DeskecoStory | RDC : entre potentiel économique et risques de gouvernance, les défis qui entourent le lancement du projet de lithium de Manono

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PAR Deskeco - 17 juin 2026 07:24, Dans Analyses

En RDC, le gouvernement affiche son ambition de lancer l’exploitation industrielle du lithium de Manono, dans la province du Tanganyika. Présenté comme l’un des projets miniers les plus prometteurs du pays en mai dernier par le ministre des Mines Louis Watum, ce gisement pourrait permettre au pays de s'imposer sur le marché mondial des minerais indispensables à la fabrication des batteries électriques. Il concerne principalement le projet de Manono Katotolo, exploité par Manono lithium.

Mais derrière les perspectives économiques annoncées, plusieurs défis continuent de susciter des interrogations. Des organisations de la société civile, dont Resources Matters, organisation spécialisée dans l’étude de ressources naturelles en RDC, ainsi que des experts du secteur minier appellent à davantage de vigilance afin d’éviter que le projet ne reproduise les erreurs observées dans d’autres filières extractives.

Le statut de minerai stratégique, un défi pour les investisseurs

L’une de principales questions concerne le projet de décret, récemment adopté au conseil de ministres, visant à classer le lithium parmi les minerais stratégiques. Une telle décision entraînerait une hausse significative de la redevance minière, qui passerait de 3,5 % à 10 %.

Pour Lewis Yola, expert dans le domaine minier, cette évolution pourrait entraîner des conséquences sur l’équilibre économique du projet.

« Je pense que le projet de décret consistant à ajouter le lithium parmi les minerais stratégiques pourrait constituer un défi. Je me dis qu’au niveau de la société Manono Lithium, lorsqu’ils ont élaboré leur étude de faisabilité, ils n’ont pas intégré cette nouvelle donne. Le classement du lithium comme minerai stratégique aura une incidence sur leur manière de calculer leurs bénéfices. Certainement, cela pourrait créer un retard si les deux parties n’arrivent pas à s’accorder », explique-t-il.

Cette situation pourrait ainsi conduire à de nouvelles discussions entre les autorités congolaises et les investisseurs avant le démarrage effectif de l’exploitation.

Au-delà des questions fiscales, il y a aussi les risques liés à la gouvernance du projet. Dans une récente analyse consacrée au lithium de Manono, Resources Matters estime que plusieurs zones d’ombre persistent dans la gestion des droits miniers autour de ce gisement.

L’organisation évoque notamment des conflits juridiques, des interrogations sur certains transferts de droits miniers, des difficultés à identifier les propriétaires effectifs de certaines sociétés ainsi qu’un manque de transparence dans plusieurs partenariats conclus autour du projet.

L’organisation a identifié neuf signaux d’alerte, parmi lesquels le conflit opposant depuis plusieurs années AVZ Minerals et la Cominière, des irrégularités présumées dans certains transferts de participations publiques, l’opacité entourant certains contrats de joint-venture ainsi que des soupçons de corruption dans l’attribution de certains droits miniers.

Pour Lewis Yola, ces préoccupations rejoignent les défis auxquels l'État devra faire face dans la mise en œuvre du projet.

« Du côté du gouvernement congolais, il y a toujours les défis de gouvernance, de transparence et le risque de corruption. Vous savez que la corruption a fait perdre à la République démocratique du Congo plusieurs millions de dollars dans le secteur minier, et nous n’aimerions pas, par exemple, qu’il y ait des renouvellements de permis non conformes à la loi ou que des fonds échappent au Trésor public. Tout cela constitue des défis importants pour l’exploitation effective du lithium », souligne-t-il.

Les leçons du passé

Pour Resources Matters, le développement du secteur du lithium représente une occasion unique pour la RDC de rompre avec certaines pratiques qui ont marqué l’exploitation du cuivre et du cobalt. L’organisation estime toutefois que cette opportunité pourrait être compromise si les mécanismes de contrôle et de transparence ne sont pas renforcés.

Elle recommande notamment la publication intégrale des contrats, le renforcement de la gouvernance publique, l'implication des communautés locales dans le suivi des projets et l'intégration de garanties solides contre la corruption dans les négociations minières.

Un projet attendu par les populations

À Manono, les attentes sont considérables. Les autorités et les promoteurs du projet mettent en avant les investissements prévus, les infrastructures en construction ainsi que les emplois susceptibles d'être créés.

Toutefois, plusieurs acteurs de la société civile rappellent que les bénéfices économiques ne seront réellement perceptibles que si les revenus générés sont gérés de manière transparente et si les communautés locales participent effectivement aux retombées du projet.

Alors que le lancement de l'exploitation est annoncé comme imminent, le lithium de Manono apparaît ainsi comme un test grandeur nature pour la gouvernance minière congolaise. Entre ambitions économiques, enjeux géopolitiques et exigences de transparence, le défi pour les autorités sera de transformer cette richesse en véritable moteur de développement.

Jean-Baptiste Leni

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