Lors de son intervention ce mardi 25 mars 2025, The Sentry, une organisation basée à Washington, a exhorté les entreprises américaines de la Tech à faire obstacle à la Chine afin de limiter l’exploitation minière illicite en République démocratique du Congo (RDC). Cette organisation affirme que les sociétés minières chinoises alimentent ces pratiques illégales dans le pays.
Son conseiller principal en politique, Sasha Lezhnev, a lancé cet appel devant la sous-commission de la Chambre des représentants pour l'Afrique, lors d’une audition intitulée « Métaux, minéraux et exploitation minière : comment le PCC alimente les conflits et l'exploitation en Afrique ».
The Sentry accuse les entreprises chinoises opérant en RDC d’être impliquées dans la corruption et les violations des droits de l’homme. Elle révèle, par exemple, que « la Chine a été active dans le commerce de l’or de conflit dans la province du Sud-Kivu, via des opérations à hauteur de 38 millions de dollars, permettant à ses sociétés d’accéder à 400 mines illégales dans cette région ».
Lezhnev estime que les entreprises américaines, comme Tesla ou Apple, pourraient utiliser leur pouvoir d’achat pour limiter ces actes de corruption et ces violations, étant donné que les États-Unis restent un marché crucial pour la Chine.
Il appelle Marco Rubio, secrétaire d’État, à créer une commission chargée d’enquêter sur la traçabilité des minerais importés de Chine, ainsi qu’à imposer des sanctions contre les réseaux impliqués.
« Le secrétaire Rubio devrait également mettre en place un groupe de travail sur l’or pour relancer les investigations. La Chine a toujours besoin du marché américain. Tesla, Apple et d’autres dépendent largement des fournisseurs chinois. Les entreprises de haute technologie devraient exiger de ces derniers qu’ils publient leurs structures de propriété pour les contrats miniers et les prestataires de services », a-t-il déclaré.
Rappelons que ces mêmes entreprises américaines ont été accusées d’implication dans l’exploitation minière illicite dans l’Est de la RDC. En 2024, le gouvernement congolais a reproché au géant Apple de s’approvisionner en « minerais du sang » via le Rwanda. Des plaintes ont été déposées contre ses filiales à Paris et Bruxelles par des avocats internationaux représentant la RDC.
Apple avait alors publié un communiqué annonçant la suspension de ses approvisionnements dans la région.
Une étude récente sur le conflit armé dans l’Est de la RDC, menée par Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur français en RDC, révèle que Tesla, dirigée par Elon Musk (proche de Donald Trump et considéré comme l’homme le plus riche du monde), est également impliquée dans cette chaîne d’approvisionnement illicite.
The Sentry a aussi demandé au département d’État américain de nommer un secrétaire dédié aux affaires africaines pour mieux coordonner les réponses à la crise en RDC. À noter que la majorité des mines congolaises sont sous contrôle chinois. En 2008, un contrat controversé a été signé entre la RDC et des entreprises chinoises pour l’exploitation des minerais, malgré les critiques répétées des organisations locales dénonçant un déséquilibre en défaveur de la RDC.
Les États-Unis cherchent par ailleurs à rivaliser avec la Chine en renforçant leur présence dans le secteur, afin d’accroître leur autonomie stratégique. Le président Donald Trump a annoncé le 20 mars dernier de nouvelles mesures visant à booster la production américaine de minéraux critiques (uranium, cuivre, potasse, or, etc.).
Son administration justifie cette décision par les « menaces graves » pesant sur la sécurité et l’économie américaines en raison de leur « dépendance envers des puissances étrangères hostiles ».
Cette annonce coïncide avec les négociations entre Trump et le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi sur un accord minier, en échange d’un soutien militaire américain face à l’insécurité en RDC.
Jean-Baptiste Leni