Ce soir, la RDC regarde ses vulnérabilités en face.
Pétrole : le baril à 102 dollars, Kinshasa sur la corde raide
Le Brent a franchi ce mardi le seuil des 102,25 dollars, avec une tendance vers les 103 dollars, sous l'effet du conflit entre la coalition américano-israélienne et l'Iran. En RDC, l'Association des pétroliers du Congo tire la sonnette d'alarme. Son président Emery Mbatshi estime que cette hausse d'environ 5 % va « affecter le système d'approvisionnement » à travers le monde, posant une question concrète : « Le problème maintenant, c'est comment réapprovisionner. »
Le député Flory Mapamboli, membre de la commission économique et financière, redoute une hausse du prix à la pompe, de l'inflation, une pénurie et un ralentissement de l'économie nationale. Le politologue Christian Moleka prévient que cela pourrait « impacter toute la chaîne des dépenses ménagères ». Le gouvernement maintient pour sa part que les stocks couvrent les besoins jusqu'en juin et que des navires sont attendus. Ce discours ne fait pas l'unanimité.
Sur la table : une révision des structures des prix à la pompe. Cette mesure, évoquée tant par le député Mapamboli que par les pétroliers, ne pourra intervenir que si les variations mondiales dépassent 5 %. Le seuil est désormais proche. « Cela ne va pas réjouir tout le monde », reconnaît le député. Mais sans réajustement, préviennent les opérateurs, c'est l'État qui devra absorber les pertes — dans un contexte budgétaire déjà tendu. Le système actuel de subvention couvre en effet jusqu'à 70 % des pertes des pétroliers sur les ventes à la pompe.
Justice financière : première condamnation, signal fort
La Chambre de discipline budgétaire et financière de la Cour des comptes a condamné ce mercredi l'ancien directeur général de la SOKIMO, Pistis Bononge, à une amende équivalant à 84 000 dollars, en francs congolais. Le motif : transmission tardive des états financiers de l'entreprise pour les exercices 2022 et 2023, en violation de l'obligation légale de dépôt dans les trois mois suivant leur adoption. La décision a été prononcée par le président Gilbert Tonduango. Cette condamnation intervient dans un contexte de montée en puissance de la discipline budgétaire, illustrée également par la création, le 14 mars, du Tribunal pénal économique et financier. Le ministre de la Justice Guillaume Ngefa a rappelé ce mercredi que « chaque franc détourné devra désormais devenir une affaire d'État ».
Mines : Katumbi dénonce un scandale sanitaire à Tenke Fungurume
Moïse Katumbi, président d'Ensemble pour la République, a lancé ce mercredi une charge frontale contre le groupe chinois CMOC, exploitant de la mine de Tenke Fungurume dans le Lualaba. Citant l'Environmental Investigation Agency, il décrit des travailleurs exposés sans protection, des enfants qui saignent du nez et toussent du sang, une augmentation des cas de morts-nés et de malformations. « Ce n'est plus de l'investissement : c'est de l'intoxication par prédation industrielle », tranche-t-il. L'ancien gouverneur du Katanga réclame une commission d'enquête indépendante, la publication des données sur la qualité de l'air, la suspension de toute expansion industrielle et des poursuites judiciaires. Il formule également une question qui dépasse les frontières congolaises : « Une transition énergétique qui repose sur l'empoisonnement des populations africaines n'est pas une transition écologique. C'est une injustice et une hypocrisie mondiales. »
Par ailleurs, le ministère des Mines a confirmé ce mercredi qu'un éboulement survenu dans la nuit du 10 au 11 mars sur le site de Safi, dans la concession de Boss Mining à Kakanda, a coûté la vie à onze personnes. Des exploitants artisanaux se trouvaient illégalement dans une zone interdite. Le ministre a annoncé un plan de relocalisation vers des zones d'exploitation artisanale aménagées, la restauration des droits de Boss Mining sur sa concession et la saisine de la justice contre les réseaux finançant l'exploitation illégale.
Diversification : Kinshasa cherche sa sortie du tout-minier
Au premier forum médias RDC-Chine, le ministre de l'Économie nationale Daniel Mukoko Samba a rappelé que le secteur minier soutient à environ 80 % l'économie congolaise, une dépendance qui « expose le pays à des vulnérabilités importantes face aux fluctuations des prix internationaux ». Il a plaidé pour le développement de filières agro-industrielles autour du maïs, du riz, du blé, de l'huile de palme, du café, du cacao et du piment. En parallèle, un workshop national en partenariat avec la CNUCED s'est ouvert mardi à Kinshasa sur le renforcement des capacités productives. La CNUCED accompagnera la RDC sur une année pour aboutir à un Document Programme Pays identifiant les chaînes de valeur prioritaires.
Gouvernance : deux initiatives à noter
La société civile congolaise, à travers l'ODEP, développe un outil informatique de suivi budgétaire en temps réel, destiné à améliorer la transparence des finances publiques au niveau central et provincial. Son PCA Florimont Muteba lance un appel aux autorités et à la communauté internationale pour soutenir son déploiement dans les 26 provinces. Par ailleurs, le directeur général de la DGCMP est convoqué devant le Sénat sur question écrite du sénateur Jean Tshisekedi Kabasele, portant sur la gestion et les résultats de cette institution chargée du contrôle a priori des marchés publics.
Le chiffre du soir
102,25 dollars: Le prix du baril de Brent ce mardi 17 mars, au plus haut depuis plusieurs mois, avec une tendance vers les 103 dollars. En RDC, le seuil de 5 % de variation, celui qui déclenche mécaniquement une révision des prix à la pompe, est désormais atteint.
À surveiller demain
La réponse du gouvernement à la question d'actualité du député Mapamboli sur l'approvisionnement en carburant. Les suites de la dénonciation de Katumbi sur la mine de Tenke Fungurume et une éventuelle réaction de CMOC ou des autorités. La clôture du workshop CNUCED sur les capacités productives de la RDC.
Le mot de la rédaction
Pétrole qui flambe, mine qui empoisonne, éboulement mortel, justice qui condamne : en une journée, la RDC a mis en lumière toutes ses contradictions. Un pays assis sur des richesses colossales, qui peine encore à en contrôler les conditions d'extraction et à en distribuer les bénéfices. La diversification économique dont parle le ministre Mukoko Samba n'est pas un slogan de trop, c’est une urgence que ce mercredi a illustrée avec brutalité.
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