gagner à payer. Est-ce qu'on a ce moyen là aujourd'hui ? Je ne pense pas. Ça va nous poser un problème de renouvellement des stocks. »
Emery Mbatshi explique pour sa part que les pétroliers de la RDC fonctionnent avec le système de subvention par l'État, qui compense les pertes pour les ventes à la pompe jusqu'à environ 70 %.
« Il y a cette prise en charge sur le prix à la pompe, ce qui revient à dire qu'en ce moment, si l'on n'intervient pas dans le réajustement du prix à la pompe, il y aura des répercussions mais qui seront supportées par l'État », dit-il.
Toutefois, la révision des structures des prix ne peut avoir lieu que si les variations des prix au niveau mondial dépassent 5 %.
« Si cela arrive, nous nous mettrons autour d'une table dans un partenariat pour discuter et voir comment on peut impacter les variations dans la structure des prix et tenir compte de la population, notamment en ce qui concerne leur pouvoir d'achat, voir si nous pouvons augmenter, et à quel pourcentage. On peut augmenter un faible pourcentage pour éviter que cela puisse affecter le coût des transports, celui des biens et des services, et tous les autres. Nous avons toujours eu des réflexions intelligentes comme ça », conclut Emery Mbatshi.
Bruno Nsaka